Le Cauchemar

nicolas-r

"Le lecteur de la poésie n'analyse pas, il fait le serment de l'auteur, son proche, de demeurer dans l'intense." Yves Bonnefoy



J'étais avec Vincent. (L'autre fois, c'était Pauline. D'autres que j'aime ont, sans doute, erré comme des âmes mortes dans ces sphères désolées, par-delà les orées du vide). Dans ces rêves dont noire est la lumière, nous sommes piégés, nous sommes traqués, par je ne sais qui, ou je ne sais quoi, qui nous veut, veulent du mal. Nous ne l'avons pas cherché ? Nous sommes, je suis, dans un lieu labyrinthique – et parfois familier – où il semble n'y avoir qu'une issue (tant on se demande si nous n'y sommes pas déjà) : la mort. Et on se défend, on se débat, et on se sauve comme on le peut – on est blessés – on se sauve comme des lâches dans une arène aux murs orbes. Il n'y a pas de cachette pour moi, pas de refuge ; à peine un marécage et ses eaux noires, lucifuges. Et j'ai peur. Et j'ai peur pour les autres, apeurés eux aussi, haletant loin de Vie. Et comme des proies traînant la patte, qui saigne, qui traîne dans la boue, – des proies rampant de leurs seuls bras, de leurs maigres et seuls bras –, c'est un Destin glacial qui marche vers nous, tranquille, lourd, aux abois. Chacun de ses pas, tambour de peloton, chacun de ces pas à pas gigantesques, ces pas de Molosse, léthifères et bruyants, font vibrer mes artères et puis tremble la terre. C'est le Destin qui chasse, qui fusille. C'est l'ampoule de Vie qui grésille. C'est le Destin qui lâche ses chiens, c'est la Mort. C'est le Destin, c'est la Mort. Et c'est à ça que je pense quand je dors.  

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