Quai humide

petitepepite

             Cinq jours se sont écoulés depuis le départ. J'ai peu dormi, ou du moins pas d'un sommeil optimal. Mes cheveux sont trempés, ils ont le goût du sel, comme ma peau. " La saveur de l'océan " comme disait mon père. Mes lèvres sont sèches, j'ai les yeux cernés. 

J'occupe mes journées en faisant de longues promenades sur le quai. Je n'ai pas trouvé de meilleure occupation, pour l'instant. Le capitaine a parlé d'un possible poste à l'avant du cargo : un truc facile, a-t-il dit. Alors j'attends, je m'assois sur un tas de cordes abandonnées à l'arrière. Ça me laisse le cul trempé, cette connerie. Mais j'aime bien regarder l'horizon et l'océan, c'est merveilleux. 

Hier il y a eu une tempête. Le quai du vraquier a pris cher.  J'ai aidé les gars à bouger des petites caisses, qui ne devaient pas prendre l'eau. Ça a dégueulassé mon pull rayé. J'ai attendu toute la journée du lendemain qu'il sèche. 

Encore vingt jours sans voir la terre. Encore vingt jours de mauvais tabac, de boîtes de conserve, d'effluves de mazout et de douches salées à répétition. J'ai de la chance d'avoir trouvé une place. L'autre jour, alors que je longeais les panneaux de cale, un des graisseurs affirmait qu'ils ne prenaient jamais de passagers habituellement. " Mais ton père a fait du bon sur le port... ", a-t-il dit. 

Va falloir tenir, c'est le seul moyen de le rejoindre. 

Signaler ce texte