Madame Alexandre Bernheim, née Henriette Adler, femme du marchand / Contrefaçon

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Nouvelle baroque

Vous rendez-vous compte de ce que vous êtes en train de me faire ? Vous ne connaissez rien de ma vie. Comment pouvez-vous penser à ma place ? Agir en mon nom ? Avez-vous songé au mal que vous allez faire à ma famille ? Aimeriez-vous que l’on vous traite ainsi ? À la légère. Bagatelles. Je ne suis pas dévergondée. Ni cupide. Maudit mal de dos… J’endure ce supplice depuis la saison dernière. Le vent n’arrange rien. Il fait sombre… Il va sûrement neiger.

Voyez-vous, je suis une personne âgée, lasse des extravagances de l’histoire. Mon pauvre petit, l’avenir s'engage dans la malveillance et l'irrationnel. J’avais une vie paisible avant que vous ne débarquiez avec vos idées burlesques. Je m’apprêtais à prier. Comme chaque jour. Quiétude des vieilles personnes. Je vous prie donc de me laisser seule. C’est l’heure du thé et des macarons.

Mais pourquoi donc vous conduire ainsi ? Pourquoi vouloir à tout prix romancer ma vie ? Qu’a-t-elle de si palpitant d’après vous ? J’ai une histoire simple. Vous ne manquez pas d’imagination. Pourquoi me harceler ? Pour des sous ou pour la gloire ? Je suis l’aïeule esseulée. Non pas une femme de petite vertu. Mes jours raccourcissent. Mes plis et mes maux en témoignent. Si j’avais su qu’un jour il y aurait tant d’yeux rivés sur moi, j’aurais interdit l’accès à ma demeure. Vous m’observez sans pudeur depuis quelque temps. Vous m’indisposez. Vous vous obstinez pour rien. Vous vouliez vraiment changer mon destin ? Le vôtre n’est-il pas réjouissant ? Osez la folie pour vous-même. Je ne suis pas un phénomène de foire et je vous le répète une ultime fois, je suis et je demeure à jamais Madame Alexandre Bernheim, née Henriette Adler.

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