4e étage

Eric

Je suis amoureux… elle, elle l'est beaucoup moins, pourtant c'est Sandra qui m'envoie ce sms : “ Rejoins moi à mon appart, 22h, je veux te voir“. Un soupçon tout de même m'envahit, me voir certes mais dans quel sens, parce que vu l'histoire compliquée que l'on vit, cela pourrait aussi bien être une rupture, qu'une invitation coquine, néanmoins par lâcheté ou optimisme je choisi la seconde option, alors autant vous dire que ni une, ni deux, direction la salle de bain car je n'ai que trop peu de temps pour faire un check up complet de mon anatomie et la seule question qui subsiste est comment je vais m'habiller…

21h30, je suis super en avance, déjà au pied de son immeuble, mon pas rapide m'amène à l'ascenseur grabataire qui s'apprête à se refermer tranquillement mais mon impatience le devance, et je m'y engouffre d'un bond comme dans le dernier métro, bousculant dans mon élan une jeune femme qui s'y trouve déjà… Je ne sais si c'est l'approche du rendez vous mais le feu aux joues, je bégaie des excuses quasi inaudibles, qui se perdent dans son parfum sucré qui me pénètre par tous les pores de la peau. Intrigué, presque sans retenue, mes yeux se perdent sur ce corps inconnu aux générosités indécentes d'où émane cette saveur à la fois forte et discrète. Quel étage, et bien le quatrième dis je en déglutissant comme si j'étais en plein désert, sans pouvoir détourner mon regard de ce décolleté qui laisse apparaître la naissance de superbes seins bien ronds sous le tissu rouge d'une tunique légère. Elle semble amusée par mon trouble comme certaine et habituée de l'effet de son anatomie sur la gente masculine.

L'air de rien, enfin il me semble, je me surprend à suivre du regard la musique de ses doigts posé sur la rambarde et de remonter le long de son bras dénudé qui semble d'une douceur aphrodisiaque, jusqu'à l'arrondi de son épaule si bien dessinée comme une architecture parfaite, et hypnotisé par cette peau, je prolonge mon voyage déraisonnable dans le creux de son cou, puis enhardi par une curiosité qui me pique les sens, ou inconscient de ma désinvolture, je scrute le modelé de son visage fin et à son sourire amusé et tendre, je comprends que je me suis fait griller comme un ado sur un site porno, alors je rougis bêtement, baisse le regard mais au lieu de lorgner mes pieds comme un écolier face au professeur, comme aimanter, ses chevilles attire mon imagination, qui escalade ses mollets et le début de ses cuisses et j'ose rêver à des interdits et j'oublie pourquoi je suis là, j'ai seulement envie d'elle…

Soudain, un arrêt brutal de l'ascenseur nous surprend, on se regarde, il y a comme une hésitation, elle me frôle pour appuyer sur le bouton d'appel d'urgence et comme si ce n'était pas moi mais mon fantôme, mon Hyde, je lui attrape la main, elle ne recule pas, ne dis mot. Est ce moi, mon fantasme, ou penche t'elle vraiment la tête comme une invitation… Je m'approche sans réfléchir, son sourire se perd parce que sa bouche s'entrouvre, animal, instinctif, je lui prend les lèvres et sans ménagement, ma langue s'engouffre dans ce ravin délicieux… Mes mains attrapent ses hanches, je l'attire pour que ses formes épousent les miennes, mes doigts glissent sous la tunique rouge qui se dérobe comme la cape d'un matador face à l'assaut et mon voyage voyeur devient réalité. Ma bouche sculpte son cou, ses cheveux de feu me caressent le visage. Comme un ogre, je lui attrape les seins tant désirés auparavant et quand ma langue se fait provocatrice léchant ses petits fruits rouges, ce sont ses doigts que je sens s'enfoncer dans mon dos… Ses soupirs m'excitent autant que son corps, nous nous plaquons aux murs comme des insectes pris dans un verre, la chaleur monte, à travers les tissus je ressens le chaud et l'humide de son désir, elle m'explore, fouille, m'agrippe, j'ai les jambes en coton, le cœur qui semble exploser, elle me mordille la poitrine, descend puis remonte, semblant vouloir tout goûter de moi, alors pour ne pas fondre et perdre totalement le contrôle, je m'agenouille comme pour me donner de la distance, du repos, mais aussi comme une vengeance, celle de vouloir lui donner autant de plaisir que j'en ai reçu…

Dans une fébrilité absolue, mes lèvres dansent sur le galbe de ses cuisses, mes mains tremblantes la rendent prisonnière de mon désir, sous le feu de mon envie, elle se cambre, râle, me chante des « encore » comme un refrain lancinant… Soudain, un soubresaut, je ne comprends pas tout de suite ce qui se passe, elle me repousse comme un intrus dans son jardin secret, je vois le chiffre trois, les portes s'ouvrir et cette femme en rouge partir… Un petit éclat attire mon attention malgré mon hébétude, une chaine en argent avec la lettre K, l'ascenseur continu sa course lente, je me sens pris au piège, comme un fauve en cage, les portes de l'ascenseur s'ouvrent, ma main gauche dans ma poche triture le bijou… je ne sais plus quoi penser… j'étais amoureux…

Signaler ce texte