Voyages immobiles

fenden

Si ces extraits font mouche, ils seront exclamés ou chuchotés sous le camouflage de la Reine Soir. Parée de noir et d’ocelles, on ne la dévisage qu'à travers une voilette ornée de fines vanités...

Rachmaninov en hiver


Tombe la neige et le jour qui fugue

Sous les nuages, encore quelques sillons de lumière


Au loin,  le vent ourle la mer

De fines gouttes pleurent le long des fenêtres

 

A l'intérieur, les secondes errent

Puis, au milieu des ondes : le concerto numéro 2

 

Alors, le soleil d'hiver devient une étendue de brume

Que traverse un vaisseau chamarré d'or noir

 

Le temps suspendu à ses voiles, il avance

Sur une mer amène qui se soumet à son ardeur

 

Un vent nouveau souffle des promesses éperdues

Aux ouïes lasses et tristes

 

Du piano s'échappe un torrent de croches

Qui arrache le cœur

 

Les violoncelles submergent les contrebasses

La raison chavire

 

Cuivres et bois vibrent sur l'écume des rivages

Ils troublent les corps

 

Cependant que les clarinettes annoncent des jours meilleurs

Les âmes s'élèvent,  mouillent l'ancre près de terres inconnues

 

Sublime fièvre qui brûle l'univers

Divin voyage même au cœur de l'orage

 

Fabuleuse tempête qui expire le long des rivages

Son silence est un mirage

 

Enfin, le vaisseau s'estompe au bout du monde

Tandis qu'une chevauchée marine le rattrape en crescendo

 

Régate sublime, improbable défit

Espoir qui s'essouffle


Vagues d'une beauté inouïe, tentative d'éternité

Incurable souvenir d'une étrange profondeur

 

Nulle étreinte plus belle que cette traversée qui s'achève

Sublime désespoir


Dans mon sein, une plaie à jamais ouverte…



 Haïku & Instantanés 

 

L'eau des épinards,

Goût de la première gorgée

Divin thé vert, plaisir initié 


Grande bibliothèque

Cuirs virils et ambrés

Cache-cache et baisers volés


 

 Diamant du Soir

 

Et la lumière revint

A l'heure du crépuscule

Ouvrir l'horizon


L'oraison funèbre du Soir

fût alors célébré 

pour des jours sans vesprée

 

Les vespres, plus jamais

ne furent chantées

Et la Nuit devint antique

 

Cantique de la lune

Qui brouille les clairs

illumine les obscurs

 

Sa vêture blanche

Perce les semblants

Révèle les secrets

 

La nature resplendit

d'une beauté nouvelle

A sa Lueur

 

Leurre parfois

Du temps qu'il reste

Elle berce les heures

 

Heurt des âmes tristes

Extase des amants

Sous sa lueur vaillante

 

Victoire des jours qui brillent encore la nuit.

 

 



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