Un Rêve Américain

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                MON REVE AMERICAIN

La vie est un songe…s’il te plaît,  ne me réveille pas !
                (Vieux proverbe)


L’Amérique a toujours été, pour moi, comme l’image d’une aventure que je souhaitais vivre en tant qu’acteur.
J’ai découvert tout d’abord ce pays lors du débarquement des troupes américaines et anglaises en Afrique du Nord, en Novembre 1942.
Les G.I. représentaient non seulement les libérateurs d’un pays, le mien, alors sous la coupe de Vichy, mais devenaient les personnages vivants d’un mythe que je portais en moi, à partir de toute la filmographie hollywoodienne.

Ils représentaient  pour moi les valeurs héroïques de mon époque.


En 1981, je fus contacté par une société de promotion immobilière belge qui me proposa de participer à un forum sur l’investissement immobilier au Texas, à Dallas, au cours d’un voyage, tous frais payés, hors avion, d’une durée de 4 jours.
Je me suis laissé tenté, le principe pouvant intéresser des clients investisseurs français.

J’allais enfin vivre ce rêve américain !

Une fois sur place, j’ai pu constater la puissance économique de ce pays, où tous les superlatifs s’appliquent dans tous les domaines

Il s’agissait en effet,  d’une gigantesque opération immobilière, sur plusieurs milliers d’hectares, (le Texas représente environ 1 fois et demi la superficie de la France !) organisée autour d’un golf, d’un club-house et d’autres aménagements sociaux qui devaient en faire le nec plus ultra dallasite.

Chaque lot ayant une contenance de 3 à 5 acres, soit de 1,2 hectare à 2 hectares. L’ensemble constituerait alors une réalisation encore inconnue en France, tant par son importance foncière que par l’innovation du modernisme, son luxe exorbitant, piscine privée pour chacune des maisons, 5 chambres avec chacune sa salle de bains, garage pour 3 voitures, air conditionné, système audio-visuel réparti dans toute la maison, une sécurité hors normes relié par télévision interne au centre de surveillance de la résidence, bref, du luxe et du confort.

Le gigantisme de cette opération, je l’avoue encore aujourd’hui m’effraya. Nous n’étions pas encore familiers avec ce type de constructions, et les budgets pharaoniques qui les accompagnaient, et qui ne répondaient à aucune culture française.

Aussi, abandonnai-je l’idée de m’intéresser à cette transaction.

Je profitais cependant de mon séjour à Dallas, pour me renseigner quant à l’existence d’un bureau du Commerce Extérieur qui dépendait du Consulat Général situé à Houston.
C’est là que je fis la connaissance du Chef de Poste et de sa secrétaire qui m’apporta tous deux une aide précieuse sur la faisabilité d’un projet qui n’avait rien à voir avec l’objet de mon voyage.
En effet, je vivais à cette époque de ma vie avec une jeune femme,  Sophie Dess, styliste  pour  Femme, et qui s’était reconvertie dans la mode enfantine de haut de gamme, à la suite de la naissance de notre fille.

Sa ligne pour enfants était connue en Belgique, en Suisse, en Italie et même en Angleterre.

Elle avait débuté aux Etats-Unis, dans le milieu des années 60, pour avoir organisé des défilés de Mode féminine, grâce au concours de Dupont de Nemours, leader de la chimie mondiale, et dont le siège se trouve à Wilmington, dans l’Etat du Delaware, célèbre paradis fiscal américain.
Les brevets mondiaux se comptent par centaines de mille et notamment sur ceux protégeant le Nylon et l’Orlon. Sophie s’était fait connaître de Dupont de Nemours, par l’intermédiaire d’un de ses amis qui connaissait le Directeur marketing de cet Empire.
La société Dupont désirait promouvoir ses fibres synthétiques dans le secteur de la Mode, à travers des actions publicitaires et avait choisi Sophie comme styliste.
Il fallait bien sûr utiliser pour la création de ses modèles, des tissus composés des matériaux Dupont, qui pouvaient être mélangés à des étoffes d’origine plus noble et de matière naturelle, tels que la soie, le satin, la laine et le coton.
Sophie créait donc ses modèles pour des mannequins engagés par la Firme, et organisait, sous son égide, de nombreux défilés de mode à New York et à Los Angeles.

Ce fut une innovation pour l’époque, et son succès devint très grand aux Etats-Unis.
Elle eut des pages entières de ses modèles qui parurent dans les principales revues de Mode américaines.

Pour revenir à l’époque qui m’intéresse, en Août 1981, après avoir raconté au responsable du Commerce Extérieur à Dallas,  le pourquoi de ma visite à Dallas, et l’impossibilité pour moi de m’investir dans ce projet, je lui parlais de Sophie en le questionnant sur la faisabilité de l’introduction de la Mode Enfantine, haut de gamme aux Etats-Unis.

Le French Trade Commissionner, me remit une étude faite par des étudiants H.E.C. en fin de stage, dont le sujet portait précisément sur la mode enfantine dans le TOLA.
Le TOLA est la réunion économique de 4 Etats du Sud : le Texas, l’Oklahoma, la Louisiane et l’Alabama., désigné également sous le sigle du Sun Belt, la ceinture du Soleil.

Quelle coïncidence et le sort allait-il, peut-être, me favoriser dans ma démarche ?

L’étude restait très positive et encourageante. Sa lecture excita ma curiosité et mon envie de réaliser ce projet.  
Après avoir lu ce rapport, j’envoyais le lendemain un télex à Sophie en la pressant de préparer une collection, car dans la foulée, j’avais retenu, avec l’aide du Bureau du Commerce Extérieur, à Dallas, un Show-room à l’Apparel Mart, Centre d’Expositions pour la Mode, Homme, Femme et Enfants, à l’occasion du Children’s Wear Fashion Show qui devait avoir lieu au mois d’Octobre suivant.

C’est ainsi que mon épopée américaine commença.

Mais comment faire du business dans un pays aussi vaste et aussi complexe par la diversité de sa population, ce qu’on appelle là-bas, le Melting Pot,  leur mode de vie, leurs habitudes et surtout, leurs systèmes commerciaux  et les potentialités financières, hors du commun, et  donc si différents des nôtres ?

