Poème de la déprise (14)

Alain Balussou

pièce 14 de DESHERENCE - parag 1, Les Prémices
Sur le chemin pierreux où les
mulets poudreux portaient l'araire,
depuis redevenus poussière,
tout au long des murs éboulés


je vais mon pas. La forêt mord
le replat de vieilles terrasses
où grandirent des blés, l'espace
ne s'ouvre plus au vent du nord.


J'entends comme une voix de femme
mais qui sait, du ruisseau montée ;
le chant d'une grive attardée
vous ment parfois, vous brise l'âme.


Des voix d'hommes aussi, d'enfants
chassant d'un carré vert la chèvre,
au moins ont-ils connu la fièvre
des jeux de leur âge. J'entends


un instant ces voix disparues
et je prie pour qu'un jour revienne
en ces lieux cette vie ancienne
quand la mienne se sera tue.

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