Apocalypse Tomorrow

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1er décembre                                                                                                                                                                                     
21h34                                                                                                                                              

Aujourd'hui j’ai décidé de commencer un journal. Avant tout, je me présente. Je m'appelle Nora, j'ai dix-huit ans et je suis en terminale S. Etant une des seules filles de ma classe, je me sens un peu seule. Mon lycée n'acceptait avant que les garçons. La rentrée deux-mille douze est la première à donner une chance aux filles. J'ai déménagé de Sapois -un petit village des Vosges- pour Paris car ma mère a trouvé un travail d'infirmière de nuit. Ma meilleure amie, restée dans l’est, se prénomme Jessica. Elle me manque énormément mais nous nous voyons à chaque vacance et nous nous téléphonons tous les soirs. Même dans les plus mauvais moments, on décroche notre portable. Bref, assez parlé de moi. Ce journal a pour but de vous prouver que l’apocalypse deux mille douze n’arrivera pas. J’écris donc pour tous les paranoïaques qui comptent aller sur le Pech, à Bugarech le vingt-et-un décembre pour sauver leur vie d’une terrible invasion extraterrestre ou d’un énorme tsunami mondial. Ah, ironie quand tu nous tiens…                                            
Pour tout vous dire, j’écris ceci car mon professeur de sciences nous en a parlé cette après-midi et quand je vois que la majorité de ma classe y croit, ça me désole…                                    
En fait, je pense jusȿ͠ᵲ                                                                                
Oups, je viens de ramener quelques bougies dans ma chambre : panne d’électricité dans tout le quartier apparemment. Ils annonçaient des orages à la météo mais là c’est carrément un champ électromagnétique. Ouh, le vingt-et-un décembre approche, il va falloir que je fasse attention ! Décidément, j’aime beaucoup les antiphrases.                                                                           
La lumière est revenue. Elle clignote mais elle est là au moins. Bref, qu’est-ce que je disais déjà ? Ah oui, je pense que la fin du monde ne veut rien dire. Catastrophes naturelles, réchauffement planétaire, aliens, pénuries de pétrole, disparition de l’électricité, bombe nucléaire, déplacement des axes de la Terre, choc avec un astéroïde, guerre civile ou troisième guerre mondiale, épidémie ? La liste est longue, très longue …  Je vous laisse réfléchir à la question, moi ça ne m’intéresse pas. Souvenez-vous, le premier janvier de l’année deux-mille, nous aurions dû mourir à cause de la destruction du monde par Satan (selon William Cooper, en Amérique) ou encore en 2006, dans un cataclysme nucléaire. Alors pourquoi en deux-mille douze, la prédiction serait vraie ? Pourquoi croire les Mayas alors que –selon des recherches personnelles- cent quatre-vingt-trois « fins du monde »  ont déjà été annoncées et n’ont jamais eues lieues ? C’est étrange comme les gens peuvent encore être aussi crédules alors qu’elles ont été bernées des millions de fois par des scientifiques, des commerciaux ou encore des politiciens !
En tout cas, j’ai hâte d’être au vingt-et-un pour voir comment les gens vont se comporter, comment les journaux télévisés vont aborder le sujet (s’ils l’abordent) ou encore pour voir si des groupes religieux défilent dans la rue en suppliant de les rejoindre pour échapper au jugement dernier. Les sectes vont organiser des suicides collectifs, peut-être. Les plus cinglés offriront leur corps en offrande ou je ne sais quelle stupidité.
Et les plus naïfs tomberont dans le panneau et se rallieront à la religion. Soyons clairs : je ne critique pas la religion. Je dis juste que certains petits groupes profiteront de l’occasion pour s’agrandir. Je suis agnostique, je pourrais croire en Dieu si une preuve scientifique est apportée. Comme le dit l’expression « Je ne crois que ce que je vois ». Alors, sauf si je deviens Jeanne d’Arc, pour l’instant je suis persuadée que Dieu n’existe pas. Mais ce n’est pas le cas de tout le monde. Je vois bien dans vingt jours, une véritable anarchie dans les rues, le gouvernement qui n’arrivera plus à contrôler les gens et leurs peurs. Bon, j’exagère un peu mais dans certains pays, je pense que ce tableau est possible. Je parle bien sûr de l’Amérique. En plus, avec le nombre de catastrophes naturelles que les américains ont subi sans même que la fin du monde ne soit encore annoncée, j’imagine que maintenant les gens doivent être complètement paniqués…

                               Et Noël. Parlons-en de cette grande fête. Est-ce que les gens vont avancer la date ou au contraire ne rien prévoir ? Pas de sapins, de crèches ni de cadeaux. Je me demande de quelle manière ils vont l’annoncer à leurs enfants. Pour les plus petits, ils leur diront que le père-noël est malade.

