Contagion écriturologique

Clara Crochemore

- Maman, ça fait mal, mon cœur il tappe fort dans mon corps.

 

- Ce n'est rien mon chéri, ce n'est rien…

 

C'était terrible. Son fils était atteint d'émotivité. Elle espérait que la maladie ne se soit pas trop propagée. D'habitude, ce sont plutôt les filles qui attrapent le mal, leurs gènes sont plus faibles. Mais pour un homme, c'est aussi rare que fatal…

Elle prit un clou qu'elle lui enfonça dans la poitrine. La moquette sera a changer pensa-t elle. Le sang avait fait de grosses traces.

 

Elle vit une larme glisser le long de la joue de son fils, puis deux. Vite, elle prit plus de clous pour perforer son cœur. C'était le seul remède.

 

- Je suis désolé maman. Je fais pas exprès. Je sais pas pourquoi mes yeux ils coulent. Je fais pas exprès.

 

Son père regardait froidement la scène, adossé dans l'encadrure de la porte. Ce gosse ne lui rapporterait décidément aucun retour sur investissement… Si seulement il l'avait su plus tôt.

 

Sa femme, le regarda, en ressentant une sensation étrange, c‘était de l'anxiété, mais elle ne pouvait le savoir :

 

- Chéri, fait quelque chose, je n'y arrive plus.

 

- Éloigne toi de lui tout de suite, ça devient contagieux. Tu commences à ressentir des sentiments.

 

Il lui prit le bras et la poussa violemment loin du petit. La caisse à outils se déversa sur la moquette, au milieu du sang et des acariens.

 

- Tu sais ce qui se passera quand ils verront tout ça par la caméra.

Il fit un geste d'ensemble pour désigner les murs.

 

- Oui, je sais.

 

- On le condamnera. On le condamnera à devenir poète.

 

- Je suis une mauvaise mère, souffla la femme… Je n'ai pas réussi à empêcher ça…

 

Le garçon leva ses yeux vers ses parents. Des yeux pleins de compassion et de tendresse. C'était écœurant. La mère eut un haut le cœur.

 

- Papa, maman, je vous aime.

 

- Frappe moi ! hurla sa mère, se jetant sur lui. Elle savait que ça ne pourrait pas le soigner, mais que ça ralentirait au moins les effets de la maladie.

 

 

Le petit souffrait, de plus en plus. Les émotions coulaient de son nez, de sa bouche, de ses membres, partout.

Ça brûlait.

Ses parents suintaient une sorte déception froide et détachée. Il le savait, il le sentait. C'était la première fois qu'il arrivait à ressentir ce que les autres pensaient. C'était bizarre.

 

Les clous tombaient un à uns, ne résistant pas sous l'impulsion du cœur qui continuait à battre, encore et encore… Il était trop tard pour lui. Son esprit créatif giclait, impossible de le retenir.

 

Il prit une feuille et un stylo, il s'assit en tailleur et se mit à écrire, écrire, écrire encore. C'était fini pour lui.

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