Malgré ma formation juridique et commerciale, qui aurait pu me permettre de m’affranchir de quelques paramètres indispensables, je ne connaissais pas les moyens techniques et intellectuels qui pouvaient s’appliquer à cet inventaire de lois et de règlements, et sans lesquels mon challenge ne pouvait aboutir.


Mon premier handicap fut la barrière de la langue. J’avais pratiqué l’anglais comme tout un chacun, jusqu’à mon baccalauréat, où l’étude de la littérature et l’utilisation des verbes irréguliers me confortaient dans sa pratique.
Mais au Texas, il faut oublier tout ce que l’on a appris, et ne parler qu’une seule langue : le slang !
Le slang est à l’anglais ce que le patois breton peut être à la langue de Molière, ou encore le Catalan au Castillan. C’est-à-dire peu de choses !
Le Texas est un Etat à part. Il est américain certes, mais historiquement il est un état du Sud, car il fut pendant longtemps indépendant et anti-abolitionniste et donc viscéralement anti-yankee.
Il est, ce dont il est le plus fier : A Six Flag State, c’est-à-dire un état aux six drapeaux y compris la bannière Stars and Stripes des Etats-Unis d’Amérique : Il dépendit de l’Espagne, de l’Angleterre, du Mexique, de la France (eh, oui !),  du Texas comme Etat indépendant,  et enfin des Etats-Unis d’Amérique !
Aujourd’hui encore, au Texas, on est Texan avant d’être Américain.

Lorsqu’on entre sur le territoire américain, après avoir affirmé sur l’honneur n’avoir jamais été communiste, ni n’avoir adhéré au Part Communiste, ni subi aucune condamnation pour crimes ou délits,  le visa «  touriste » qui est accordé permet de rester 3 mois sans problèmes.

L’Administration Reagan, très Républicaine, avait décidé que l’Angleterre et la France étaient les seuls pays en Europe dont l’immigration ne pouvait être autorisée. En effet, la démocratie de ces pays était si développée, qu’il n’y avait aucune raison valable que les autochtones de ces pays puissent alléguer d’une telle demande…..

Il n’existait donc aucun quota d’entrée.

La seule manière d’être légalement admis consistait à demander un visa d’investisseur, le sacré L1, qui permettait d’acheter des biens et de faire du business, et surtout de résider sur le sol américain de façon légale, ou encore, après un long séjour, obtenir à la Green Card, la Carte Verte, un sésame permettant de vivre paisiblement aux Etats-Unis, avant de pouvoir faire sa demande éventuellement de la citoyenneté américaine, quelques années plus tard.

Je fis la connaissance d’un avocat d’affaires à Dallas, qui avait surtout l’avantage de parler un français scolaire, suffisant pour compléter mon anglais encore imparfait.
Il me rassura sur la faisabilité de notre projet d’implantation au Texas et nous décidâmes de sauter le pas en organisant notre venue quasi définitive.

Il rédigea les statuts de la société que l’on dénomma « SOPHIE DESS INTERNATIONAL, Inc. » au capital de 100.000 U.S. Dollars.
Sophie devint la première Présidente et je fus nommé Trésorier et Secrétaire.
Les actions de 100 dollars chacune furent émises et le coût de l’opération, hors honoraires fut de 1000 dollars.
La société fut enregistrée à Austin, la Capitale, et nous pûmes par la suite, louer un show-room au terme d’un lease (bail) de 3 années moyennant un loyer mensuel de 360 dollars.

Pour schématiser l’économie américaine, je dirai que celle-ci repose sur 3 piliers principaux qui lui confèrent une hégémonie mondiale : La Banque, L’Eglise et les Compagnies d’Assurances.
En fait, il s’agit des moteurs d’une financiarisation essentielle des ressources  sur laquelle repose toute la richesse de ce pays.

Les Etats-Unis ont perdu depuis des décennies leur leadership en matière de fabrication de biens  de consommation et de la petite industrie, en dehors bien sûr de l’Automobile, de l’Aviation, des Techniques et des Armements militaires et de l’Industrie spatiale. Ce pays a préféré importer ses biens consommables plutôt que de les fabriquer.

Par exemple, il a ainsi perdu l’industrie de la chaussure de luxe pour laisser l’Italie être le premier importateur pour des créations de haut de gamme.
Bizarrement, les Etats-Unis se sont cependant réservé la fabrication des chaussures destinées à l’Armée et la Police !

Tout ce qui est écrit  au sujet de l’économie américaine date des années 80, et doit être réactualisée depuis la mondialisation.

C’est pourquoi, notre intervention dans le domaine de la Mode Enfantine, non seulement a été facilité mais aussi encouragé par les autorités douanières, nous laissant appréhender un secteur inoccupé ou mal occupé par la concurrence locale.

La Mode Enfantine américaine se traduisait à cette époque, par des modèles aux tissus uniquement « washable in machine », lavable en machine, et de couleurs voyantes comme le vert, le jaune ou le rouge. La longueur des robes était audacieusement courte, alors que la tendance, en Europe, était en dessous du genou.

Nos modèles étaient fabriqués avec des tissus nobles, comme le coton ou la laine, aux couleurs pastel, blanc, rose pâle ou bleu ciel. Notre ligne a révolutionné la mode de ce secteur, avec les petits cols « Claudine » et les smocks, inconnus jusqu’alors.

Mais le grand problème restait la fabrication. Aucune usine sur le sol américain ne pouvait satisfaire à notre demande et à notre style.
Une relation parisienne permit à Sophie de connaître une femme d’origine libanaise qui lui conseilla de se mettre en relation avec une de ses amies philipino et qui était à la tête d’une unité de fabrication de robes pour femmes.
Madame Mantanco faisait partie de la bourgeoisie de Manille avec des entrées au gouvernement pouvant faciliter un développement industriel.
Une main-d’œuvre abondante, habile, méticuleuse et surtout très bon marché.

Sophie fut reçue à bras ouverts. Mais il ne s’agissait que de fabrication. Un atelier de cent cinquante jeunes femmes pouvaient couper, coudre, et festonner, faire les smocks, bref tout ce qui concernait la transformation de matières premières, mais aucune création ni aucun tissu ne pouvait permettre la fabrication d’un vêtement. Les Philippines n’ayant aucune industrie de tissage  pouvant satisfaire les besoins de notre ligne.

Il fallut donc rechercher les fabricant de tissus : Ce fût le Japon.

