#11

Cé Bé

La chambre...

La chambre semble se consumer. On se croirait dans un de ces vieux films où le héro développe des photos en noir et blanc. Grâce à quelques produits chimiques, il trouvera enfin le tueur dans le coin supérieur gauche du cliché, caché dans l'ombre.

Sauf qu'ici, tout ce qu'il y a de chimique sont les effluves de nicotine flottant au milieu d'un air dense et rouge.

Quelle heure est-il ? La projection murale indique deux heures quinze. Je me suis encore endormi au mauvais moment.

L'instant d'avant, j'étais dans une salle lumineuse remplie de gens bien habillés qui m'applaudissaient. Apparemment, j'avais réalisé quelque chose d'incroyable mais je ne sais plus quoi. 

Il y a des moments dans la vie d'un fou où il croit ne pas être seul. Il peut aussi croire que ces ambitions feront de lui quelqu'un d'accompli, que ces possessions le rendront respectable, que l'amour le sauvera et j'en passe. Rien à voir avec de la stupidité, c'est juste humain de penser comme ça. Qu'il meurt de sa petite mort ! A demi-mort, il sera plus vivant que jamais. 

Peu importe, c'était juste un rêve.

Quelque chose ne va pas dans la pièce. Je suis pris d'un vertige insensé. C'est sûrement ce que l'on doit ressentir quand, croyant arriver au bout de la rue, on se retrouve à son début. Ça doit faire cet effet de voir le reflet de quelqu'un d'autre dans le miroir.

Je suis assis là, au bord de mon lit, face à l'écran de mon ordinateur. J'entends respirer derrière moi…

L'effroi qui me traverse est tel que je suis incapable de me retourner. Quelqu'un dort dans mon lit. C'est impossible, j'en sors à l'instant. Je ricane bêtement. Je réalise que mes doigts sont plantés dans les draps et les serrent de toute leur force. J'essaie de me ressaisir en relâchant doucement leur étreinte. Enfin, d'un effort surhumain, je pivote sur moi-même pour voir qui est là…

Tout mon corps se met à trembler. Mon échine est parcourue d'un courant froid et électrisant comme si on lui enfonçait une aiguille glaciale de part en part. D'un côté du lit, il y a une femme nue qui dort sur le ventre, la couverture recouvrant à peine ses fesses rondes et de l'autre il y a… Moi.

La raison s'éloigne peu à peu de mon esprit. C'est un reflexe d'auto-défense animal qui me pousse alors à m'approcher. Je me glisse comme une ombre entre les deux silhouettes endormies. C'est bien mon crâne rasé qui est posé là, sur l'oreiller. J'ai peur mais je veux aller plus loin. Je saisi sa tête et la tourne vers moi pour voir son visage. A ma grande stupeur, la tête se tourne à cent quatre-vingt degré mais… Il n'y a aucun visage ! Que des cheveux ras, c'est une forme inerte qui s'offre à mes yeux maintenant prêts à sortir de leurs orbites ! J'entends un bruit. Je n'ai pas le temps de réagir… Une main féminine me saisit violemment le poignet…

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