L'eau douce.

effect

Par la fenêtre, Mathilde taillait le buis volumineux du jardin, en équilibre sur une chaise que tenait Lilie. Je rentrais d'une grosse emmerde de boulot, des compteurs mal posés, qui tournaient à l'envers, dans une perte d'entreprise. Je prenais du temps à me rafraichir le visage à la cuisine, pour oublier l'emmerde. Je ne voulais parler à personne, pas même au chat, juste me mettre la tête dedans. L'eau coulait de manière assez lourde depuis le bec de cygne. Des éclaboussures sortaient de ma tête et de la vasque de métal. Je réduisais son débit par une pression rapide au mitigeur. Dans cette manipulation intuitive, l'eau venait à s'échapper en pluie, zigzaguant un peu n'importe où, parcourant l'habillage de la planche de vieux hêtre, d'un Mir fraîcheur lavande douce, de deux capsules Nespresso épuisées, d'un tapis d'égouttoir, d'une éponge surfaces fragiles, d'un emballage de sécateur de chez Botanic pas encore à la poubelle. L' Iphone en charge depuis la réglette du dessous du placard, m'envoyait ce texto: 'Le buis est taillé, tu reviens kan mon amour, bisous'. Je coupais l'eau, jetais les capsules, le chat, l'étui, les assiettes et descendais au jardin. Les fleurs avaient du parfum, Mathilde et Lilie sentaient bon. Tandis que la chaise se repliait et dans un buis en pointe, j'arrosais de sentiments tout en cherchant le collier de perles.

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