Souvenir de matins d’enfance

jasmine

A mes huit cousins, mes tantes, mes parents, mes grand-parents, et mon frère avec qui j'ai partagé ces petits-déjeuners inoubliables

         Il est 8h00 quand la première de la famille à se réveiller ce matin descend dans la cuisine. L'odeur du café embaume l'air de la petite pièce chaleureuse. Une pluie de baisers accueille la jeune fille, qui trouve ses grands-parents assis à la table du petit-déjeuner, comme à leur habitude. Fraichement douché, le grand-père est élégamment coiffé et sent bon l'après-rasage. La grand-mère, levée depuis plus longtemps, a déjà bien entamé sa matinée, et boit sa deuxième tasse de café. Tous les matins, elle retrouvait son mari lorsqu'il petit-déjeunait à 8h00 tapantes, planifiant la journée à venir en buvant sa deuxième tasse.

La jeune fille se joint à eux et déguste les premières gorgées du délicieux breuvage, admirant le soleil qui se levait au dessus des Alpes à travers la grande fenêtre. La douceur des premiers mots de la journée échangés avec ses grands-parents, et le goût particulier des tartines grillées trempées dans le café noir font flotter dans la pièce une atmosphère particulière. Celle que l'on ne retrouve que dans les cuisines familiales, tôt le matin, alors que les mêmes questions répétées depuis des générations- As-tu bien dormi mon petit?- nous remplissent de bonheur.

Puis le grand-père s'en va à ses occupations extérieures, on le voit dans son jardin à planter ses légumes, couper ses rosiers, ou nourrir les moutons. La grand-mère et la jeune fille restent encore assises, et discutent de tout et de rien-moment privilégié lorsque l'on ne se voit pas souvent.

Mais assez rapidement, le reste de la maisonnée se réveille. Un à un, ses habitants entrent dans la cuisine, et la table se remplit petit à petit. C'est un défilé d'adolescents encore tout ensommeillés, de mamans enveloppées dans leur peignoir douillet, de papas qui font trainer leurs pantoufles sur le carrelage de la cuisine. C'est un assaut sur le Nutella, une razzia sur la brioche, un pillage de la baguette fraichement coupée. La jeune fille doit laisser sa place à l'un de ses cousins, et s'adosse à la cuisinière, observant  cette scène avec attendrissement.

Le petit-déjeuner se termine vers 10h30, quand le dernier levé rebouche le pot de confiture et verse la dernière goutte de la cafetière. Chacun est remonté dans ses appartements, en un joyeux concert de rires, de courses et de bousculades.

 La cuisine se retrouve étrangement calme. Tel un champ de bataille après un conflit armé, on retrouve des paquets de brioches éventrés, des bouteilles vidées, un empilage de bols et de petites cuillères dans le lavabo. On pense au calme après la tempête, dans cette cuisine familiale tout à coup bien silencieuse ! Mais la grand-mère refuse que la jeune fille s'occupe de ce bazar : qu'elle monte se doucher et commence sa journée. La grand-mère restera seule à ranger et nettoyer la table. Les miettes sont aspirées, les traces de chocolat lavées, les fonds de tasse vidés.

 Alors la grand-mère ouvre la fenêtre pour faire rentrer l'air frais, et chasse ainsi avec regret l'odeur du petit-déjeuner,  mais en pensant déjà à la préparation du déjeuner.

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