Le mur

mariedartois

Waouh !!! Enfin libre ! Léna courait en direction de l’arrêt d’autobus en faisant des bonds de joie.

Une fois arrivée, elle se mit à attendre le bus, avec impatience, essoufflée. Le soleil brillait et tapait sur l’abri. Elle regarda son mollet égratigné, elle n’avait pas prévu cet incident. Elle se contenta alors d’essuyer sa plaie avec un vieux kleenex, rien de grave…

Assise sur le banc, elle regardait l’affiche d’un panneau publicitaire. Une fille faisait la publicité d’un mascara d’une grande marque. Elle était belle et sexy. Elle se dit qu’à 16 ans, elle, qui était jeune et jolie, aurait pu figurer aussi, sur cette affiche.

En attendant, le bus ne venait pas, c’était vraiment la poisse… Il s’agissait pourtant précisément du moment où sa fuite était la plus délicate. Si jamais ses parents l’apercevaient, ce serait trop tard, elle devrait faire demi-tour et retourner chez elle pour y rester jusqu’à la fin du mois d’août. Tout serait alors foutu. L’aventure s’achèverait avant même d’avoir commencée. Il ne fallait surtout pas.

Léna regarda sa montre. Cela faisait maintenant plus de vingt minutes qu’elle était partie. S’étaient-ils aperçus de sa disparition ? Commençaient-ils déjà à la chercher ? Léna stressait. Tout se jouait peut-être à cet instant même. La maison était juste à côté. Ils suffisaient qu’ils ouvrent la porte, qu’ils passent la tête dehors et ils pourraient l’apercevoir en pleine fuite.

Qu’allait-elle pouvoir leur dire s’ils la trouvaient maintenant? A vrai dire, elle n’avait même pas prévu cette éventualité. Elle fuguait car elle avait lu tout simplement dans des magazines que c’était ce que faisaient régulièrement les ados de son âge. Alors pourquoi pas elle ? De toute manière, elle en avait marre d’être enfermée dans cette maison de campagne depuis le début des grandes vacances, sans personne de son âge à qui parler et avec, comme unique occupation, des romans à lire. Alors, elle avait décidé de ne pas rester plus longtemps dans cet asile de fou sans intérêt. Elle n’en pouvait plus. Elle voulait vivre sa vie à fond dans un monde réel et elle s’estimait assez grande pour le faire.

Une grosse femme avec ses cinq enfants vint s’asseoir à côté d’elle. Elle se sentie rassurée, elle n’était plus toute seule dans cet abri de bus et donc, beaucoup moins visible de l’extérieur. Etrangement, malgré le temps qui passait, rien n’arrivait : toujours pas de bus en vue et personne ne sortait de la maison. Seules les voitures défilaient avec fracas sur la nationale sous le soleil de plomb du mois d’août. Ca sentait la pollution. Elle pouvait la humer à pleins poumons.

Elle pensait au côté intrépide de sa fuite. Cela la fit sourire. Elle avait escaladé le grillage du fond du jardin pour s’échapper alors qu’elle aurait pu aussi bien sortir tranquillement par la porte d’entrée. En y réfléchissant, cette situation était comique. Malgré sa plaie au mollet, elle ne regrettait pourtant pas la manière dont cela s’était passé. Il fallait que cette fuite ressemble à une vraie fugue, c’est-à-dire à une histoire que l’on peut raconter ensuite à ses copines en crânant. Elle voulait pouvoir leur dire qu’elle « avait fait le mur » au sens propre du terme. Pour une fois, enfin, c’était elle, l’héroïne du roman et cette évasion n’avait véritablement de sens que si elle avait un goût d’aventure.

L’aventure. Voilà un mot qui s’accordait parfaitement avec la situation présente. Tant mieux : Léna la recherchait à tout prix : elle n’avait pas 16 ans pour rien. L’heure était enfin venue, elle était en plein cœur de l’action.

