Le bras

Cleo Ballatore

Lorsqu'il se déploie, le bras ressemble à un tuyau joufflu, positionné entre l'épaule et le coude. Dans le langage courant, il peut désigner le membre supérieur dans sa totalité. Il se termine alors par la main. L'être humain a deux bras, en général. Un de chaque côté du tronc. Le bras n'est pas vagabond. Il reste accroché à l'épaule.

Le bras n'est jamais très long à la différence de ce qu'on croit parfois, ni très lourd. L'os de l'humérus en constitue l'axe. Le biceps, trois muscles et deux portions, et le triceps, un muscle et trois faisceaux, le cœur rougeoyant.   

Lorsqu'il se contracte, le bras est doué d'une énergie puissante. Les muscles se gonflent comme une éponge mais le sang qui afflue durcit la matière à l'inverse de l'eau pour l'éponge. Dès lors, le bras au choix assomme, empoigne ou étreint. Mais coupé de la main, il perd sa force et son utilité. Ahuri et maladroit, il dépérit. Aucun geste, aucune intention ne l'animent plus.  

Dans la journée, les bras se livrent à une gymnastique confuse mais non dénuée de sens. Ils se lèvent, se baissent, se croisent ou se tendent. Ils agitent parfois le chiffon rouge de la colère et de la contestation.

Le bras n'est pas bavard mais un bras d'honneur en dit souvent bien plus qu'une longue phrase.

Le bras est chatouilleux. Souvent protégée du soleil et du froid, sa peau est aussi lisse et sensible que de la soie. Elle peut avoir le goût et la couleur du miel, du lait ou du chocolat. Le fin duvet qui la recouvre frémit sous les caresses.

Quelquefois, une insaisissable volupté émane du bras. Des muscles qui roulent sous la bretelle échancrée d'un débardeur sur le trottoir d'une ville éclaboussée de soleil. Une peau laiteuse qui se découvre sous de longs gants noirs dans une salle à la lumière tamisée. Un chapelet de grains de beauté qu'explore à tâtons une main comme un aveugle qui chercherait à déchiffrer une écriture inconnue.       

Le bras peut aussi se multiplier et se torde comme sous l'action du feu, tels les six bras de la déesse  Shiva qui nous montrent un chemin pour pénétrer dans un monde secret, une forêt étouffante où se murmurent des histoires confuses.

De temps à autre, le bras prend la pose. Orné de tatouages, il attend immobile qu'un passant vienne les lire. Sa surface est alors un merveilleux tableau-vivant. Sous les doigts courent une géographie étrange composée de plaines, de rivières, de montagnes, de fleurs, de tigres ou de créatures magiques. Cette langue mystérieuse recèle des signes étranges que s'échangent des organisations secrètes ou raconte un rite de passage ou un évènement marquant.


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