Quand le monde s’occupe de nos assiettes

lise-rose

Fermez les yeux et imaginez un monde qui tourne sur son axe sans une profusion d'ondes. Un monde où les rares téléphones portables sur le marché sont de gros boîtiers gris foncés avec antenne apparente dont le prix est tellement exorbitant qu'ils ne peuvent être détenus que par une petite minorité. Un monde où chaque rendez-vous doit être précis au risque de se rater pour un simple malentendu. Un monde où il n'est pas possible de convenir vaguement « Rendez-vous vers 16 heures à l'aéroport. Je t'appelle dès que j'arrive ».

Imaginez un monde où Internet et les messageries électroniques ont à peine pointé le bout de leur nez. Pas question de vérifier sur le net à la dernière minute l'heure de la dernière séance d'un film projeté dans la petite salle de cinéma de son quartier, d'en lire en vitesse le résumé, l'heure de fin et les premières réactions rédigées par des internautes conquis ou un peu moins. Pas non plus question de télécharger la dernière saison de la série américaine fétiche - n'ayant pas la patience d'attendre qu'elle passe sur le câble - et d'en visionner sept épisodes d'affilée en s'enfilant un litre de glace Ben & Jerry's à même le pot. Impossible aussi de faire ses courses alimentaires dans les rayons virtuels d'une grande surface en passant de la viande aux friandises et des légumes au papier toilette en deux clics de souris tout en sirotant un verre de vin d'Afrique du Sud.

Pire encore, imaginez un monde où les ordinateurs n'ont pas encore gagné beaucoup de place dans les foyers. Un monde où l'écran du Game Boy fait apparaître un super Mario pixélisé dans les tons verts et gris. Un monde où les exposés scolaires se préparent dans une bibliothèque, en feuilletant les pages d'ouvrages de référence, un stylo à plume à la main. Un monde où la musique défile sur les bandes grises des cassettes et où la touche pour revenir au début de la bande est parfois difficile à enclencher, à tel point qu'elle se grippe, affole les têtes mécaniques qui font sortir de ses gonds la bande, la détériorant définitivement. Un monde où posséder un Discman est considéré comme le nec plus ultra. Un monde où les baladeurs sont tellement imposants qu'ils ne peuvent pas être fourrés dans la poche d'un pantalon, encore moins dans celle d'une chemise.

Imaginez des télévisions cubiques à tube cathodique hautement explosif ; des télévisions lourdes, envahissantes, aux images imparfaites et chargées d'électricité statique.

Un monde pas si irréel que cela. Une époque pas si lointaine que cela. Serions-nous perdus, déboussolés, voir troublés ?

Ce soir, en allumant mes plaques à induction, je me demande ce qui pourrait encore être inventé. La radio internet m'apprend que le distributeur automatique à frites qui avait été installé à l'entrée de mon supermarché va être retiré. L'avenir est aux imprimantes 3D. Les scientifiques s'occupent de nos assiettes. Nos papilles s'inquiètent mais le papier sera remplacé par du fromage fondu. Les inventions n'ont pas de limite.

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