Pérégrinations

Mélanie Arrès

Janvier, sous la blancheur de Londres gelée, annonçait déjà le grand cru de cette année : froide, glissante et belle. 

Des balades infinies, d’abord, à l’étage des bus, seule et devant, propulsée au dessus des chemins londoniens. Et la neige qui, comme de la mousse à incendie, me recouvrait de plus en plus. Le manque d’air, la vision trouble. Bonhomme de neige figé, en somme. Et les Doors qui me disaient : « You’re lost, little girl ». Et j’étais lost, un peu ou beaucoup, qu’importe. Et encore eux : « I think that you know what to do ». Mais mes pérégrinations ne mènent nulle part. Des visons étranges, et une vieille anglaise qui me sourit doucement et me tend un mouchoir pour sécher l’eau de mes yeux. Un mouchoir, enfin un pauvre bout de papier toilette, chiffonné par des heures passées dans une poche de manteau anglais. Alors je m’arrête, je détiens mes pas et j’écoute Lou Reed qui, avant de s’en aller, me chante une dernière fois son « Berlin ». Un signe de la main pour remercier et dire au revoir. Et je reprends mon chemin. Le flocon qui roule sur la pente s’agrandit et accélère, dit-on. Mais ce qu’on ne dit pas, c’est que le flocon ne roule que dans la direction où le vent veut bien l’amener. Roulons, alors, et voyons ou nous atterrirons. Fleetwood Mac pour la roulade. Un départ, et retour au métro parisien. Des choses qui changent, des mots durs et je touche le sol. Atterrie et endolorie. Atterrie ou, alors ? Le paysage, dés que je pose mon regard dessus, fuit et s’efface, je ne reconnais pas l’endroit. Je n’entends que Paul Simon, au loin. Je regarde dans mon ventre, et je vois mes tripes qui sont toutes tordues. Et du silence fort, très fort. Il me fait mal aux oreilles, il crie trop fort. Mais, du silence et des bleus nait quelque chose de curieux. Une flamme, dedans, qui s’allume avec l’harmonica de Supertramp. Doucement, elle grandit, poussée par le piano de génie, et peu à peu la chaleur apparaît. Le piano ramène la couleur, dans le paysage et sur mes joues. Mes pieds dansent à présent dans Paris. Et c’est à Paris, dans des endroits familiers, que je reprends mes forces en décidant de, coute que coute, profiter et oublier. Sixto Rodriguez avait tout compris. Il savait exactement ce qui se passait : « A Most Disgusting Song ». Oh, les amis, j’ai aimé ces moments. Mes pieds ont continué à danser, à croire que finalement, j’avais atterri là où la fête remplace tous les sparadraps. Alors la balade a continué. Des bouteilles de vin, des discussions qui revigorent, la douleur chassée par l’émerveillement. Et une envie folle de recommencer, chaque jour, comme dans la disgusting song, pas si disgusting d’ailleurs, je vous le dis. 

Et voilà. Vous sentez l’énergie qui arrive ? Elle revient, la précieuse. A toute vitesse, elle déboule : « Spinning wheel » ! Spinning Wheel, le souffle coupé. Spinning Wheel, qui tourne follement. Le flocon prend de la vitesse.


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