Lettre pour toi mon ami

Evangéline Clark

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          Là où rien ne m’atteint, le 17 juin 2010

Me voilà plongé dans un marasme ravageur… L’empyrée, là où rien n’est plus désirable, où tout n’est que béatitude n’existe donc point dans cette machine ronde. Qu’ai-je cru ? Mon ami ! Au grand dam de ma vie, aujourd’hui j’épanche ma bile sur la misérable vacuité de ta vie. Je pensais que les doux effluves d’asphodèles, que la vision d’une écume paisible du grand Océan, que ces jardins sereins allaient nous embaumer d’une plénitude et ineffable et immuable. Ceci n’est qu’inepties !

Certes, d’antan j’ai trahi ta confiance, mais per fas et nefas, j’ai tenté par mes circonlocutions maladroites, de changer notre relation, puisque c’est dans le changement que réside le bonheur.

Les lumières de mon âme ne brasillent plus…Eussent-elles déjà scintillé ?

Je me tourne et me retourne, mon esprit, embué par ce haïssable  et sempiternel songe.

Pour dire juste, je suis tout  désorienté à l'idée que je rêve perpétuellement de mon propre trépas; un cauchemar au goût de sang, à l'odeur macabre et cette dernière me chatouille encore les narines, persiste...

Phidias en ses jours les plus inspirés n’aurait jamais  imaginé, tes représailles si prodigieuses, si voluptueuses, analogue à ta tendre tellement frêle. Je l’imagine encore, sa peau douce mais froide, son visage espiègle mais figé ; sa démarche ordinairement poétique mais en ce jour indicible et mémorable, elle fut incertaine, mon camarade.

Mon ami, je t’offre un dernier conseil : fais attention à la Vie, elle agit quand tu dors et n’a point un tempérament d’or, oh non crois-moi ! Elle est bien pire que toi ! Souvent elle s’élance à grand pas, récolte des coups bas,  puis s’en sert pour peindre ta conscience et t’offre ainsi la douce démence…

Un frisson parcourt mon corps, mes muscles se rigidifient atrocement vite. Un mal, jusqu’alors étranger rencontre ma matière.

Il est temps, j’ai largement porté mon bât, je m’étiole, je m’en vais pour d’autres contrées.

De mon ventre du sang s’écoule, depuis combien de temps, cela je l’ignore. L’épais drap blanc, me recouvrant en devient immaculé de sang.

 Mon ami, je te remercie, je pars enfin retrouver celle qui a ployée sous ma lame coruscante, cette délicate silhouette…

                             Les larmes ont coulé, 
                             Les larmes ont vécu,
                             Les larmes ont roulé
                            Puis elles se sont tues.

Affectueusement,

                                                                                                                                                                                                                                              Ton ami.

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