22h56          

Je viens d’avoir la peur de ma vie. Un orage vient littéralement d’exploser mes volets suivi par une bourrasque de vent qui a ouvert ma fenêtre. Je vais mettre une chaise devant pour la bloquer. Je suis seule, j’ai la trouille. Ma mère étant partie au travail et mon père n’étant plus là depuis plusieurs années déjà, chaque soir je me retrouve sans aucune compagnie. Pas même un animal. Mon père s’est enfuit avec une autre femme il y a huit ans. Je ne sais même pas pourquoi je l’appelle encore « père ». C’est juste un lâche qui n’a pas voulu s’attacher à sa famille et qui a disparu dans la nature avec la première blonde qu’il a croisé.
A travers ma fenêtre à présent sans volet, je peux voir un paysage qui semble apocalyptique. L’horizon est à peine visible à cause de la forte pluie qui s’abat sur mes vitres. L’aspect tourmenté du ciel me donne des frissons. Jadis sombre, les orages éclairent à présent le ciel d’un violet luminescent. La couleur est si vive que mes yeux me font mal. Le vent est tellement violent qu’il pousse les nuages à vue d’œil mais bientôt je ne pourrais plus rien voir à cause d’une épaisse brume qui arrive.
J’entends des bruits au rez-de-chaussée. Je n’ai pas envie de descendre j’ai trop peur…

23h17     

Je vais téléphoner à Jessica et retranscrire la conversion en direct (ça sonne).
- Hey Jess ! Tu vas bien ?
- Non pas tellement…
- Comment  ça ? Ta voix est bizarre. Qu’est-ce qu’il y a ?
- Je…je... 

23h26

J’ai raccrochée après avoir fini la conversation.  De plus, elle avait eu une dure journée et avait besoin de repos, c’est pour cela que je ne lui ai pas parlé trop longtemps. Je n’ai pas eu la force d’écrire ce qu’elle m’a dit. Son petit frère est dans le coma. Une mini tornade l’a emporté et l’a jeté contre un arbre. C’est horrible. Depuis sa naissance, je le connais ce petit Jim. Je pleure autant car je suis peinée pour Jess et aussi parce-que Jim est attachant. Comme je suis fille unique, il était un peu comme mon petit frère. Une mini tornade ? Mais c’est quoi ce temps de merde sur toute la France ?!? C’est impossible, jamais il n’y avait eu de tels bouleversements météorologiques ! A mon avis, on aura plus d’informations demain au journal télévisé et à la météo. J’espère que ma mère va bien. Je devrais peut-être lui téléphoner.



23h28

Je cherche « maman » dans ma liste de contacts. C’est sa boîte vocale, je vais lui laisser un message : « Maman, c’est Nora. Rappelles-moi dès que t’as ce message. Je m’inquiète, j’espère que tu vas bien. A plus »



23h35  

                                                                                                                                                                                                                                                                                   

Je n’arrive pas à dormir à cause des bruits en bas et de ce que je viens d’apprendre. Je sens que je vais faire de sacrés cauchemars cette nuit !  Bien installée dans mon lit, la couette jusqu’aux oreilles, je n’ose pas bouger. Les décibels augmentent de plus en plus. Je n’en peux plus, je veux dormir moi ! Je devrais peut-être aller voir. Je m’arme de mon courage (et du marteau que je cache sous mon lit), j’ouvre la porte, descends les escaliers sans faire de bruit et attaque la première silhouette humaine que je vois. Voilà mon plan. Bon, j’y vais…



