PATRICK

René Kalfon

 

Bravant l'interdiction formelle et paternelle d'utiliser un téléphone à table, Arthur, dans un mois dix-sept ans, me tend l'objet de son délit.

Et sur l'écran de l'appareil se présente à mes yeux un grand chef-d'œuvre de l'art pictural de la Renaissance, une scène de la mythologie avec deux personnages : une femme et un homme, et l'homme est nu, et en regardant bien, on voit qu'il est pourvu d'un sexe minuscule.

En dessous du chef-d'œuvre, on peut lire en légende :

« Excuse-moi, Patrick ! Mais que veux-tu que je foute avec ça ? »

L'ensemble nous fait rire, sa mère et moi, rire aux éclats.

Heureux de voir la bonne humeur dans laquelle nous a mis ce qu'il nous a montré, Arthur ajoute :

« Ce que je trouve, moi, bien trouvé, c'est le prénom Patrick, anachronique pour un sujet aussi antique. »

Il ne dit pas textuellement cela mais c'est quand même cela qu'il dit.

Je lui propose alors l'hypothèse que voici.

On a choisi Patrick parce que Patrick , c'est le contraire de « trique ».

On l'a choisi parce que Patrick, ça veut dire « ne trique pas ».

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