SOLITUDE

Sylviane Blineau

les réflexions d'une fillette obligée de jouer au ballon

                                                               SOLITUDE

                                                 (d'après le tableau LE BALLON)

Les femmes se sont éloignées. Maintenant immobiles comme des statues antiques , elles se tiennent face à face, virgule bleue, virgule blanche.

De quoi peuvent-elles bien parler, là-bas, sous le couvert des grands arbres ? Mes  deux frères disent en riant que les femmes ne sont intéressées que par les histoires d'amour ou par leurs toilettes.

Je ne suis pas papillon disent mes tantes. Pas encore. Toutes ailes repliées, me voici donc condamnée à m' éloigner d'elles, j'ai bien compris la cause de ce cadeau : va donc jouer avec ton joli ballon, Clémence !

Moi, Clémence, six ans depuis le mois dernier, je suis obligée de courir après ce stupide ballon rouge...Et sans salir ma belle robe du dimanche, blanche comme un nuage. Et sans perdre mon chapeau de paille !

Jouer toute seule, je déteste.

Me voici dans la lumière, aveuglée de soleil. Où sont les autres enfants en cette après-midi d'été ? Poursuivant mon ombre mauve, je m'éloigne. Je fais exprès de m'éloigner. Les vilaines tantes bavardes vont-elles s'apercevoir de mon absence ?

Clémence ne tient jamais beaucoup de place, où qu'elle soit ; tout le monde le sait. Jamais je ne dis non. Jamais je ne pleure devant les autres.

Virgule bleue et virgule blanche s'éloignent encore un peu plus en se prenant le bras...

Moi, Clémence, six ans et pas encore papillon, je cours de plus en plus vite. La pente m'entraîne, mes chaussures vernies glissent sur l'herbe et je vois le beau ballon tout neuf s'enfuir sans bruit vers l'étang. Vite, tellement vite que me voici  sur sa trace avec de l'eau jusqu'au ventre, puis jusqu'au cou.

Puis...

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