23h50                                                                                                                                                                                                                                                                                                         

Fausse alerte, ce n’était pas un cambrioleur. Je suis ridicule avec mon marteau. Heureusement il n’y a personne pour me voir.
Mais c’est de la folie ! La pluie a commencée à entrer dans ma maison. J’ai dû prendre une demi-douzaine de serpillères pour éponger et pour bloquer le dessous de la porte. Le plus étrange c’est que cette pluie est brûlante. En hiver elle est plutôt censée être glaciale non ?
Bref, je suis fatiguée. Je viens de passer la nuit la plus longue de ma vie. Bonne nuit et à demain matin si j’ai le temps d’écrire avant de partir au lycée. Je vais revérifier une dernière fois si ma fenêtre est bien coincée.
Oh mon dieu ! La maison de mon voisin est en feu et je crois qu꜡

2 décembre
6h30

Ouch ! Je viens juste de reprendre connaissance après qu’une pierre ai été projetée par le vent, cassée ma fenêtre et m’ai assommée. Je suis gelée et trempée. J’ai « dormi » toute la nuit par terre. A présent, j’ai mal au dos et un mal de tête à hurler. J’ai vomi et j’ai des vertiges.  J’ai été voir dans mon miroir et j’ai une plaie en plein milieu du front. J’ai rien vu venir…
Pour ce qui est de mon voisin, je pense que ma mère ira prendre des nouvelles quand elle rentrera.
Moi, je vais essayer de me rendormir.

8h00

Effectivement, j’ai le temps d’écrire car je ne vais pas au lycée aujourd’hui. Une secrétaire a appelée et les bourrasques de vent à plus de 190 km/h ont emportés le toit du bâtiment. J’aimerais vous retranscrire un article internet du journal « Le Figaro » : « Cette nuit toute la France a été victime de vents violents (de 140 km/h à Marseille à 190 km/h en région parisienne). On dénombre jusqu’ici cinquante-trois morts et trois cents quatre-vingt-dix blessés dont trente-trois graves. De plus, trente mille personnes se retrouvent sans domicile après la destruction complète de leur habitation. La région parisienne a été la plus touchée avec un hôpital dévasté, quatre bâtiments scolaires détruits et les Champs Elysées ravagés. Le président fera une déclaration à onze heures. »

J’ai regardé la météo et elle annonce des vents à 120 km/h donc moins violents qu’hier.  Par contre, il y aura encore des orages. Pour ce qui est de la pluie chaude, les scientifiques n’ont pas encore trouvés la cause de cet étrange phénomène. Personnellement je pense qu’il y a un rapport avec le réchauffement climatique et la fonte des glaces.



9h30

Je viens de recevoir un e-mail du lycée. Apparemment tous les élèves vont être répartis dans d’autres écoles jusqu’à ce que notre établissement puisse à nouveau nous accueillir. J’avais déjà du mal à m’intégrer…

10h00

Ma mère vient juste de rentrer. Elle a dû restée en « renfort » à cause de tous les blessés. Elle aussi a passé la plus longue nuit de sa vie.  Elle m’a dit aussi que le voisin a réussi à sauver toute sa famille mais que sa maison est complètement détruite. Il va rester quelques temps dans sa famille à plusieurs kilomètres d’ici en attendant de trouver une solution. Il ne sait pas encore comment le feu s’est déclenché mais il nous donnera des nouvelles.
Je lui ai raconté ce qu’il s’est passé ici et elle veut à tout prix me faire passer une IRM pour voir si je n’ai pas une commotion cérébrale.
Elle m’a pris un rendez-vous pour demain midi.

11h00

Le président s’apprête à faire sa déclaration. Voici ce qu’il dit : « Aujourd’hui la France est en souffrance. Victime de catastrophes naturelles, je ne vous cache pas que notre pays aura du mal à s’en remettre et que nous sommes deuil.  Dès ce soir, nous enverrons la sécurité civile et l’armée sur tous les territoires pour déblayer les zones sinistrées après que les pompiers aient finis leur travail. L’armée veillera aussi à l’installation de camps pour héberger les familles sans domicile. A chaque habitant de ce beau pays qu’est la France, je vous le dis : nous allons vous aider et ensemble nous nous relèverons. Aussi je compte sur la solidarité et appelle chaque personne qui le peut à aider ses voisins. » Ce ne sont pas ses mots exacts mais c’est l’esprit de son discours.

