Comme chien et chat

anton-ar-kamm

Chez moi, vivait un vieux chat qui s'appelait Chien.

Un beau matin, je me réveillai pour constater que mon pauvre chat aboyait. Il faisait un temps de chien et il jappait “ouah-ouah” aux quatre coins de la maison. Je vous laisse imaginer mon désarroi. J'allai voir un vétérinaire, un autrichien. Il saurait sûrement quoi faire pour mon chat. Je lui exposai mon problème :

- Chien, mon chat, aboit depuis ce matin. Est-ce normal ?

Le vétérinaire me regarda intensément :

- Votre chien aboit ? Je n'y vois rien d'anormal…

- Pas mon chien, mon chat ! Il s'appelle Chien.

Le vétérinaire se gratta la tête.

- Votre chat aboit ? Mais nom d'un chien, comment est-ce possible ?

- C'est pour cela que je viens vous voir…

- Il y a-t-il des précédents dans la famille ?

- Pas que je sache. Une de mes tantes avait bien un chien avec qui elle dansait le cha-cha-cha mais tout le monde pensait qu'elle était folle.

- Pas dans votre famille. Dans la sienne, celle de votre chat !

- Non. Lorsque je l'ai adopté, on m'a assuré que dans sa lignée les chiens ne faisaient pas des chats et qu'on miaulait de chat en chat et de chatte en chatte depuis plusieurs générations.

Nous nous regardâmes en chien de faïence. Il me prenait pour un dingue, j'en étais sûr.

- Je donne ma langue au chat, finit-il par dire. A mon avis, il se moque de vous.

- Pardon ?

- Votre chat vous fait une blague.

- Vous voulez dire que Chien se paie ma truffe ?

- En quelque sorte… mais appelons un chat un chat : si vous commenciez par le prénommer Chat et non Chien, ce serait un bon début. A faire comme vous faites, vous lui réservez une vraie vie de chien.

Bon sang, quel intérêt d'appeler son chat Chat ? C'est comme baptiser son fils Fils !

Devant mon air circonspect, le vétérinaire reprit :

- Essayez cette décoction de chiendent et d'herbe à chat. Quatre gouttes deux fois par jour. Maintenant, allez ! J'ai d'autres chats à fouetter.  

Et je quittai le cabinet, penaud. Que mon chat puisse se foutre de moi me faisait un mal de chien, mais chat échaudé craignant l'eau froide, je lui réservais un chien de ma chienne. Je rentrai, fit une toilette de chat pour calmer mon humeur de chien et courut trouver Chien, car c'est bien connu, quand le chat n'est pas là les souris dansent.

Je le surprenais sur le canapé. Il tenait un journal entre ses pattes et lisait la rubrique des chiens écrasés. Je tenais à lui signaler ma voix au chapitre et il me regarda comme un chien débarquant dans un jeu de quilles.

- Qu'y-a-t-il, mon ami ? me demanda-t-il bien loin de ses aboiements matinaux.      

Il avait du chien mon chat. J'aurai pu lui dire :

- Ecoute Chien, tu me charries et ça me déplaît. Alors arrête de te foutre de ma gueule !

Au lieu de cela, je raclai le chat coincé dans ma gorge, dressai mes oreilles prêt à fondre sur ma proie et une seule chose sortit alors d'entre mes joues :

- Miaou ! Mon chat, veux-tu danser le chien-chien-chien avec moi ?

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