USA here I come

Marie Laure

Last day. Pas que je ne voulais pas cracher mon fric. Ce mec tenait une arme. Tout ce qui me restait était ces foutus vingt dollars. J’étais venue ici pour me faire du blé pas pour en perdre. Je sortis mon porte-monnaie, qu’il m’arracha de la main. Tout m’avait été pris. Dépouillée, il ne me restait plus qu’à être violée, là sur place. Pendant que le terroriste de ma vie s’envolait au coin de la rue, je ne pouvais m’empêcher de penser à tous les rêves qui m’avaient conduit à ce trou.

Tout foutre en l’air.

 - Vous quittez tout ?

-  Oui, tout ! J’abandonne ! Je pars ! J’en ai ras la casquette !

Pis merde quoi, marre de toute cette futilité universitaire. Sans oublier que pour trouver un boulot ici, il ne faut surtout pas être diplômé, mais ouvrier. On recherche des manuels, pas des gens surdiplômés qui coûtent bien plus cher. Master 2 vous dites ? Rien à battre. Et je fais quoi avec ça ? C’était quoi mon rêve à moi ? Voyager, ne jamais rester au même endroit. Cinq ans dans la même fac, avec la même vie d’étudiante frustrée, à écouter les gens te dire quoi faire de ta vie présente et future. Non mais,  y’a de quoi envoyer chier tout ce beau monde. On n’allait pas passer par quatre chemins. J’avais encore ces images de ce pays en tête. J’avais lu tout plein d’essais, vu une montagne de documentaires, bavais devant leurs rêves communs. Voilà, c’était un bon coup de fouet qui serait utile. Pas de goût d’épices indiennes, pas de contrés écossaises mais l’odeur du capitalisme dans toute sa splendeur.

À moi le rêve. Les yeux mi-clos à regarder par le hublot, je vois le sol étatsunien se rapprocher. Pas possible de se dire que dans quelques putains de minutes je serai officiellement en train de manger local en ingurgitant un menu Best of chez McDonald’s. Le commandant annonce l’atterrissage. Terminus tout le monde descends. On applaudit le pilote, le sac, au revoir les hôtesses, merci, couloirs vitrés, couloirs sombres, papiers, valises, encore les papiers,… La routine de l’aéroport est ce qu’il y a de plus merdique dans un voyage. En sus j’ai une peur pas possible de perdre mes papiers d’identité. Faudrait que je pense à me greffer mon passeport un jour. Me voilà sortie, il fait moche et j’avais pas prévu ce genre d’accueil. Bonjour le coup de fouet. Comme toute descente d’avion. Respirer différemment, entendre une langue différente. Bye-bye la France. Au moins ça se sentait, quand tu vas en Suisse tu sens rien du changement à par les prix qui triplent à Genève et des minis villes moches à en mourir comme la Chaux de Fonds. Genre là tu voudrais bien que la guerre ait eu lieu, ça les aurait aidé à faire quelque chose de beau. New York, elle, était nouvelle. Même l’air sentait le nouveau, de la bonne pollution new age, et une vue imprenable sur la forêt de béton.

Appel de l’hédonisme. Je me suis vite fait prendre par le courant de la ville. Les néons, les publicités extra-larges, les clochards, les midinettes, l’ambiance je-suis-dans-un-film ne me laissaient pas de glace. La ville s’offrait à moi comme un cadeau de noël qu’on déballe sans déchirer le papier autour. Je ne voulais pas me précipiter à chercher un boulot. Le plaisir semblait être le numéro un de ma todo list. Manquait plus qu’à assumer cette envie de pur plaisir. A trainer dans les bars, je m’étais découvert un je-ne-sais-quoi pour le lâcher prise. Seule, j’errais dans la vie newyorkaise à en faire souffrir tous les frustrés du monde. Je me permettais tous les regards langoureux, tous les numéros de téléphones, l’alcool à volonté (ça ne change pas, tiens),… C’était ça l’American Dream? Se laisser aller à vivre sans penser à aucune conséquence.  Pendant que George, non, Matthew me baisait le coup et essayait d’atteindre mon sein droit, je décidais enfin de me bouger de ce qui commençait à devenir une routine newyorkaise. Au pays du rêve, où va-t-on pour encore mieux rêver ? Las Vegas. J’allais approfondir l’idée du rêve américain. Il me restait bien quelques dollars à jouer à Vegas. Pas une somme astronomique mais assez pour avoir le thrill. Direction la ville de tous les vices. Triste d’aller là-bas et ne pas voir Frank Sinatra. Le seul qui aurait pu m’intéresser en dehors des les jeux. Mes yeux ont commencé à scintiller quand j’ai vu le Caesar’s Palace, la tour Eiffel miniature et toutes ces lumières. Pas étonnant qu’on se sente star ici avec toutes ces étoiles. Une bonne pizza dégueulasse et à moi la machine à sous.

Du rêve. Tu voulais du rêve ? Bah voilà. En plein dans la face. La bague au doigt après s’être fait marier par Elvis Presley lui-même, 114ème du nom. Hier c’était rock’n’roll, tu t’en souviens ? La micro robe de mariée achetée dans un magasin cheap du coin non plus? Non, tu ne te souviens pas de ça ? Ma pauvre folle va falloir se secouer. Mais avant, une balade vers les WC s’impose. Le cerveau encore anesthésié de la veille, je vomis en essayant de viser entre les mèches. Personne pour tenir cette satanée crinière. Il est où mon jeune marié, mon prince charmant, mon enculeur de noce. Accrochée au mur, je rejoins ce dernier, ivre mort dans le lit de notre motel miteux. Je me rappelle avoir toujours voulu faire une virée dans ces motels que l’on voit dans les films familiaux à la télé ou au cinoche. Je m’étais vu traversant la route 66 à moto, m’arrêtant dans des motels, louant des films et m’endormir avec des bières. Tout n’avait était qu’illusion.

 

Back to square one. Ouch ! Mal de crâne. Le mec à côté de moi se réveille. Mal aux yeux.  Je devais avoir vraiment bu. Ce gars n’a rien de mon stéréotype de la beauté. Prends note ma belle, oublies les cuites. Pas de quoi s’ouvrir les veines. Faut peut-être penser à agir. Le temps d’apprendre que j’ai pleuré devant l’autel et que j’ai pas voulu dire oui, j’éclate de rire. Bourrés, les deux, nous avons pris une suite pour faire les cons et nous nous sommes endormis. Je préfère. On m’a dit que tout ce qui se passe à Vegas reste à Vegas. Ce n’est pas moi qui vais essayer de prouver le contraire. Je crois que j’ai encore les moyens de faire un aller à New York pour me chopper un job. Serveuse, ça me dirait bien. Pas trop compliqué et j’ai déjà essayé. La vraie vie américaine va commencer.

Report this text