15h00


 Ma mère se repose. Moi je déblaye le jardin. Quelques arbustes sont tombés, des cendres recouvrent l’herbe et les nains de jardin sont complètement détruits. Mon sous-sol est inondé aussi. Vu la nuit qu’a passé ma mère, je vais nettoyer la maison toute seule. Il y a environ cinq centimètres d’eau qui recouvre le sol. J’ai déjà déplacé les meubles que je pouvais afin de ne pas les laisser pourrir.


16h00

Je vois mon voisin revenir. Je vais lui demander des nouvelles de sa famille. Je m’entends très bien avec sa fille en plus.

16h15

Apparemment sa maison a pris feu suite à un enchaînement tragique de catastrophes météorologiques :la foudre a enflammé un arbre et celui-ci s’est retrouvé projeté sur le toit à cause du vent. Le toit étant en bois, sa maison a brûlé. C’est vraiment triste pour toutes ces familles qui ont perdu leur domicile mais c’est mieux que de voir mourir des membres de sa famille. Ce soir, je rappellerais Jessica. Je préfère la laisser se reposer en journée.

17h00

En attendant que la secrétaire du lycée me donne de nouvelles informations, je regarde la télévision. Le même programme partout : les journaux télévisés qui relatent tout ce qui s’est passé cette nuit. Cela va des histoires les plus tragiques aux histoires les plus attachantes. De la veuve qui a perdu ses trois enfants dans un accident de voiture dû au vent au chien qui a sauvé sa maîtresse en la réveillant alors qu’un incendie se déclarait dans la maison.

Ma mère dort encore. J’ai réussi à enlever la majorité de l’eau dans mon sous-sol. Il faudra juste soulever les meubles les plus lourds pour éponger en dessous.

18h00

Ah ! Voilà l’armée qui arrive. Deux camions avec environ quinze hommes dans chacun d’entre eux. Je pense qu’ils vont aller aider monsieur Ducard, mon voisin et d’autres maisons alentours.
Mes maux de tête sont passés mais ma mère veut quand même me faire passer cette IRM. Elle est un peu trop protectrice mais je ne veux pas qu’elle s’inquiète donc je vais la faire. Ça ne me coûte rien.
Je reprends les cours le six décembre dans un lycée à quelques kilomètres de chez moi. Je vais devoir prendre deux bus et en comme si ça ne suffisait pas, je dois recommencer mon intégration. Je pense que je vais encore me faire une place difficilement mais après tout ce qui s’est passé,  c’est bien la dernière de mes préoccupations.

19h00

C’est l’heure d’appeler Jessica. Pendant ce temps-là, l’armée continue à déblayer la maison de monsieur Ducard.

19h38

Son frère est toujours dans le coma. Les médecins ne laissent pas beaucoup d’espoir. Ma meilleure amie est dans un très mauvais moment et je ne peux même pas la soutenir en étant près d’elle. A part lui parler au téléphone, je ne peux rien faire. Je ne peux pas la prendre dans mes bras, je ne peux pas être présente pour sa famille que je connais bien depuis mon enfance. Je culpabilise un peu.

20h00

Je viens de relire ce que j’ai écrit hier. Je vous ai parlé de Noël mais qu’en est-il du jour de l’an ou d’autres évènements déjà prévus ? Baptêmes, anniversaires, mariages. Ces fêtes, comme toutes les autres, seront annulées pour ceux qui croient aux rumeurs. Les plus intelligents passeront au-dessus de cette légende Maya.

22h00

Avec les journées que j’ai passées, je vais me coucher tôt ce soir. En espérant que la nuit soit plus paisible.

23h00

J’entends encore du bruit. Cette fois dans la rue. Je vois de la lumière. Comme des gyrophares. Ce sont des camions de pompiers. C’est quoi ce bordel ? L’armée défonce les portes de mes voisins ! Je suis cachée dans mon placard. Je crois que ma porte a aussi été défoncée. Plusieurs personnes montent les escaliers. Merde ! Qu’est-ce qu’ils veulent ? Je vois leurs jambes. Ils vont surement tout fouiller. Je vais me faire avoir. Je range mon journal avant mon « enlèvement ».