Jusqu’à maintenant, Léna avait toujours été une fille bien sage. Vivant dans une atmosphère bourgeoise, elle avait systématiquement obéît à la lettre à ses parents. Elle avait toujours été parfaite, n’avait jamais fait aucune bêtise et avait été élevée avec rigueur : pas de coudes sur la table, des « mercis » et des « s’il-vous-plait » à tour de bras. C’était bien joli tout cela, mais maintenant, elle avait décidé qu’elle allait découvrir le monde. Celui dans lequel les gens disaient des gros mots et buvait des bières aux comptoirs des cafés. Elle se dit d’ailleurs, qu’une fois arrivée sur Paris, elle allait s’en prendre une, une bière à un comptoir, rien que pour fêter l’évènement ! Bref, elle se dit que le bonheur ressemblait à cela.

Tout d’abord, prendre ce bus toute seule était déjà une aventure en soi. C’était une toute première pour Léna. Elle venait toujours en voiture avec ses parents pour se rendre dans la maison de campagne familiale et n’avait pas l’habitude d’emprunter les transports en commun. Elle avait pris des tickets de bus dans le portefeuille de sa mère ainsi que les 40 euros qui se trouvaient à côté. D’ailleurs, pour la première fois de sa vie aussi, elle avait volé sa mère. Elle savait que la punition risquait d’être sévère à son retour, mais tant pis, l’escapade en valait vraiment le coup.

Léna imaginait déjà la réaction de ses parents, lorsqu’après l’avoir cherché dans toute la maison, ils ne verraient ni son manteau, ni son sac et ni ses affaires, ni même elle. Le fait que les verrous de la porte soient encore fermés allait aussi sûrement les étonner. Comment Léna avait-elle pu se volatiliser ? Ils n’allaient rien n’y comprendre. D’autant plus qu’elle n’avait pas laissé de mot pour les avertir de son départ. La classe !

Léna n’aimait pas réfléchir à cette situation car cela la rendait tout de même, au fond, mal à l’aise. Le plus important à cet instant présent, c’était son aventure et cette nouvelle liberté dont il fallait profiter au maximum. Tant pis, si elle devait se prendre une taloche en rentrant, au moins, elle allait vivre quelque chose de trépidant. Pour la première fois de sa vie, Léna existait pleinement sur cette terre et le monde lui appartenait enfin. Elle était prête à en payer le prix.

Le seul hic de l’histoire, c’était qu’il n’y avait toujours pas de bus en vue. Betty profita de ce moment d’attente pour examiner une fois de plus le contenu de son sac. Elle avait pris des affaires pour survivre pendant quatre jours au moins. Le minimum vital… Elle vérifia qu’elle avait bien son porte-monnaie, l’adresse de la copine chez qui elle allait, l’argent, sa carte téléphonique et ses tickets de bus. Elle avait également pris son nounours, celui dont elle ne s’était jamais séparée. Elle l’avait mis au fond de son sac, au cas où.

Tout d’un coup, elle aperçut le bus au loin. Ouf ! Ce n’était pas trop tôt… Dans quelques minutes, elle serait tirée d’affaire. Effectivement, le bus s’arrêta. Elle laissa la grosse dame et les enfants passer devant elle. Lorsqu’elle grippa les marches du bus, elle sentit ses jambes flageoler. Et si par hasard, le chauffeur lui posait des questions sur sa destination, qu’allait-elle pouvoir lui répondre ? Elle passa devant lui la tête haute et se précipita vers la machine pour poinçonner ses tickets d’une main tremblante. Lorsque justement le conducteur l’interpella, elle faillit défaillir, certaine que sa tentative de fuite avait été mise à nue et qu’elle était déjà recherchée par la police. Son cœur était serré. Elle restait tétanisée par cet évènement imprévu.

« Vous avez laissé tomber quelque chose, Mademoiselle », répéta-t-il. Effectivement, lorsque Betty baissa les yeux, elle vit sa carte téléphonique par terre. Au bord du malaise, elle se baissa maladroitement pour la ramasser tout en bredouillant un remerciement au chauffeur.

