Les petits riens

Colette Bonnet Seigue

Les petits rien de la vie


 

Un petit rien

C'est peu de choses

C'est presque rien

Mais quelque chose

Qui vous fascine,

Vous turlupine.

C'est une larme

Petite alarme

Qui glisse sage

Comme une image

Et son secret,

 En échappée,

Reste collé

A une ondée 

De rien du tout.

Pourtant c'est fou,

La larme à l'œil

Prête à verser

Sur le côté

Un petit ru

Qui tombe dru

A l'intérieur

Là dans le cœur.

 

Un rien l'habite,

Le discrédite,

Pourtant  ce rien

Platonicien,

Philosophique

Et anarchique

Garde musique

Au coin de soi.

Mais ce n'est rien

Dit la chanson

Qui tourne en rond

Là dans ma tête

C'est bien trop bête

Un petit rien

En historien

Qui vous embête

Et fait trempette

Puis devient grand

Comme éléphant.

 

Il y a le rien

Autour du vin.

Des invités

Trop attablés

Lèvres pincées

Qui sous l'invite

Disent toujours

En désamour :

« J'bois pas de vin

Un petit rien

Ce sera bien »

Une gorgée

Millésimée

Fera l'affaire.

 

Il y a aussi

C'est pas fini

Ce petit chic

Arrière-boutique

Un petit rien

Qui vous habille

Et qui vacille

Sur votre corps

Ce petit rien

Qui vous sied bien

Et a du chien

Vous illumine

Et vous câline.

 

Et puis ce rien

Trop inhumain

Dans la besace

En volte-face

Qui s' fait la malle

Et se trimballe

Dans l'estomac

Creux comme obole

A le beau rôle

De la pitié

Un « s'il vous plaît ! 

J'ai bien trop faim,

Là dans ma main

J'n'ai qu'un  rien ! »

 

Le plus grand rien

 D'un petit rien

Dans le brouillard

Ou dans le noir

C'est un sourire

Qui peut s'offrir

Incandescent

Et  rassurant

Pour un enfant

Rien qu'un baiser

Enamouré

Un baiser doux

Là sur la joue

Pour réchauffer

Réanimer.

Ce petit rien

Oui, c'est si bien,

Que j'veux l'garder

A satiété

 

 

 

 

 

 

 

 

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