Osaka est un pôle industriel orienté vers les fibres et le tissage. Seules les quantités restaient l’écueil. Car en matière de Mode, la création se fait par saison. On ne peut réemployer le même tissu 2 saisons de suite. En France, la mode se partage en 2 saisons : le printemps été et l’Automne Hiver.
Aux Etats-Unis, il y en a une troisième, la saison des CRUISES, des croisières.

Comment résoudre l’équation Prix/Quantité pour être compétitif avec une exigence de qualité et une complexité de réalisation du modèle, et d’une finition parfaite ? Nous sommes dans le secteur du Luxe !
Pour vendre de grosses quantités, il fallait que nos prix s’ajustent au marché intérieur. Or, une contre-publicité nous desservait : Les Français c’est beau, mais c’est très cher !

Il fallait inverser cette tendance.

La fabrication aux Philippines nous apporta la solution. Les tissus japonais restaient abordables et leurs prix étaient compensés, en partie, par les gains réalisés sur les coûts de fabrication.

Un élément très important survint et nous apporta une agréable surprise : Les Philippines ayant été une ancienne colonie américaine ont de ce fait obtenu le statut  d’importateur privilégié.
Les droits de douane étaient réduits à presque rien. Sauf pour les qualités des tissus entrant dans la catégorie bien définie de ceux fabriqués par l’Industrie Dupont de Nemours : c’est-à-dire des fibres synthétiques. Ceux-là, taux plein, à l’importation.
Seuls les coûts de transport alourdissaient les prix de revient.
Aussi avions-nous choisi le transport maritime de loin le moins cher par rapport aux transports aériens. Mais quid des délais ?

Là, il faut souligner une énorme difficulté dans le commerce s’adressant aux retailers, aux détaillants.
Notre clientèle est constituée d’un ensemble de boutiques de haut de gamme, dans les principales villes des Etats-Unis. Dés lors qu’il s’agit de boutiques de luxe, 2 impératifs : La marchandise doit être en vitrine avant celle des concurrents pour répondre aux premières demandes de la clientèle qui est très exigeante, et d’autre part être livrée bien avant les dates définies par les saisons. C’est ce qu’on appelle la « Completion Date » ! La date limite de livraison dans le magasin. Tant qu’on n’a pas découvert les systèmes, on ne peut faire du commerce avec les Américains.
Car le commerce est encore ici défini par 3 éléments : Les techniques, les systèmes et les Moyens. A cette époque les écoles de Commerce n’enseignaient pas encore les mystères du commerce outre-atlantique. Tout devait s’apprendre sur le terrain et respecter les règles était évident, si on voulait éviter les déboires pouvant conduire à des catastrophes.
J’en ai connu par dizaines, de ces Français qui ne pensaient qu’au profit, sans respecter les us et coutumes locales et puis disparaître dés les premiers jours !
La première règle que j’aie retenue : ne pas prendre les Américains pour des naïfs car ils sont plus forts que moi !

Nous étions tributaires des aléas pouvant survenir quant aux délais de livraison des tissus et des matières accessoires sur le lieu de fabrication. Ensuite, vérifier et accepter les têtes de série et donner le visa de conformité que seule Sophie pouvait apporter à la responsable de fabrication. Enfin, sous ma responsabilité établir avec une précision sans appel, les quantités des unités vendues lors des shows, par modèles, tailles et couleurs.
Un détail : Notre sizing allaient de 3 mois à 14 ans. Soit 3, 6, 12 mois, pour les modèles « baby », puis les tailles reprenaient de 1 an, 3 ans, 5ans, 6 ans ,8ans, 10 ans, 12 ans et 14 ans. Soit au total 11 tailles différentes. Mais pour chacun des modèles il y avait en général 3 couleurs. Pour les filles, à partir de 8 ans, les tissus devaient être différents car adaptés à l’âge. Les mères refusaient que leurs jeunes adolescentes aient le même tissu que les enfants.   

Vous me suivez ?

Nous devions avoir  de 33 à 40 références distinctes !

Une complication ne venant jamais seule, notre plus grosse clientèle était celle de Brooklyn, à New York.
Or, la religion de ces clients excluait les robes à manches courtes. Il fallut donc fabriquer spécialement pour ces magasins, une série de robes aux manches ¾, pour l’été, et  manches longues pour l’hiver. Les énormes quantités commandées nous faisait accepter ces critères et acceptions ces changements sans augmentation de prix.
Il fallait à tout prix être dans les délais de livraison, aussi nous payions un supplément du fret réclamé par U.P.S., notre transporteur, car nous ne pouvions imaginer un retour de ces colis qui étaient invendables par ailleurs.
Les termes de paiement pour Brooklyn étaient NET  30 DAYS, soit 30 jours fin de mois et qui devenait, généralement parfois 60 et même 75 jours.

Bien sûr il fallait faire appel à une société de factoring, qui moyennant un pourcentage prélevé sur le montant des factures, nous avançait les sommes dues par nos clients.
A la condition que ces factures, avec leur montant, et les noms et adresses du client  soient soumises à l’agrément de DUN AND BRADSTREET. La société de factoring n’acceptait que les factures qui allaient de A à C. Pour les autres, le règlement contre remboursement devenait la règle.
L’abonnement à D & B s’élevait à 1000 dollars mensuels.

Cette société, cotée en Bourse, est indispensable pour la bonne marche d’une affaire. Elle nous a évité bien des déboires, par les signaux de prudence qu’elle nous donnait au sujet de la crédibilité du client américain.

C’est ainsi que nous avons pu mettre en place les systèmes et les techniques appliquées à notre savoir faire.

En 1985, nous décidâmes de nous installer à Los Angeles. Dallas comme base de notre activité apparaissait aux yeux de nos clients comme étrange.
Nos principales boutiques  ne comprenaient pas que des Français aient pu choisir le Texas comme installation de notre siège. Une espèce de snobisme de leur part, nous faisait sentir que c’était une erreur d’avoir été incorporé à Dallas.
La notoriété de notre affaire nous facilita la location d’un show-room, que Sophie aménagea et décora selon ses goûts habituels. Nous décidâmes de conserver, néanmoins, le local de Dallas qui ne fut ouvert que lors des expositions de Mode enfantine. Toutes les structures, comptables, juridiques et légales furent conservées comme au premier jour.