23h30

Voilà. Ils m’ont trouvés et un homme m’a mis un masque comme dans les séries télévisées quand il y a une épidémie. Je suis montée dans un camion avec certains de mes voisins. On se pose tous des questions mais ils refusent de répondre. Nous avons roulés quelques temps et maintenant nous sommes arrivés dans un camp fermé. De grandes tentes avec des centaines de lits. Comme les camps de survivants. Chaque personne a un masque et les familles sont regroupées. Un lit nous est attribué. Moi j’ai le numéro 2112. Vous faîtes le rapprochement ? 2112 comme le 21/12, le jour de la fin du monde. Habituellement, je ne suis pas superstitieuse mais là, ça me parait étrange. On se croirait dans le jour d’après, le film. Des hommes nous ont fouillés et ont pris nos portables. Je vais demander à un soldat si je peux téléphoner.


23h55

Normalement nous n’avons pas le droit de contacter l’extérieur mais ce jeune homme (assez mignon soldat je dois l’avouer) m’y a autorisé en me disant de faire vite. Heureusement ma mère a répondu et m’a dit qu’elle allait me retrouver. Au moins, elle sait que je suis en vie. Wow ! Plusieurs camions arrivent. J’en compte dix. Ah non douze, treize, quinze ! Des centaines de gens en sortent. Mais quand est-ce qu’on va nous informer sur ce qu’il se passe. C’est dans des moments pareils que je voudrais téléphoner à Jess. J’espère qu’elle va bien. Enfin, qu’elle va aussi bien qu’elle peut aller…


23h59

Le commandant en chef nous demande de nous regrouper, il va faire une proclamation. Je le cite : «  Depuis quelques jours déjà, nous avons des soupçons sur la possibilité qu’une maladie très ancienne soit revenue. Cette maladie, c’est la peste bubonique ou même pulmonaire. Nous vous demandons donc de garder votre masque vingt-quatre heures sur vingt-quatre et de porter des vêtements longs que nous mettrons à votre disposition afin d’éviter le plus possible de vous faire piquer par des insectes infectés. Chaque personne voulant sortir pour une raison ou une autre devra venir m’en parler avant. Nous ne sommes sûrs de rien et c’est pour cela que des scientifiques vont venir vous analyser un par un. Je vous demande de garder votre calme, si vous avez de la famille à l’extérieur, faîtes une liste avec leur nom et l’endroit où ils sont. Donnez-la ensuite à un soldat. »
La peste… Je ferais mieux de revoir mes cours d’histoire moi !

3 décembre
00h00

Je vais faire cette liste de suite. Je veux vraiment que ma mère revienne.


8H00

Bizarrement, j’ai passé une bonne nuit même si j’avais du mal à dormir avec ce masque. Mais je préfère ça que de mourir en quelques heures. J’attends ma mère. Logiquement, elle devrait être là bientôt. Pour m’occuper, je vais vous faire une description du camp. Il y a deux grandes tentes, composées de plus de mille lits chacune. Elles sont reliées par un tunnel. La disposition des lits dessine une allée. Dans chacune, il y a une cantine où nous mangeons par groupe de cent. Si nous sortons, nous devons signer une feuille et être accompagnée par un soldat. Bref, c’est mieux que la prison mais pire que la maison. Même si on se sent protégés, nous n’avons pas beaucoup d’informations. J’ai parlé à une femme tout à l’heure.

Elle m’a dit qu’elle ne savait pas où était son fils et qu’elle ne pouvait donc pas l’inscrire sur la liste des personnes à rechercher. Elle pense qu’il est dans un autre camp, espère qu’il va bien et qu’il est avec des personnes qu’il connait.

Son fils a fugué hier après-midi avec un ami. Ils ont surement dû être récupérés ensemble par l’armée. C’est difficile de réconforter des gens alors que vous-même vous avez peur. Cette femme me rappelle ma mère. Elle aussi doit avoir peur.

10h00

Je suis enfin passée pour prendre mon petit-déjeuner. Je mourais de faim, mais bon… Le jeune soldat d’hier est venu me voir pour me dire qu’ils avaient retrouvés ma mère et qu’elle arriverait bientôt. J’en ai profité pour lui demander son prénom. Il se nomme donc Samuel. Mais il m’a demandé de l’appeler Sam car je cite : « je n’aime pas mon prénom. Il fait trop vieux ». Lui non plus ne sait pas trop ce qu’il se passe. Il m’a dit que son supérieur lui avait demandé ses services pour s’occuper d’un camp de survivant. Il n’avait pas vraiment le choix. Il semblerait donc que personne ne sait ce qu’il se passe sauf les statuts supérieurs.

