Chevaux sauvages et autres contes

buge

Oh Galinette ! Approche. Qu'est-ce que tu tiens dans les mains ? Allez, ne fais pas le timide. Sticky Fingers des Rolling Stones ? Oh mais dis moi. Ce n'est pas la peine de faire des cachotteries pour ça. Ah, tu ne sais pas ce que c'est ? Alors, pose toi ici. Je vais te raconter. Allez zou, assieds toi ! Reste un peu tranquille. Arrête de secouer le bas ventre de ce pauvre Joe Dallesandro comme un prunier. Tu vas lui flanquer des coliques. Déjà que le père Warhol lui a refilé un jean trop serré.

C'était l'an 1 après les Beatles. On croyait que le trône laissé libre par les Fab Four avait dopé la concurrence. Imagine : la même année, on a eu droit à Meddle, Who's Next ?, Hunky Dory, L.A. Woman, Led Zep IV. Marvin Gaye sortait What's Going On, les Kinks viraient limite country avec Muswell Hillbillies... Ça débordait de toute part, Galinette.

Dans cette jungle de double-croches, les Stones se devaient d'être à la hauteur. Oh, ils n'avaient pas trop de soucis à se faire. Après deux disques comme Beggars Banquet et Let It Bleed, les bougres tenaient bien leur rang.

Brian Jones avait fait une longueur de piscine de trop. Et même si le blondin n’avait plus vraiment toute sa tête, c’était une perte. Heureusement, le groupe a trouvé une perle de guitariste en la personne de Mick Taylor.

C’était un garçon bourré de feeling. Sur ce disque, on lui doit la splendide ballade Moonlight Mile et Sway qui aurait pu être interprétée par The Band.

Qu’est-ce que tu dis, Galinette ? « C’est marqué Jagger/Richards après les chansons » ? C’est vrai. Ça se passait comme ça chez les Stones. Les cinq membres éternuaient mais seuls Jagger et Richards avaient un mouchoir. Un vieux deal d’ailleurs responsable du futur départ de Taylor. Il en a eu marre d’éternuer dans le vide.

Ça te fait sourire ? Souris, Galinette. Après tout, ce n’est que du rock’n’roll. Mais n’oublie pas que les briscards savaient tout de même manier la machine à riffs. Cette histoire d’esclave vendue en ouverture… Brown Sugar. C’est quand même l’un des plus gros pavés de l’histoire du rock. Du Richards tout craché. Et bien, tu veux une anecdote ? Il n’y est pour rien. C’est du Jagger. Comme quoi, avec sa tronche de banquier et ses déhanchés, le garçon en avait sous le capot.

Oh rassure toi, le père Keith n’est pas en reste. Ecoute Wild Horses. Le titre viendrait d’une phrase prononcée par Marianne Faithfull : « Des chevaux sauvages ne pourraient pas m'arracher d'ici ». Parfois, il ne faut pas chercher à interpréter les paroles. Il faut juste les laisser te guider vers l’imaginaire. Et c’est exactement ce que t’offre ce disque, Galinette. Quand tu écoutes les Stones de Between the Buttons, tu te balades dans Primrose Hill. Avec Sticky Fingers et des morceaux comme Bitch ou You Gotta Move, c’est la route du blues, l’odeur goudron chaud et de la sciure des bars à whisky qui te chatouillent les narines.

Un disque pareil, ça se mérite. Et pour ça, il faut l’écouter. Alors vas-y, mon petit. Mets-le. Et fais bonne route.

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