Nous louâmes une maison à Beverly Hills. Notre fille fut inscrite au Lycée Français de Los Angéles.
Mais la Californie fut encore, quelques années plus tard insuffisante pour le développement de nos ventes.
Il fallait que nous soyons aux premières loges du commerce de la Mode : New-York.

Ce fut donc notre troisième point de vente qui marqua le grand tournant de SOPHIE DESS Intl, Inc.

New-York nous permit de consolider notre image aux Etats-Unis et notre chiffre d’affaires bondit de prés de 40 % par rapport à ce que nous faisions jusque là.
La liste de nos boutiques en affaire avec nous  grimpa à 450, de la côte Est à la côte Ouest.

Notre turnover s’élevait alors à plus 1.000.000 dollars par an, Les ventes atteignirent les 100.000 pièces annuelles. Evidemment, une nouvelle organisation s’imposa, et il fallut louer un warehouse pour entreposer les colis et faire le dispatching des colis.

En 1990, je décidai de me séparer de Sophie et par la suite de vendre mes actions à de nouveaux partenaires.  
Sophie se retrouva associée à un Italien et un Texan qui lorgnaient sur notre Société depuis longtemps.
Elle disparut d’un cancer foudroyant en 1991.
Sa fille unique ne garda pas ses actions.

SOPHIE DESS est toujours en activité aux Etats-Unis.

Je garderai de cette aventure un souvenir très fort d’une expérience et d’une ouverture d’esprit que la France, à cette époque, n’avait pas pu m’apporter.
L’Amérique est une école en tout. Certes, il y a encore aujourd’hui certains mauvais aspects de la vie quotidienne, comme les laisser- pour-compte d’une catégorie de citoyens. Mais, je dois reconnaître, que le bon côté de cette société, c’est que rien n’empêche qui que ce soit de réaliser son rêve.

A partir de sa volonté !

Ma mère, à qui j’ai beaucoup manqué pendant mes années américaines, me disait :

-    Tu sais, mon fils, le Secret de l’Homme sage, c’est de paraître un peu fou. !

J’ai été ce fou-là !


                MON REVE AMERICAIN

La vie est un songe…s’il te plaît,  ne me réveille pas !
                (Vieux proverbe)


L’Amérique a toujours été, pour moi, comme l’image d’une aventure que je souhaitais vivre en tant qu’acteur.
J’ai découvert tout d’abord ce pays lors du débarquement des troupes américaines et anglaises en Afrique du Nord, en Novembre 1942.
Les G.I. représentaient non seulement les libérateurs d’un pays, le mien, alors sous la coupe de Vichy, mais devenaient les personnages vivants d’un mythe que je portais en moi, à partir de toute la filmographie hollywoodienne.

Ils représentaient  pour moi les valeurs héroïques de mon époque.


En 1981, je fus contacté par une société de promotion immobilière belge qui me proposa de participer à un forum sur l’investissement immobilier au Texas, à Dallas, au cours d’un voyage, tous frais payés, hors avion, d’une durée de 4 jours.
Je me suis laissé tenté, le principe pouvant intéresser des clients investisseurs français.

J’allais enfin vivre ce rêve américain !

Une fois sur place, j’ai pu constater la puissance économique de ce pays, où tous les superlatifs s’appliquent dans tous les domaines

Il s’agissait en effet,  d’une gigantesque opération immobilière, sur plusieurs milliers d’hectares, (le Texas représente environ 1 fois et demi la superficie de la France !) organisée autour d’un golf, d’un club-house et d’autres aménagements sociaux qui devaient en faire le nec plus ultra dallasite.

Chaque lot ayant une contenance de 3 à 5 acres, soit de 1,2 hectare à 2 hectares. L’ensemble constituerait alors une réalisation encore inconnue en France, tant par son importance foncière que par l’innovation du modernisme, son luxe exorbitant, piscine privée pour chacune des maisons, 5 chambres avec chacune sa salle de bains, garage pour 3 voitures, air conditionné, système audio-visuel réparti dans toute la maison, une sécurité hors normes relié par télévision interne au centre de surveillance de la résidence, bref, du luxe et du confort.

Le gigantisme de cette opération, je l’avoue encore aujourd’hui m’effraya. Nous n’étions pas encore familiers avec ce type de constructions, et les budgets pharaoniques qui les accompagnaient, et qui ne répondaient à aucune culture française.

Aussi, abandonnai-je l’idée de m’intéresser à cette transaction.

Je profitais cependant de mon séjour à Dallas, pour me renseigner quant à l’existence d’un bureau du Commerce Extérieur qui dépendait du Consulat Général situé à Houston.
C’est là que je fis la connaissance du Chef de Poste et de sa secrétaire qui m’apporta tous deux une aide précieuse sur la faisabilité d’un projet qui n’avait rien à voir avec l’objet de mon voyage.
En effet, je vivais à cette époque de ma vie avec une jeune femme,  Sophie Dess, styliste  pour  Femme, et qui s’était reconvertie dans la mode enfantine de haut de gamme, à la suite de la naissance de notre fille.

Sa ligne pour enfants était connue en Belgique, en Suisse, en Italie et même en Angleterre.

Elle avait débuté aux Etats-Unis, dans le milieu des années 60, pour avoir organisé des défilés de Mode féminine, grâce au concours de Dupont de Nemours, leader de la chimie mondiale, et dont le siège se trouve à Wilmington, dans l’Etat du Delaware, célèbre paradis fiscal américain.
Les brevets mondiaux se comptent par centaines de mille et notamment sur ceux protégeant le Nylon et l’Orlon. Sophie s’était fait connaître de Dupont de Nemours, par l’intermédiaire d’un de ses amis qui connaissait le Directeur marketing de cet Empire.
La société Dupont désirait promouvoir ses fibres synthétiques dans le secteur de la Mode, à travers des actions publicitaires et avait choisi Sophie comme styliste.
Il fallait bien sûr utiliser pour la création de ses modèles, des tissus composés des matériaux Dupont, qui pouvaient être mélangés à des étoffes d’origine plus noble et de matière naturelle, tels que la soie, le satin, la laine et le coton.
Sophie créait donc ses modèles pour des mannequins engagés par la Firme, et organisait, sous son égide, de nombreux défilés de mode à New York et à Los Angeles.

