Pas à jour

jorge

20 heures du soir, j’ai à peine le temps de grailler. 
Je perds du temps à chercher les capsules de pignon de pin et de basilic. Une fois trouvées, je les insère dans la machine avec les autres capsules et je le lance le programme "pennes au pesto". J'en ai pour quinze minutes d’attente.

J’en profite pour regarder mon téléphone, voir si Léa m’a répondu. Rien. Ça fait trois mois que je tourne autour d’elle et ce soir j’espère bien pouvoir l’emmener enfin chez moi. Il y a environ une semaine j’ai réussi à décrocher un rencard avec elle mais depuis elle ne répond à mes messages... Pour cette sortie elle a choisi le dernier bar à la mode. D’habitude je m’en tape pas mal du bar sauf que là c’est dans le 31e arrondissement, dans le nouveau quartier Nicolas-Sarkozy ; heureusement, la mise en service récente du métro X-3 me permet d’y accéder en même pas 12 minutes. Le rendez-vous a lieu à 21 heures au Pão de Açúcar. Depuis que le Brésil est devenu la première économie du monde, devant la Chine, nos vies se tropicalisent à vue d’oeil.

Mes pâtes sont prêtes.

Mon repas fini, je sors et descends dans la station Châtelet pour prendre le X-3. J’arrive un peu en avance, elle un quart d'heure en retard. Pas d'excuses et j’ai l’impression qu’elle est déjà lasse, blasée. Je sens que cette soirée va être une longue traversée du désert. Tant pis, je lui raconterai des conneries pour tuer le temps.

On arrive devant l'entrée et chacun à la fois on passe dans un portique de sécurité. Elle la première.

Lorsque c’est mon tour, le bidule se met à sonner.

Je m’arrête aussi sec. J’entends le videur me dire d’attendre, de ne pas bouger. Il s’approche de moi, pointe une sonde sur mon poignée puis regarde l’écran : "monsieur, vous n’êtes plus à jour sur les nanomédicaments des maladies vénériennes, vous ne pouvez pas entrer dans ce bar !"

Je reste coi. Je me souviens qu’il y a deux semaines, pour faire des économies, j’avais modifié mon abonnement aux nanomédicaments pour ne garder que ceux vraiment indispensables… J’ai dû décocher trop d’options…

Léa me regarde, je lis le dégoût sur son visage. Elle ne sait quoi faire. Elle se reprend et me toise maintenant, je sens qu’elle enrage intérieurement... Elle se retourne vivement et, blessée, entre dans le bar, seule.

Je viens de foutre en l’air plusieurs mois de travail de fond. Quel con…

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