Songe d'un après-midi

marivaudelle

De la fenêtre protectrice mais ouverte sur le monde, mes yeux vont de droite à gauche : écritoire où repose un cahier épais ouvert, laissé là depuis peu de temps, à en croire le feutre de couleur lie de vin.
Un bouquet dans un vieux pot qu'il me semble reconnaître.
Mais non... à moins que...
 
Un ronronnement... Je souris. J'aime cet endroit. Moi aussi j'aime que ma féline suive des yeux les arabesques de mon feutre.
Une tasse est posée là, à moitié pleine. On devrait revenir donc.
Mais peut-être est ce moi que ce cahier attend ? Suis-je dans une de ces maisons que j'aime à louer pour l'été ?
Pourtant, je ne sais pas, je me reconnais sans me reconnaître tout à fait ?
 
Mes yeux se lèvent du siège près de la petite table où ils s'étaient posés un instant, remontent. Tiens un dico ? On dirait mon premier Larousse ?
Mais où suis-je ?
Je porte mes mains à mon cœur qui s'est mis à battre... Sous la douceur du tissu léger d'un caraco aux couleurs douces, je sens vivre mon corps.
Quelque chose derrière moi capte l'attention reptilienne de mon esprit et, doucement, très doucement, dans un moment suspendu aux mille perceptions libérées une à une, comme des petites bulles de savon ou de lave crevant son magma, respirant doucement à la surface d'un volcan, je me tourne...
 
Un sofa contre un treillis en fer forgé montant à mi hauteur, une petite table en bois rustique, une lampe aux couleurs passées, un livre...
des coussins sens dessous dessus et dessous, dessus, une silhouette qui fait se bouger un coussin posé sur la poitrine.
 
Mes yeux remontent... sur un cou ? Un autre coussin cache à moitié un visage, les yeux, ne laissant entrevoir que des boucles collées par la sueur sur les tempes.
Déjà je me sens fondre.
 
Je laisse mon songe me guider sur ses fantaisies. Mais comme souvent, je sais que je pourrai décider de son évolution selon mes fantasmes ou mes désirs...
 
Et cette forme là, étendue, à moitié recouverte par les coussins et la serviette de bain, m'est quelque peu familière.
Une cuisse découverte, musclée et longue, ne serait-elle pas cette jambe couverte de mes baisers, brûlants, par un après-midi de sieste, semblable j'en jurerais tellement par ces quelques poils virils à la teinte et au dessin connu.
 
Envie. Envie intense... Envies brûlantes...
 
Ne pas réveiller ce beau félin qui dort. J'avance d'un pas mais arrête mon élan timide. Une paupière a frémi ?
Je distingue mal dans cette pénombre aussi protectrice qu'elle me conduit à des rêves inavouables.
Mais qui me demanderait d'avouer ?
A part lui... à ce moment précis où je me rendrai à lui... Car c'est lui. Lui...
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