Ce fut une innovation pour l’époque, et son succès devint très grand aux Etats-Unis.
Elle eut des pages entières de ses modèles qui parurent dans les principales revues de Mode américaines.

Pour revenir à l’époque qui m’intéresse, en Août 1981, après avoir raconté au responsable du Commerce Extérieur à Dallas,  le pourquoi de ma visite à Dallas, et l’impossibilité pour moi de m’investir dans ce projet, je lui parlais de Sophie en le questionnant sur la faisabilité de l’introduction de la Mode Enfantine, haut de gamme aux Etats-Unis.

Le French Trade Commissionner, me remit une étude faite par des étudiants H.E.C. en fin de stage, dont le sujet portait précisément sur la mode enfantine dans le TOLA.
Le TOLA est la réunion économique de 4 Etats du Sud : le Texas, l’Oklahoma, la Louisiane et l’Alabama., désigné également sous le sigle du Sun Belt, la ceinture du Soleil.

Quelle coïncidence et le sort allait-il, peut-être, me favoriser dans ma démarche ?

L’étude restait très positive et encourageante. Sa lecture excita ma curiosité et mon envie de réaliser ce projet.  
Après avoir lu ce rapport, j’envoyais le lendemain un télex à Sophie en la pressant de préparer une collection, car dans la foulée, j’avais retenu, avec l’aide du Bureau du Commerce Extérieur, à Dallas, un Show-room à l’Apparel Mart, Centre d’Expositions pour la Mode, Homme, Femme et Enfants, à l’occasion du Children’s Wear Fashion Show qui devait avoir lieu au mois d’Octobre suivant.

C’est ainsi que mon épopée américaine commença.

Mais comment faire du business dans un pays aussi vaste et aussi complexe par la diversité de sa population, ce qu’on appelle là-bas, le Melting Pot,  leur mode de vie, leurs habitudes et surtout, leurs systèmes commerciaux  et les potentialités financières, hors du commun, et  donc si différents des nôtres ?

Malgré ma formation juridique et commerciale, qui aurait pu me permettre de m’affranchir de quelques paramètres indispensables, je ne connaissais pas les moyens techniques et intellectuels qui pouvaient s’appliquer à cet inventaire de lois et de règlements, et sans lesquels mon challenge ne pouvait aboutir.


Mon premier handicap fut la barrière de la langue. J’avais pratiqué l’anglais comme tout un chacun, jusqu’à mon baccalauréat, où l’étude de la littérature et l’utilisation des verbes irréguliers me confortaient dans sa pratique.
Mais au Texas, il faut oublier tout ce que l’on a appris, et ne parler qu’une seule langue : le slang !
Le slang est à l’anglais ce que le patois breton peut être à la langue de Molière, ou encore le Catalan au Castillan. C’est-à-dire peu de choses !
Le Texas est un Etat à part. Il est américain certes, mais historiquement il est un état du Sud, car il fut pendant longtemps indépendant et anti-abolitionniste et donc viscéralement anti-yankee.
Il est, ce dont il est le plus fier : A Six Flag State, c’est-à-dire un état aux six drapeaux y compris la bannière Stars and Stripes des Etats-Unis d’Amérique : Il dépendit de l’Espagne, de l’Angleterre, du Mexique, de la France (eh, oui !),  du Texas comme Etat indépendant,  et enfin des Etats-Unis d’Amérique !
Aujourd’hui encore, au Texas, on est Texan avant d’être Américain.

Lorsqu’on entre sur le territoire américain, après avoir affirmé sur l’honneur n’avoir jamais été communiste, ni n’avoir adhéré au Part Communiste, ni subi aucune condamnation pour crimes ou délits,  le visa «  touriste » qui est accordé permet de rester 3 mois sans problèmes.

L’Administration Reagan, très Républicaine, avait décidé que l’Angleterre et la France étaient les seuls pays en Europe dont l’immigration ne pouvait être autorisée. En effet, la démocratie de ces pays était si développée, qu’il n’y avait aucune raison valable que les autochtones de ces pays puissent alléguer d’une telle demande…..

Il n’existait donc aucun quota d’entrée.

La seule manière d’être légalement admis consistait à demander un visa d’investisseur, le sacré L1, qui permettait d’acheter des biens et de faire du business, et surtout de résider sur le sol américain de façon légale, ou encore, après un long séjour, obtenir à la Green Card, la Carte Verte, un sésame permettant de vivre paisiblement aux Etats-Unis, avant de pouvoir faire sa demande éventuellement de la citoyenneté américaine, quelques années plus tard.

Je fis la connaissance d’un avocat d’affaires à Dallas, qui avait surtout l’avantage de parler un français scolaire, suffisant pour compléter mon anglais encore imparfait.
Il me rassura sur la faisabilité de notre projet d’implantation au Texas et nous décidâmes de sauter le pas en organisant notre venue quasi définitive.

Il rédigea les statuts de la société que l’on dénomma « SOPHIE DESS INTERNATIONAL, Inc. » au capital de 100.000 U.S. Dollars.
Sophie devint la première Présidente et je fus nommé Trésorier et Secrétaire.
Les actions de 100 dollars chacune furent émises et le coût de l’opération, hors honoraires fut de 1000 dollars.
La société fut enregistrée à Austin, la Capitale, et nous pûmes par la suite, louer un show-room au terme d’un lease (bail) de 3 années moyennant un loyer mensuel de 360 dollars.

Pour schématiser l’économie américaine, je dirai que celle-ci repose sur 3 piliers principaux qui lui confèrent une hégémonie mondiale : La Banque, L’Eglise et les Compagnies d’Assurances.
En fait, il s’agit des moteurs d’une financiarisation essentielle des ressources  sur laquelle repose toute la richesse de ce pays.

Les Etats-Unis ont perdu depuis des décennies leur leadership en matière de fabrication de biens  de consommation et de la petite industrie, en dehors bien sûr de l’Automobile, de l’Aviation, des Techniques et des Armements militaires et de l’Industrie spatiale. Ce pays a préféré importer ses biens consommables plutôt que de les fabriquer.

Par exemple, il a ainsi perdu l’industrie de la chaussure de luxe pour laisser l’Italie être le premier importateur pour des créations de haut de gamme.
Bizarrement, les Etats-Unis se sont cependant réservé la fabrication des chaussures destinées à l’Armée et la Police !

