Pôles opposés

Julien Darowski

L'aurore boréale aux cristaux prismatiques,
Dansait comme un serpent dans la nuit électrique.
Le ciel se lézardait comme une grande ardoise,
Du vert se mélangeait aux spirales turquoises,


Le jaune se perdait dans le rouge en panache,
Les couleurs se tordaient, diluées dans la gouache.
Des vrilles se traçaient, des lassos, des volutes,
L'horizon se cabrait comme une bête hirsute.


Des halos d'énergies, des pluies de molécules,
Bombardaient en canons cent mille particules.
Les pôles embrasés à tous les hémisphères,
Gondolaient les plafonds, en fumées, en artères.


Des torches, des néons, brûlaient au firmament,
Le vent stellaire et froid claquait en tournoiements,
Les boussoles mourraient, comme les gyroscopes,
Tout vibrait sur la Terre au bord de la syncope.


La foudre et les éclairs déchiraient les nuages
Comme dans un désert d'oasis, de mirages,
J'étais ivre, envoûté par cette ode élégiaque,
Quand je fus réveillé par l'abrupte ressac.


S'étiolait sous mes pieds, craquelée de fissures,
La banquise en cyanose où quelques créatures,
Pingouins, phoques et ours, les flancs encore chauds,
Échouaient avec lenteur à l'ombre des cargos.

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