Un homme -3-

aile68

Il a l'impression de galoper sur un mustang sauvage, il l'attrape au vol, et la hisse sur sa monture, ensemble ils parcourent des kilomètres de plage, ils sont seuls comme dans un rêve. Revenir à la réalité pour ne point perdre son job, la tête, il plane complètement et redouble d'effort pour se concentrer. Il se calme quand il la regarde enfin, de dos, naturellement, quand il la voit travailler, passer des coups de fil. Il aime quand elle écrit au kilomètre à toute vitesse sur son ordi, tout chez elle l'enchante, sa voix, ses postures gracieuses, sa manière de croiser les jambes, ses bas superbes qu'il voit quand il baisse la tête devant elle comme un gamin. Il a l'impression alors de se retrouver avec son ourson en peluche, il a envie d'un câlin, d'un geste maternel. Il n'a plus sa mère depuis un an, elle lui manque terriblement, il n'a parlé de cette perte à aucun de ses collègues. Ses frères et soeur, il les voit rarement, on croirait qu'il est seul dans une vie triste, si ce n'est qu'il voit ses amis régulièrement, ils lui donnent l'impression d'exister pleinement dans la vie réelle. Il y a Daniel, Maurice et Laurent, ensemble ils forment les quatre mousquetaires. Ils se déchargent à tour de rôle de leurs soucis, de père, d'amant, d'amoureux et tapent le carton certains soirs en buvant du whiskey plus ou moins mauvais. Il y a aussi des samedis où ils font la tournée des bars comme lorsque ils étaient étudiants et qu'ils faisaient du charme aux étudiantes de leur classe pour rattraper des cours qu'ils avaient séchés. Ils parlent toujours de ce temps-là comme le bon temps, et s'en jettent un de trop derrière la cravate négligemment dénouée. Daniel a le sérieux de celui qui a le mieux réussi professionnellement, il est chirurgien, répare les corps humains et les coeurs blessés, fatigués comme celui de notre homme, Maurice aurait voulu une pop star, avec sa guitare et deux autres acolytes ils jouent dans des bars, ils ont du talent, lui compose des chansons dans sa chambre, ça marcherait mieux pour lui s'il avait plus de constance, c'est un peu la dèche mais a la classe de ne jamais se plaindre, il sait aussi que ses amis lui reprocherait sa paresse. Laurent est le plus beau du groupe mais il s'en fiche, il vit sa vie sans jamais faire de charme à personne, il estime que la beauté n'est pas un argument, il travaille dans un garage de voitures de luxe, c'est le seul qui ait quitté la fac de médecine pour se reconvertir, c'est la famille qui voulait qu'il devienne médecin, lui a toujours aimé les voitures, dès son plus jeune âge. Notre homme (Gérard) a de l'admiration pour ses amis, son histoire à lui est un peu folle, il a arrêté sa fonction de médecin pour un travail plus simple, assistant de projet dans l'immobilier, le patron est un ami de son père, eh oui! c'est un pistonné, mais ne lui en veuillez pas, la médecine c'était pas pour lui, et il fait bien son boulot. Il pense souvent qu'il a perdu neuf ans de sa vie sur les bancs de la fac, mais ne regrette en rien son expérience (trop courte selon lui, et la plus merveilleuse malgré les conditions de travail difficiles) à la Croix rouge et dans diverses associations humanitaires. Pourquoi a-t-il arrêté? Pour une vie plus stable, loin des horreurs de la guerre et de la misère. Cinq ans plus tard il fait encore des cauchemars, il voit dans ses mauvais rêves des enfants mourir dans ses bras. Comme il aimerait qu'on le prenne dans ses bras lui aussi! C'est alors qu'il pense à Marie-Claude, ses amis l'encouragent à lui parler, au nom de l'amitié il devrait faire le premier pas...

(à suivre)

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