Tout ce qui est écrit  au sujet de l’économie américaine date des années 80, et doit être réactualisée depuis la mondialisation.

C’est pourquoi, notre intervention dans le domaine de la Mode Enfantine, non seulement a été facilité mais aussi encouragé par les autorités douanières, nous laissant appréhender un secteur inoccupé ou mal occupé par la concurrence locale.

La Mode Enfantine américaine se traduisait à cette époque, par des modèles aux tissus uniquement « washable in machine », lavable en machine, et de couleurs voyantes comme le vert, le jaune ou le rouge. La longueur des robes était audacieusement courte, alors que la tendance, en Europe, était en dessous du genou.

Nos modèles étaient fabriqués avec des tissus nobles, comme le coton ou la laine, aux couleurs pastel, blanc, rose pâle ou bleu ciel. Notre ligne a révolutionné la mode de ce secteur, avec les petits cols « Claudine » et les smocks, inconnus jusqu’alors.

Mais le grand problème restait la fabrication. Aucune usine sur le sol américain ne pouvait satisfaire à notre demande et à notre style.
Une relation parisienne permit à Sophie de connaître une femme d’origine libanaise qui lui conseilla de se mettre en relation avec une de ses amies philipino et qui était à la tête d’une unité de fabrication de robes pour femmes.
Madame Mantanco faisait partie de la bourgeoisie de Manille avec des entrées au gouvernement pouvant faciliter un développement industriel.
Une main-d’œuvre abondante, habile, méticuleuse et surtout très bon marché.

Sophie fut reçue à bras ouverts. Mais il ne s’agissait que de fabrication. Un atelier de cent cinquante jeunes femmes pouvaient couper, coudre, et festonner, faire les smocks, bref tout ce qui concernait la transformation de matières premières, mais aucune création ni aucun tissu ne pouvait permettre la fabrication d’un vêtement. Les Philippines n’ayant aucune industrie de tissage  pouvant satisfaire les besoins de notre ligne.

Il fallut donc rechercher les fabricant de tissus : Ce fût le Japon.

Osaka est un pôle industriel orienté vers les fibres et le tissage. Seules les quantités restaient l’écueil. Car en matière de Mode, la création se fait par saison. On ne peut réemployer le même tissu 2 saisons de suite. En France, la mode se partage en 2 saisons : le printemps été et l’Automne Hiver.
Aux Etats-Unis, il y en a une troisième, la saison des CRUISES, des croisières.

Comment résoudre l’équation Prix/Quantité pour être compétitif avec une exigence de qualité et une complexité de réalisation du modèle, et d’une finition parfaite ? Nous sommes dans le secteur du Luxe !
Pour vendre de grosses quantités, il fallait que nos prix s’ajustent au marché intérieur. Or, une contre-publicité nous desservait : Les Français c’est beau, mais c’est très cher !

Il fallait inverser cette tendance.

La fabrication aux Philippines nous apporta la solution. Les tissus japonais restaient abordables et leurs prix étaient compensés, en partie, par les gains réalisés sur les coûts de fabrication.

Un élément très important survint et nous apporta une agréable surprise : Les Philippines ayant été une ancienne colonie américaine ont de ce fait obtenu le statut  d’importateur privilégié.
Les droits de douane étaient réduits à presque rien. Sauf pour les qualités des tissus entrant dans la catégorie bien définie de ceux fabriqués par l’Industrie Dupont de Nemours : c’est-à-dire des fibres synthétiques. Ceux-là, taux plein, à l’importation.
Seuls les coûts de transport alourdissaient les prix de revient.
Aussi avions-nous choisi le transport maritime de loin le moins cher par rapport aux transports aériens. Mais quid des délais ?

Là, il faut souligner une énorme difficulté dans le commerce s’adressant aux retailers, aux détaillants.
Notre clientèle est constituée d’un ensemble de boutiques de haut de gamme, dans les principales villes des Etats-Unis. Dés lors qu’il s’agit de boutiques de luxe, 2 impératifs : La marchandise doit être en vitrine avant celle des concurrents pour répondre aux premières demandes de la clientèle qui est très exigeante, et d’autre part être livrée bien avant les dates définies par les saisons. C’est ce qu’on appelle la « Completion Date » ! La date limite de livraison dans le magasin. Tant qu’on n’a pas découvert les systèmes, on ne peut faire du commerce avec les Américains.
Car le commerce est encore ici défini par 3 éléments : Les techniques, les systèmes et les Moyens. A cette époque les écoles de Commerce n’enseignaient pas encore les mystères du commerce outre-atlantique. Tout devait s’apprendre sur le terrain et respecter les règles était évident, si on voulait éviter les déboires pouvant conduire à des catastrophes.
J’en ai connu par dizaines, de ces Français qui ne pensaient qu’au profit, sans respecter les us et coutumes locales et puis disparaître dés les premiers jours !
La première règle que j’aie retenue : ne pas prendre les Américains pour des naïfs car ils sont plus forts que moi !

Nous étions tributaires des aléas pouvant survenir quant aux délais de livraison des tissus et des matières accessoires sur le lieu de fabrication. Ensuite, vérifier et accepter les têtes de série et donner le visa de conformité que seule Sophie pouvait apporter à la responsable de fabrication. Enfin, sous ma responsabilité établir avec une précision sans appel, les quantités des unités vendues lors des shows, par modèles, tailles et couleurs.
Un détail : Notre sizing allaient de 3 mois à 14 ans. Soit 3, 6, 12 mois, pour les modèles « baby », puis les tailles reprenaient de 1 an, 3 ans, 5ans, 6 ans ,8ans, 10 ans, 12 ans et 14 ans. Soit au total 11 tailles différentes. Mais pour chacun des modèles il y avait en général 3 couleurs. Pour les filles, à partir de 8 ans, les tissus devaient être différents car adaptés à l’âge. Les mères refusaient que leurs jeunes adolescentes aient le même tissu que les enfants.   

Vous me suivez ?

Nous devions avoir  de 33 à 40 références distinctes !