11h00

Ma mère est enfin arrivée. On lui a attribué le lit à côté du mien. Même si c’est un camp, ils font tout pour réunir les familles. Surement pour qu’on soit le plus rassuré possible. Elle m’a dit que l’hôpital où elle travaille avait été mis en quarantaine car avec tous les malades, ce bâtiment peut être le foyer de contagion. J’aurais aimé lire un article de journal mais hélas, nous n’avons pas d’ordinateur ni de télévision.

12h00

Deux soldats se sont précipités sur une enfant. Ils l’ont pris dans les bras et l’ont emmenée dans une zone de quarantaine. Le père n’a rien pu faire. Il semblerait que cette enfant est malade. Même si c’est cela, c’est une honte de s’y prendre ainsi. La petite fille doit avoir terriblement peur.

13h00

Le commandant en chef vient de nous annoncer que la petite fille a la peste bubonique. Moins meurtrière que la peste pulmonaire mais tout aussi dangereuse. Ils vont essayer de la soigner. Ils nous ont demandé de rester calmes et nous ont dit que si nous gardions nos masques, il n’y aurait pas de risque d’épidémie.

14h15

On s’ennuie vraiment ici. Toutes les personnes passent leur journées à traînées entre les lits, à faire connaissance avec les autres, à demander des informations auprès des soldats qui ne peuvent pas répondre et beaucoup pleurent.

15h00

Je viens d’intercepter une conversation entre le père de la fille malade et la femme à qui j’ai parlé tout à l’heure. Si j ‘ai bien compris, l’homme voudrait récupérer sa fille, la femme voudrait aller chercher son fils.

Tous deux veulent donc partir avec une enfant en mauvaise santé. Je ne sais pas si je dois le dire ou pas. Cette enfant est peut-être contagieuse et si elle peut se faire soigner, autant la laisser dans ce camp. Si je dois le dire, j’irais voir Sam. A mon avis, ces personnes doivent croire qu’ils sont emprisonnés.

16h00

J’ai décidé d’aller prévenir Sam. Je pense que c’est mieux pour tout le monde que cette petite fille ne s’en aille pas dans la nature et se fasse soigner.

17h00

Je suis en train de tout faire visiter à ma mère. Enfin « tout ». La cantine, quoi. Je lui explique un peu le fonctionnement car pour les nouveaux arrivés, c’est la famille qui s’occupe de la visite en priorité.

18h00

Comme il y a beaucoup de personnes, les premiers à manger commencent à se rendre au self à partir de maintenant. Ma mère et moi passons dans les dernières. Je passe aux alentours des vingt-deux heures. Les soldats, eux, passent en dernier.

19h00

L’heure du couvre-feu pour ceux qui ont décidés de sortir pour aller chercher des affaires ou autres.

20h00

Je commence à m’ennuyer. J’ai demandé à Sam pourquoi nous n’avions pas le droit aux téléphones. Ca non plus, il ne le sait pas. Je commence vraiment à l’apprécier. Nous parlons quelques fois dans la journée mais il a beaucoup de choses à faire, alors c’est assez difficile de se poser. Il s’occupe de récupérer les listes des personnes à rechercher et fait partie de l’équipe de surveillance de nuit. Il a vingt ans et s’est engagé dans l’armée car il a pris exemple sur son père, mort en Afghanistan. Sam m’a dit que son père était son héros. Si seulement je pouvais penser la même chose du mien… Je me demande où il est en ce moment. Peut-être qu’il est mort à cause d’une tornade. Si c’était le cas, je ne sais même pas si ça me toucherai ou non. C’est horrible à dire mais de toute façon, il nous a abandonnées, ma mère et moi. Je commence même à l’oublier. Je ne me souviens plus de sa voix ni de son visage. Autant vous dire que ça ne me manque pas.

21h00

J’ai faim. Très faim. Mon ventre crie famine ! Finalement c’est beaucoup mieux quand j’étais chez moi. J’aurais tout simplement pu rester enfermée avec un masque. Ça revient au même, non ? De toute façon je ne peux plus partir maintenant. Je suis coincée là pour je ne sais pas combien de temps. Personne ne le sait. La bonne nouvelle de cette journée c’est que je n’ai pas d’IRM à passer.

