September @ Galaxy Hotel

mglow

Il y a de ces douleurs silencieuses qui se libèrent la nuit tombée dans une larme ou dans un cri muet. Ces rencontres, ces courts-circuits, ces étincelles qui te plongent à jamais dans le noir.


1

Hôtel Galaxy

4 septembre 2014.

 Il est 9h00 du matin lorsque la couverture est jetée dans un mouvement brusque dans la chambre d'Andréa. Autour d'elle, rien n'avait été déplacé : son dernier livre acheté était toujours posé avec soin sur sa table de chevet, son portable caché sous son oreiller et son calendrier accroché au mur restait bloqué quelques mois en arrière. Tout était là, à sa place. Il n'y avait qu'elle qui pleurait en silence, qu'elle qui avait froid, qui tremblait, qui priait. Les yeux fermés pourtant, elle aurait jurée avoir sentie quelqu'un au-dessus d'elle . . . 

Elle descendit alors les deux étages qui la séparaient du salon. La maison était encore plongée dans un lourd sommeil collectif. A travers la fenêtre, elle pouvait entendre le chant doux mais strident des oiseaux. Ils avaient l'air heureux sous les rayons du soleil qui s'imposaient déjà dans le ciel. Un ciel bleu, sans ratures. Elle était seule au monde à ce moment-là … Encore …

Un café noir, sans sucre. Une tartine au Nutella. Une banane.

10h00, le téléphone sonne. Il parle. Il ordonne. Il veut. Il exige. C'est la course contre la montre : dans un peu plus d'une heure, elle se doit d'être dans le train à destination de la capitale de l'Europe. Il l'a demandé. Il l'a sous-entendu. Juste quelques heures, pour discuter, pour régler tout ça, c'est tout.

Douche. Vêtements. Euros. Abonnement.

12h10. Gare du nord. La lumière est frappante dans le hall d'entrée. Les hommes et les femmes ne se regardent pas et les enfants courent les uns après les autres dans un bruit infernal. Il y a aussi cet homme qui, à la vue des retards sur le grand écran noir semble anéanti... Et, la petite dame aux bonbons qui guettent le prochain client avec le sourire. 

Andréa est là quelque part elle aussi. Elle avance. Elle court. Pour ne pas arriver en retard. Elle laisse couler sur ses joues foncées quelques larmes. Elle tremble. Il l'attend. Elle ne peut éviter ce face à face. Sinon…

Dehors, les trottoirs sont bondés et les bouches se jettent sur des aliments de toutes sortes. Les taxis attendent les clients et les clients prennent leurs temps. Il fait beau. Les magasins sont ouverts. Le monde profite du peu de bonheur que le ciel décide de partager avec lui. Andréa presse le pas. Elle n'a pas le temps. Elle transpire, elle sourit vaguement, elle se retourne de temps en temps.

Hôtel Galaxy. En bleu, sur un fond blanc. A quelques mètres du centre-ville. Andréa se retourne une dernière fois pour voir si elle n'avait pas été suivie et pénètre enfin dans le hall.

Il était là, étalé de tout son long sur le vieux canapé placé contre le mur, près du petit ascenseur. Personne ne semblait s'intéresser à lui. Il avait la bouche ouverte. Une bouche anéantie par les coups. Une bouche béante et puante avec quelques dents en moins. Une secousse. Deux secousses. Trois secousses. Il ouvre les yeux. Il regarde à gauche et à droite avant de l'analyser avec intérêt. Il lui sourit, comme à son habitude. 

Ascenseur. 

2

Tintin et les Picaros

La lumière allumée, le monstre a dansé. La lumière allumée, les cris et les larmes ne l'ont pas arrêté.

Il faisait froid dans la petite pièce malgré la chaleur et la bonne humeur à l'extérieure. La chambre n'était ni grande, ni petite, ni charmante. Cependant, il était facile d'imaginer la bonne volonté du propriétaire de rendre ce petit espace agréable : accroché sur le mur dans un cadre médiocre, une vieille affiche du célèbre dessinateur Hergé dominait la pièce. 

Comme des tams-tams, le cœur d'Andréa criait dans sa poitrine. Les mains moites, elle essayait de dissimuler sa peur et son angoisse. Il la regardait d'un œil pervers, presque affamé. Elle voulait sortir, fuir, appeler à l'aide mais… Elle ne pouvait pas. Il y avait ces trucs qu'il répétait tout le temps et qui la maintenait sur place. Elle était anesthésiée. Elle était sa marionnette. 

Il s'avança vers elle, la main tendue pour caresser sa joue. Il avait les yeux rouges sang et sentait l'alcool. S'il avait auditionné pour un film d'horreur à ce moment là, il aurait été choisi dans la seconde sans même devoir passer par la case maquillage. Il disait vouloir parler mais sa bouche ne s'ouvrait pas. Il caressait sans limites. Il l'observait comme un prédateur guettant sa proie. 

Elle avait compris. Elle recula d'un pas et décida de se focaliser sur la bande-dessinée. Elle aussi voulait fuir comme Tintin, le Professeur Tournesol, le Capitaine Haddock et Milou. Elle essayait d'éviter l'inévitable. Et, il n'aimait pas ça. Il n'aimait pas la désobéissance surtout lorsqu'il n'avait pas fermé l'œil depuis des jours, surtout après ses aventures nocturnes dans les rues de Bruxelles…

Elle ne voulait pas. Elle ne voulait plus. 

Lui, n'attendait que ça . . . 




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