Une complication ne venant jamais seule, notre plus grosse clientèle était celle de Brooklyn, à New York.
Or, la religion de ces clients excluait les robes à manches courtes. Il fallut donc fabriquer spécialement pour ces magasins, une série de robes aux manches ¾, pour l’été, et  manches longues pour l’hiver. Les énormes quantités commandées nous faisait accepter ces critères et acceptions ces changements sans augmentation de prix.
Il fallait à tout prix être dans les délais de livraison, aussi nous payions un supplément du fret réclamé par U.P.S., notre transporteur, car nous ne pouvions imaginer un retour de ces colis qui étaient invendables par ailleurs.
Les termes de paiement pour Brooklyn étaient NET  30 DAYS, soit 30 jours fin de mois et qui devenait, généralement parfois 60 et même 75 jours.

Bien sûr il fallait faire appel à une société de factoring, qui moyennant un pourcentage prélevé sur le montant des factures, nous avançait les sommes dues par nos clients.
A la condition que ces factures, avec leur montant, et les noms et adresses du client  soient soumises à l’agrément de DUN AND BRADSTREET. La société de factoring n’acceptait que les factures qui allaient de A à C. Pour les autres, le règlement contre remboursement devenait la règle.
L’abonnement à D & B s’élevait à 1000 dollars mensuels.

Cette société, cotée en Bourse, est indispensable pour la bonne marche d’une affaire. Elle nous a évité bien des déboires, par les signaux de prudence qu’elle nous donnait au sujet de la crédibilité du client américain.

C’est ainsi que nous avons pu mettre en place les systèmes et les techniques appliquées à notre savoir faire.

En 1985, nous décidâmes de nous installer à Los Angeles. Dallas comme base de notre activité apparaissait aux yeux de nos clients comme étrange.
Nos principales boutiques  ne comprenaient pas que des Français aient pu choisir le Texas comme installation de notre siège. Une espèce de snobisme de leur part, nous faisait sentir que c’était une erreur d’avoir été incorporé à Dallas.
La notoriété de notre affaire nous facilita la location d’un show-room, que Sophie aménagea et décora selon ses goûts habituels. Nous décidâmes de conserver, néanmoins, le local de Dallas qui ne fut ouvert que lors des expositions de Mode enfantine. Toutes les structures, comptables, juridiques et légales furent conservées comme au premier jour.

Nous louâmes une maison à Beverly Hills. Notre fille fut inscrite au Lycée Français de Los Angéles.
Mais la Californie fut encore, quelques années plus tard insuffisante pour le développement de nos ventes.
Il fallait que nous soyons aux premières loges du commerce de la Mode : New-York.

Ce fut donc notre troisième point de vente qui marqua le grand tournant de SOPHIE DESS Intl, Inc.

New-York nous permit de consolider notre image aux Etats-Unis et notre chiffre d’affaires bondit de prés de 40 % par rapport à ce que nous faisions jusque là.
La liste de nos boutiques en affaire avec nous  grimpa à 450, de la côte Est à la côte Ouest.

Notre turnover s’élevait alors à plus 1.000.000 dollars par an, Les ventes atteignirent les 100.000 pièces annuelles. Evidemment, une nouvelle organisation s’imposa, et il fallut louer un warehouse pour entreposer les colis et faire le dispatching des colis.

En 1990, je décidai de me séparer de Sophie et par la suite de vendre mes actions à de nouveaux partenaires.  
Sophie se retrouva associée à un Italien et un Texan qui lorgnaient sur notre Société depuis longtemps.
Elle disparut d’un cancer foudroyant en 1991.
Sa fille unique ne garda pas ses actions.

SOPHIE DESS est toujours en activité aux Etats-Unis.

Je garderai de cette aventure un souvenir très fort d’une expérience et d’une ouverture d’esprit que la France, à cette époque, n’avait pas pu m’apporter.
L’Amérique est une école en tout. Certes, il y a encore aujourd’hui certains mauvais aspects de la vie quotidienne, comme les laisser- pour-compte d’une catégorie de citoyens. Mais, je dois reconnaître, que le bon côté de cette société, c’est que rien n’empêche qui que ce soit de réaliser son rêve.

A partir de sa volonté !

Ma mère, à qui j’ai beaucoup manqué pendant mes années américaines, me disait :

-    Tu sais, mon fils, le Secret de l’Homme sage, c’est de paraître un peu fou. !

J’ai été ce fou-là !

                MON REVE AMERICAIN

La vie est un songe…s’il te plaît,  ne me réveille pas !
                (Vieux proverbe)


L’Amérique a toujours été, pour moi, comme l’image d’une aventure que je souhaitais vivre en tant qu’acteur.
J’ai découvert tout d’abord ce pays lors du débarquement des troupes américaines et anglaises en Afrique du Nord, en Novembre 1942.
Les G.I. représentaient non seulement les libérateurs d’un pays, le mien, alors sous la coupe de Vichy, mais devenaient les personnages vivants d’un mythe que je portais en moi, à partir de toute la filmographie hollywoodienne.

Ils représentaient  pour moi les valeurs héroïques de mon époque.


En 1981, je fus contacté par une société de promotion immobilière belge qui me proposa de participer à un forum sur l’investissement immobilier au Texas, à Dallas, au cours d’un voyage, tous frais payés, hors avion, d’une durée de 4 jours.
Je me suis laissé tenté, le principe pouvant intéresser des clients investisseurs français.

J’allais enfin vivre ce rêve américain !

Une fois sur place, j’ai pu constater la puissance économique de ce pays, où tous les superlatifs s’appliquent dans tous les domaines

Il s’agissait en effet,  d’une gigantesque opération immobilière, sur plusieurs milliers d’hectares, (le Texas représente environ 1 fois et demi la superficie de la France !) organisée autour d’un golf, d’un club-house et d’autres aménagements sociaux qui devaient en faire le nec plus ultra dallasite.

Chaque lot ayant une contenance de 3 à 5 acres, soit de 1,2 hectare à 2 hectares. L’ensemble constituerait alors une réalisation encore inconnue en France, tant par son importance foncière que par l’innovation du modernisme, son luxe exorbitant, piscine privée pour chacune des maisons, 5 chambres avec chacune sa salle de bains, garage pour 3 voitures, air conditionné, système audio-visuel réparti dans toute la maison, une sécurité hors normes relié par télévision interne au centre de surveillance de la résidence, bref, du luxe et du confort.

Le gigantisme de cette opération, je l’avoue encore aujourd’hui m’effraya. Nous n’étions pas encore familiers avec ce type de constructions, et les budgets pharaoniques qui les accompagnaient, et qui ne répondaient à aucune culture française.

