Transistor

petisaintleu

Planqué sous mes draps, j'écoutais Les Routiers Sont Sympas. J'aimais les voix gouailleuses de Marcel et de Robert, que nous avions sans doute croisés sur une nationale lors d'une migration estivale. Nous n'avions pas la CB et il ne me restait, pour m'imaginer leur vie de sous-mariniers de l'asphalte, que l'image d'un tatoué ventru sirotant sa Kro sur une aire d'autoroute, reluquant son poster de femmes de petite vertu et allongé au fond de sa cabine de 3 m².

Il était super gentil Max. Toujours prêt à mettre en relation une auto-stoppeuse suédoise en rade du côté de Nice qui recherchait un camionneur à l'âme charitable pour la monter jusqu'à Dunkerque. Je ne suis pas certain que monter avait la même connotation pour ces deux-là. Ce serait encore mieux lorsqu'il arpenterait les routes d'Europe, micro à la main, pour aller à la rencontre des gros bahuts.

Et, à l'aube, je n'avais pas besoin de réveille-matin. J'étais invariablement mis hors du lit par les hurlements de mon papa qui s'engueulait avec le chroniqueur de RTL. Lorsque ce dernier osait émettre la moindre critique sur le Nord, nous dépassions alors allégrement les 130 décibels du Concorde nous survolant au-dessus de Seclin lors de ses vols d'essai.

En fin d'après-midi, il m'arrivait d'écouter les Grosses Têtes. C'était en général sur l'autoradio de la Chrysler 1309 SX. A l'époque, la FM était tout autant inconnue que le SMS pour le pékin hexagonal qui n'avait jamais traversé l'Atlantique. Lorsque le temps tournait à l'orage, au-delà de l'état d'excitation de papa qui m'invitait à ne pas broncher pour ne pas déclencher sa hargne à la vitesse de l'éclair, les grandes ondes grésillaient. L'émission de Philippe Bouvard était à mes oreilles un mélange de Quid et du Jeu des mille francs, en beaucoup moins sérieux. Et, l'émission ne se déroulait pas dans la charmante de bourgade de Jonzac, chef-lieu de canton réputé pour sa betterave crapaudine. Lucien Jeunesse, j'allais le croiser quelques années plus tard, lorsque, lors d'une étape à Moulins-sur-Allier, la salle serait évacuée après que j'y eu jeté des boules puantes.

Ce n'était d'ailleurs pas la seule vedette que j'ai eu l'occasion de croiser. Lors de la foire exposition annuelle qui se déroulait dans la préfecture bourbonnaise, Pierre Bonte me remit le troisième prix d'un concours qui consistait à interviewer les visiteurs rencontrés dans les allées. Les auditeurs de Radio Chlorophylle devaient voter par téléphone pour désigner la meilleure prestation. J'avais donc passé une cinquantaine d'appels en l'espace de trente minutes. Je n'étais pas Thierry Le Luron et la personne chargée de recevoir les appels n'était pas dupe des différentes voix que j'essayais de prendre. Il n'empêche que je gagnai une radio portative.

Même si Europe 1 n'était pas la radio de prédilection, je me souviens également de ce dimanche après-midi où nous apprîmes que la voiture chargée de repérer les véhicules avec un autocollant affublé sur la lunette arrière de Maryse ou de Pierre Bellemare sillonnait les rues de la ville des Beaujeu. Malgré une course poursuite pour la repérer, des appels de phares avant de la dépasser dans un tête-à-queue, un plein d'essence et les moulinets de mon papa, rien n'y fit. Il n'ouvrit jamais l'enveloppe qui pouvait renfermer une fortune, dix mille francs.

Itou pour la valise RTL de Fabrice. Autant dire que l'imprudent qui ce serait permis de nous appeler entre douze et treize heures se faisait recevoir à coups d'insultes. Il avait au moins l'avantage que nous décrochions avant la troisième sonnerie fatidique. Quand un nordiste avait la chance de gagner, c'était l'occasion rarissime pour ma maman de lire les Pages Blanches, juste histoire de voir où l'heureux élu habitait.

Plus tard, je découvrirai par le biais d'Alain Maneval les Cure et The Upstairs Room. C'était avant l'album Faith et que je me noie dans les synthés oniriques de The Drowing Man. Et bien avant que je ne découvre Lune de Fiel sur FG qui ouvrirait les portes de mes fantasmes.

C'est drôle quand j'y repense. Avec la radio, je me suis bien plus ouvert qu'à rester comme un con derrière un site de rencontres.

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