Pendant que le bus démarra, Léna, gênée, chercha une place où s’asseoir. Les personnes qui se trouvaient actuellement dans le bus venaient des banlieues parisiennes mal famées, un milieu qu’elle ne connaissait pas. Elle remarqua le regard de la gente masculine se poser sur elle et observer ses déplacements dans le couloir. Tout de suite, elle regretta d’avoir mis sa mini-jupe en kilt, son collier de perle et son T-shirt moulant. Sa tenue n’était pas franchement adaptée à la situation. Elle n’avait pas anticipé ce moment. Embarrassée, elle trouva heureusement une place à côté d’une vieille mamie d’origine africaine au regard bienveillant.

Le bus filait déjà vers Paris. C’était l’essentiel. A partir de maintenant, Léna était libre et elle allait enfin pouvoir vivre sa vie comme elle le souhaitait.

                                                                                                                                           

Synopsis :

 

Chapitre 1 : Léna est une jeune adolescente. Elle fait le mur car elle fuit ses parents et la maison de campagne familiale dans laquelle elle est enfermée depuis le début des vacances. Elle rêve d’aventures et n’a peur de rien. Elle est pourtant très jeune et bien naïve.

Chapitre 2 : Léna arrive à Paris. Elle commande une bière dans un bar, seule. Des hommes lui tournent autour. Elle prend conscience du danger d’être jeune et toute seule dans la ville. Léna prend le métro et se rend chez sa copine. Elle est contente de retrouver son amie. Elle appelle sa mère pour la rassurer. Le soir, les deux filles sortent ensemble. Léna est heureuse. Elle goûte enfin à la vie.

Chapitre 3 : Léna passe quelques jours parfaits chez son amie. A Bercy, elles ont rencontré une bande de jeunes qui traine dehors. Elle flirte avec un des garçons. Son amie part en vacances le lendemain.

Chapitre 4 : Départ de sa copine. Léna se retrouve seule sans hébergement mais ne veut pas rentrer chez elle mais elle ne sait pas où aller dormir et n’a pas d’argent. Elle appelle sa famille pour lui dire que tout va bien. Elle voit son nouveau copain qui la délaisse à la fin de la soirée. Elle dort dans la rue. La nuit, le secours populaire passe et la ramasse. Elle arrive en pleine nuit dans un centre d’accueil pour femme.

Chapitre 5 : elle rencontre des femmes très fragilisées, toutes en état de fuite comme elle (femmes battues, sans domicile, alcooliques, immigrées). Certaines de ces femmes sont incontrôlables et désespérées, d’autres cherchent à s’en sortir. Elle les écoute et apprend beaucoup d’elles.

Chapitre 6 : elle doit partir du foyer de femme. Elle suit une jeune femme ROM qui l’héberge dans une caravane. Léna trouve un peu de réconfort. La jeune femme lui apprend comment survivre dans la rue. Elle l’initie aussi au cirque. Elle rencontre le monde des ROM solidaire mais très pauvre. Un soir, la police fait une descente dans le camp, elle réussit à s’échapper.

Chapitre 7 : elle se réfugie dans une église mais personne ne peut rien pour elle, ni l’aider. Elle rencontre alors des immigrés afghans dans la rue avec lesquelles elle lie sympathie. Ils ont pour objectif de passer la frontière pour aller en Angleterre. Elle les accompagne et passe ainsi la frontière la nuit avec eux en se cachant dans un camion. Elle choisit de donner son nounours à un enfant afghan.

Chapitre 8 : arrivée à Londres, elle se procure de faux papiers. Elle est enfin quelqu’un de libre et, de surcroît, majeur. Elle monte vers l’Ecosse et cherche du travail. Elle trouve un travail de serveuse dans un bar. Elle se construit une nouvelle vie. Une année passe…

Chapitre 9 : au bout d’une année, Léna revient en France. Chemin inverse. Elle escalade le grillage au fond du jardin mais cette fois-ci pour rentrer chez elle. Elle n’est plus une enfant et a perdu toute sa naïveté. Elle retourne sagement dans sa chambre pour lire un roman.

La fin : elle regarde par la fenêtre l’abri de bus. La même grosse dame du début du livre est assise avec ses enfants sur le banc. Ses enfants ont grandi. Cette fois-ci, il pleut sur l’abri.

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