22h00

Ah ! Enfin ! Nous allons manger. Au menu : purée de carottes et escalope de dinde et en dessert, un fruit. Ce n’est pas un menu gastronomique, certes, mais ce n’est pas cher et pour nourrir des milliers de personnes, c’est ce qui compte le plus.

22h10

Je suis installée à une table avec ma mère et une famille composée d’un couple et de deux enfants. Ils n’ont pas l’air bien. La purée de carottes est juste ignoble. Mais comme j’ai faim, je mange. Je sais, je vous raconte un peu ma vie mais c’est à ça que sert un journal. La lumière clignote. Encore.

22h20

Ma mère a décidé de faire connaissance avec les personnes installées avec nous à la table. Ils ont perdus leur maison et habitaient dans le domicile de leurs amis. Le couple se connaît depuis quinze ans et ils ont des jumeaux de huit ans. Je crois que les enfants ne se rendent pas vraiment compte de ce qu’il se passe ici. C’est mieux qu’ils gardent leur innocence.

22h30

Le sol commence à trembler sous nos pieds. J’espère que ce sont juste des gros camions qui passent sur la route. Autrement, c’est que c’est vraiment la fin du monde…

22h45

Réunion dans la salle principale. Le commandant va encore s’adresser à nous.

J’espère que c’est pour nous dire qu’on peut retourner chez nous.


22h50

Tout le monde est là. Stevens, le commandant, nous apprend que huit volcans d’Auvergne viennent de se réveiller. Tout le monde est sous le choc. Les séismes arrivent jusqu’ici. On peut sentir les secousses toutes les cinq minutes environ. Je n’ose même pas imaginer ce que les gens en Auvergne doivent ressentir. C’est terrible de se dire que des milliers de personnes ont peur et qu’on ne peut pas les aider. J’espère que l’armée va vite évacuer les villes alentours.

22h55

Une grosse secousse. J’ai été déstabilisée et je suis tombée. C’était violent. 7,5 sur l’échelle de Richter selon les scientifiques présents. Ils nous recommandent de nous installer dans notre lit et de bien s’accrocher quand on ressent une secousse. Plus facile à dire qu’à faire…

23h15

La lumière est éteinte. Nous essayons de dormir mais c’est impossible à cause des secousses. Heureusement que j’ai une lampe torche pour écrirᶒᵲᵲ
Et voilà, encore une secousse. Elle dure environ vingt seconde. C’est court mais ça parait long. J’essaie de ne pas montrer que j’ai peur pour ne pas affoler les enfants qui sont autour de moi. Je me contrôle mais je ne sais pas si j’y arriverai encore longtemps.

23h30

Les lumières se sont rallumées toutes seules. Tout le monde est réveillé. Je suppose que le commandant va encore venir nous voir et nous donner des informations floues. Il court. Il vient nous annoncer que la petite fille malade a disparu. Bizarre, son père est ici et il n’a pas l’air au courant. Si ce n’est pas lui qui a sorti sa fille, comment a-t-elle pu partir ?

23h35

Les soldats sont à la recherche de l’enfant tandis que les secousses se font de plus en plus fréquentes. Ma mère reste près de moi. Je crois qu’entre nous deux, c’est la plus paniquée.

23h45

Toujours aucune nouvelle de la gamine malade. Son père est immaîtrisable. Deux soldats l’ont accompagné dans un bureau pour le calmer.  J’ai des yeux partout et je n’ai pas non plus manqué Sam qui se dirigeait vers la sortie avec trois autres de ses collègues.

23h55

Des bruits de craquements de bois se font entendre dans les deux tentes. Certains veulent sortir mais les soldats ont l’ordre de nous en empêcher. Selon eux, les tentes sont solides. Ce sont les poteaux en bois qui grincent. Selon moi, nous devrions vraiment sortir. Au moins le temps que ça se calme. J’ai trouvé un moyen de sortir mais je ne laisse pas ma mère seule. Je la persuade de venir.

23h57

Voilà. Nous sommes dehors. Le bruit est de plus en plus persistant. On dirait que la tente penche légèrement mais dans la nuit je ne

23h59

La première tente vient de tomber. Il faut que j’aide les personnes coincées au-dessous !

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