Une follette mouette

Yann Sayr

(A lire comme une comptine chantonnée)

Une blanche mouette, un jour, vint à passer.
C'est chic tout de même une mouette pas trop sotte.
Juste à l'instant qu'un homme – malheureux! - vint à larguer
sous ses yeux de volatile médusé, tout un sac de détritus plein de crottes.
L'oiseau n'en crut pas ses trois plumescar là n'était pas la coutume.

On s'en doute!.
Elle voulut lui faire payer son geste


quand une méchante idée piqua son encéphale.
De gros sanglots dégoulinèrent en flots furieux de ses yeux

quand elle vit sa mer toute chamboulée.
Mais l'homme, la voyant si belle adorable

en ses magnifiques atours blancs de cérémonie,
ne sut que faire pour se rendre élogieux.

Il en tomba aussitôt amoureux.

Le bienheureux !

Alors, vicieuse, vengeresse, elle s'approcha de lui
jeta ses trois plumes
nue et chaude comme un fruit
lui fit son péplum, sa cérémonie, son feu d'artifice.
Quelle aubaine, c'qui m'arrive! S'écria, s'écria-t-il !

Mais celui-la, bien qu'humain, n'était pas si stupide.
Fallait bien une petite compensation
pour ce moment si tendre et si torride.

Il saisit aussi qu'il se devait de tout astiquer pour payer son addition.
Prit son balai frotti/frotta
tant et si bien que tout brilla.

Hourra !
Puis l'homme, rubicond, soufflant et ventripotent, vint chercher le plaisir escompté
pensant tout simplement l'avoir bien mérité, l'idiot.
Comme l'oiseau semblait fort satisfait
Et que la mer retrouvait enfin sa beauté...

Alors, vicieuse, vengeresse, elle s'approcha de lui
jeta ses trois plumes
nue et chaude comme un fruit
lui fit son péplum, sa cérémonie, son feu d'artifice.
Quelle aubaine, c'qui m'arrive! S'écria, s'écria-t-il !

Mais soudain, d'un coup d'bec,
l'autre à plume lui trancha, trancha la gorge tout net!
Le pauvre n'eut pas le loisir de souffrir
et mourut dans la seconde qui suivit.
L'oiseau aigri le coupa en biscuits
et prit son temps pour nourrir ses amis
en un jour de fête mémorable, joyeux et mirifique.

Moralité : surveille tes résidus.
Un jour viendra que tu n'l'attendras pas
C'est toi qui f'ras partie des détritus.
Et oui, mon gars, « la vengeance est un plat qui se mange froid.»

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