Aussi, abandonnai-je l’idée de m’intéresser à cette transaction.

Je profitais cependant de mon séjour à Dallas, pour me renseigner quant à l’existence d’un bureau du Commerce Extérieur qui dépendait du Consulat Général situé à Houston.
C’est là que je fis la connaissance du Chef de Poste et de sa secrétaire qui m’apporta tous deux une aide précieuse sur la faisabilité d’un projet qui n’avait rien à voir avec l’objet de mon voyage.
En effet, je vivais à cette époque de ma vie avec une jeune femme,  Sophie Dess, styliste  pour  Femme, et qui s’était reconvertie dans la mode enfantine de haut de gamme, à la suite de la naissance de notre fille.

Sa ligne pour enfants était connue en Belgique, en Suisse, en Italie et même en Angleterre.

Elle avait débuté aux Etats-Unis, dans le milieu des années 60, pour avoir organisé des défilés de Mode féminine, grâce au concours de Dupont de Nemours, leader de la chimie mondiale, et dont le siège se trouve à Wilmington, dans l’Etat du Delaware, célèbre paradis fiscal américain.
Les brevets mondiaux se comptent par centaines de mille et notamment sur ceux protégeant le Nylon et l’Orlon. Sophie s’était fait connaître de Dupont de Nemours, par l’intermédiaire d’un de ses amis qui connaissait le Directeur marketing de cet Empire.
La société Dupont désirait promouvoir ses fibres synthétiques dans le secteur de la Mode, à travers des actions publicitaires et avait choisi Sophie comme styliste.
Il fallait bien sûr utiliser pour la création de ses modèles, des tissus composés des matériaux Dupont, qui pouvaient être mélangés à des étoffes d’origine plus noble et de matière naturelle, tels que la soie, le satin, la laine et le coton.
Sophie créait donc ses modèles pour des mannequins engagés par la Firme, et organisait, sous son égide, de nombreux défilés de mode à New York et à Los Angeles.

Ce fut une innovation pour l’époque, et son succès devint très grand aux Etats-Unis.
Elle eut des pages entières de ses modèles qui parurent dans les principales revues de Mode américaines.

Pour revenir à l’époque qui m’intéresse, en Août 1981, après avoir raconté au responsable du Commerce Extérieur à Dallas,  le pourquoi de ma visite à Dallas, et l’impossibilité pour moi de m’investir dans ce projet, je lui parlais de Sophie en le questionnant sur la faisabilité de l’introduction de la Mode Enfantine, haut de gamme aux Etats-Unis.

Le French Trade Commissionner, me remit une étude faite par des étudiants H.E.C. en fin de stage, dont le sujet portait précisément sur la mode enfantine dans le TOLA.
Le TOLA est la réunion économique de 4 Etats du Sud : le Texas, l’Oklahoma, la Louisiane et l’Alabama., désigné également sous le sigle du Sun Belt, la ceinture du Soleil.

Quelle coïncidence et le sort allait-il, peut-être, me favoriser dans ma démarche ?

L’étude restait très positive et encourageante. Sa lecture excita ma curiosité et mon envie de réaliser ce projet.  
Après avoir lu ce rapport, j’envoyais le lendemain un télex à Sophie en la pressant de préparer une collection, car dans la foulée, j’avais retenu, avec l’aide du Bureau du Commerce Extérieur, à Dallas, un Show-room à l’Apparel Mart, Centre d’Expositions pour la Mode, Homme, Femme et Enfants, à l’occasion du Children’s Wear Fashion Show qui devait avoir lieu au mois d’Octobre suivant.

C’est ainsi que mon épopée américaine commença.

Mais comment faire du business dans un pays aussi vaste et aussi complexe par la diversité de sa population, ce qu’on appelle là-bas, le Melting Pot,  leur mode de vie, leurs habitudes et surtout, leurs systèmes commerciaux  et les potentialités financières, hors du commun, et  donc si différents des nôtres ?

Malgré ma formation juridique et commerciale, qui aurait pu me permettre de m’affranchir de quelques paramètres indispensables, je ne connaissais pas les moyens techniques et intellectuels qui pouvaient s’appliquer à cet inventaire de lois et de règlements, et sans lesquels mon challenge ne pouvait aboutir.


Mon premier handicap fut la barrière de la langue. J’avais pratiqué l’anglais comme tout un chacun, jusqu’à mon baccalauréat, où l’étude de la littérature et l’utilisation des verbes irréguliers me confortaient dans sa pratique.
Mais au Texas, il faut oublier tout ce que l’on a appris, et ne parler qu’une seule langue : le slang !
Le slang est à l’anglais ce que le patois breton peut être à la langue de Molière, ou encore le Catalan au Castillan. C’est-à-dire peu de choses !
Le Texas est un Etat à part. Il est américain certes, mais historiquement il est un état du Sud, car il fut pendant longtemps indépendant et anti-abolitionniste et donc viscéralement anti-yankee.
Il est, ce dont il est le plus fier : A Six Flag State, c’est-à-dire un état aux six drapeaux y compris la bannière Stars and Stripes des Etats-Unis d’Amérique : Il dépendit de l’Espagne, de l’Angleterre, du Mexique, de la France (eh, oui !),  du Texas comme Etat indépendant,  et enfin des Etats-Unis d’Amérique !
Aujourd’hui encore, au Texas, on est Texan avant d’être Américain.

Lorsqu’on entre sur le territoire américain, après avoir affirmé sur l’honneur n’avoir jamais été communiste, ni n’avoir adhéré au Part Communiste, ni subi aucune condamnation pour crimes ou délits,  le visa «  touriste » qui est accordé permet de rester 3 mois sans problèmes.

L’Administration Reagan, très Républicaine, avait décidé que l’Angleterre et la France étaient les seuls pays en Europe dont l’immigration ne pouvait être autorisée. En effet, la démocratie de ces pays était si développée, qu’il n’y avait aucune raison valable que les autochtones de ces pays puissent alléguer d’une telle demande…..

Il n’existait donc aucun quota d’entrée.

La seule manière d’être légalement admis consistait à demander un visa d’investisseur, le sacré L1, qui permettait d’acheter des biens et de faire du business, et surtout de résider sur le sol américain de façon légale, ou encore, après un long séjour, obtenir à la Green Card, la Carte Verte, un sésame permettant de vivre paisiblement aux

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