(Psycho, si on veut.) Le Chat est mort ce soir.

Hervé Lénervé

Il y a plusieurs façons de parler de la Mort.

§27

Il y a plusieurs façons de parler de la mort, (il y a plusieurs façons de parler de tout, d'ailleurs, mais ce n'est pas le propos). Je  l'avais déjà fait dans une rubrique avec une herméneutique philosopho-scientifique à bretelles-fantaisie et nœud papillon. Il s'agissait de la mort comme marqueur de la nécessaire étape terminale d'un individu pour que puisse évoluer l'espèce et s'adapter à son environnement. (Tu nous lâches un peu Darwin, merci !) Toujours cette dualité entre l'individuel et le collectif. Les Sciences ne savent aborder le sujet que par cette vision intemporelle. Maintenant, il y a aussi l'autre Mort. Celle plus affective qui vous touche, selon le degré d'attachement, en l'occurrence à la bestiole, puisqu'il s'agit d'un chat ici, le ressenti temporel, cette fois, des affects. Cependant, cette douleur, ce manque, cette affliction peut se ressentir à la perte d'une personne humaine aussi… peut-être ?

Donc mon chat est mort. Il était vieux, je le croyais jeune. Il était venu un jour, d'on ne sait où, squatter notre jardin pour ne jamais plus en repartir, il y vécut deux ans ainsi dehors comme un animal. On lui donnait à manger, il vivait sa vie de chat libre, mais aurait bien aimé aussi alterner avec une vie plus captive dans une maison chauffée pour se réchauffer les arpions quand ça gelait dehors. Cependant, on résistait on ne voulait plus de chat. On tolérait celui-ci, car il ne nous encombrait pas. On partait en vacances, le chat restait, on revenait, le chat était toujours là. Les chats ne meurent pas de faim, à la campagne, ils ratent, en ville, ils font les poubelles pour se nourrir. Bref tant que le chat resta chat d'extérieur, il multipliait les signes de séductions, il faisait des roulettes sur la terrasse, ce fut la raison pour laquelle nous l'avions appelé Roulette, un peu rapidement d'ailleurs, car une fois devenu le chat estampillé maison par l'autorisation de venir ronronner la nuit dans nos oreilles pour nous empêcher de fermer l'œil, il cessa aussitôt ces simagrées de se rouler un peu partout pour prendre des poses de propriétaires plus appropriées à son nouveau statut. Trop tard, surnommé Roulette, cela lui resta sans plus aucune justification. Dans beaucoup de tribu d'indiens, avant qu'ils ne deviennent amérindiens, on attendait qu'un trait de caractère dominant apparaisse chez un individu pour lui attribuer un nom. Des fois, une anecdote cocasse suffisait : « Celle qui tombe de cheval. Celui qui tire de travers… » Avant que n'émerge cette singularité, on les appelait indistinctement « Machin, Machine va en forêt ramasser du bois ! ».

Mais revenons à nos moutons, mon chat. Nous avions fini par nous attacher à lui et lui à nous, puis la canicule nous révéla qu'il n'était plus aussi jeune que l'on croyait, qu'il était vieux et même en fin de vie. Il avait bien caché son jeu, le cochon. Savez-vous que les chats dissimulent intuitivement leurs maladies ? Peut-être, pour ne pas être emmenés chez le véto, qui leur met un thermomètre dans le cul.

Si bien que déshydraté malgré des injections à répétition, il se sentait mourir. J'avais déjà écrit dans une autre rubrique sur la méfiance que des éthologistes nous incitaient à avoir dans nos interprétations humaines des comportements animaux, ce fameux anthropomorphisme.

Maintenant, mon chat fit en une journée ce que je ne l'avais jamais vu faire en quatre ans. Il se rendit dans le terrain de ma voisine, qui est une amie et qui le nourrissait pendant nos absences. Il s'y traîna plutôt que d'y courir et se coucha à sa porte à l'attendre là, qu'elle se lève et le découvre. Après l'étonnement de le voir chez elle et quelques caresses, il partit dans un autre terrain pour saluer une autre de ses connaissances. Puis se trouva un coin peinard pour y mourir tranquille. Je sais, il ne faut rien interpréter, on se tromperait, donc j'aimerais ne rien croire de démonstratif dans ces deux actions inhabituelles, pourtant comment s'empêcher de voir ces actions comme le dernier adieu à des êtres humains avec qui il avait développé un rapport affectif. Mon chat mettait de l'ordre dans ses affaires avant de partir.

Les Sciences nous apprennent comment fonctionnent certaines choses, jamais pourquoi elles fonctionnent ainsi. Les affects se substituent à cette tâche.

C'est tout, je m'arrête là, j'ai encore assez de dignité pour ne pas chialer, devant vous, sur la perte d'une simple bestiole.

  • J'ai perdu mon petit Loulou (un chien) l'an dernier. je l'ai remplacé par un chat pour des raisons de commodité. Comme je l'ai déjà dit, on a tort de ne pas écouter les animaux, ils ont un tas de trucs à nous dire. Ton texte m'a touché car je comprends très bien de quoi tu parles.

    · Il y a 2 mois ·
    Menu tete1

    daniel-m

    • C’est vrai on devrait écouter davantage nos animaux familiers, mais eux devraient davantage nous écouter, au lieu d’en faire qu’à leur tête. Qui c’est-y qui commande ? Merde à la fin !

      · Il y a 2 mois ·
      Photo rv livre

      Hervé Lénervé

  • Vous pouvez lire " le chien est mort"

    · Il y a 2 mois ·
    1338191980

    unrienlabime

    • Tu peux me tutoyer. J’l’ai lu, .. J’’suis pas trop d’accord avec toi ; les gosses c’est bien aussi, pour draguer.

      · Il y a 2 mois ·
      Photo rv livre

      Hervé Lénervé

    • Haha
      Vrai.

      · Il y a 2 mois ·
      1338191980

      unrienlabime

  • "...pour prendre des poses de propriétaires"
    C'est ce que j'aime chez les chats. Ils nous la font toujours à l'envers.

    · Il y a 2 mois ·
    Black

    le-droit-dhauteur

  • Je compatis. J'ai moi même participé à l'euthanasie de mon berger malinois atteint d'une tumeur irréversible au cerveau (il devenait incontrôlable avec les enfants par exemple) ; quand à mes chats, je les ai tout enterrés, mortifié par la peine.

    · Il y a 2 mois ·
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    Marcus Volk

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