De la nuit

Susanne Dereve


Dans la dernière heure bleue de la nuit

celle qui précède le jour

avec ses bouquets d'arbres nus

ses cheminées de gel

irai-je dire mes voyages

 

Irai-je les dire dans la dernière heure

de la nuit qui chasse le sommeil

aligne les années

celle où  je peux faire mentalement le compte

des rêves avortés  des attentes  futiles

des étreintes passées un vieux calendrier inutile

à jeter au panier 

 

avec  le rideau qui masque la fenêtre

pour retrouver l'instant de dire les  

peut-être

 

cette heure où tu parlais de voyages lointains

du fracas de l'absence

celle où je naviguais dans le faisceau  

des phares à travers un rideau de pluie

une simple trouée  au hasard                                                    

 

Si je tapais du pied pour faire basculer

la dernière heure bleue de la nuit

dans le gouffre du matin  

loin de l'éveil figé d'attente

si je disais n'essaie pas de la retenir

 

le jour éclairerait  les premiers

nids aux arbres et je dessinerais

à l'horizon des voiles blanches

temps d'insouciance  mer étale

je dirais tu es revenu

 

je dirais  je n'écrirai plus

mais  voilà que les mots se pressent  

les mots en avalanche

comme la neige fraîche

plein la bouche  et les yeux

 

et dans les  yeux

ces failles où la couleur gommée

resurgit au soleil

rouge grenat   entaille

de sang vif

pour dissoudre la dernière heure 

de la nuit

cette heure où tu sommeilles

 l'heure bleue qui s'enfuit

 

 

 

Illustration : Max Ernst (Birth of a Galaxy)

  • " les mots en avalanche
    " comme la neige fraîche
    " plein la bouche et les yeux"

    merveilleuse et pure poésie comme on en voit peu !!

    · Ago over 1 year ·
    Louve blanche

    Louve

    • merci toujours de me lire ... mais c'est exagéré ....

      · Ago over 1 year ·
      Photo

      Susanne Dereve

    • Non, non, non, ce n'est pas exagéré Susanne et c'est sincère ! Tu as vraiment un très beau style mais tu ne t'en rend pas compte. Je suppose pourtant que lorsque tu relis tes textes un bon moment après les avoir écrits, tu apprécies davantage, comme si quelqu'un d'autre les avaient créés. Sans prétention aucune, j'ai déjà ressenti cela pour quelques uns des miens. Je pense que nous sommes trop habitués à notre style, et qu'il nous faut un certain recul pour vraiment apprécier.

      · Ago over 1 year ·
      Louve blanche

      Louve

    • correction : tu ne t'en rends pas compte et quelqu'un les avait créés. (J'ai du mal avec les accords, j'hésite toujours)

      · Ago over 1 year ·
      Louve blanche

      Louve

    • pour ce qui est du recul, parfois oui, mais on voit surtout ses propres imperfections
      pour les accords moi aussi je vérifie de plus en plus
      merci Martine

      · Ago over 1 year ·
      Photo

      Susanne Dereve

  • Quel souffle ! oui, moi aussi... suis scotché (bon, le terme n'est pas très poétique ). Je crois que je vais essayer de l'apprendre par coeur...Décidément il n'y a pas d'amour heureux ; mais je croise les doigts !

    · Ago over 1 year ·
    Autoportrait(small carr%c3%a9)

    Gabriel Meunier

    • tu me la récites demain :)) merci Gabriel ....

      · Ago over 1 year ·
      Photo

      Susanne Dereve

  • La dernière heure de la nuit : excellente pour les poètes mais sale moment pour les dépressifs. Et quand ce sont les mêmes ?

    · Ago over 1 year ·
    Photo 1 orig

    Alain Balussou

    • j'aurais dit que les poètes s'éveillent quand les dépressifs s'endorment ... poète et dépressif ,oui sans doute que quand on va trop bien on n'écrit pas

      · Ago over 1 year ·
      Photo

      Susanne Dereve

    • On peut penser qu'écrire est aussi affaire de maîtrise et en tirer ses conclusions. Merci, surtout pas d'alcool...

      · Ago over 1 year ·
      Photo 1 orig

      Alain Balussou

  • la suggestion de mouvement est incroyable, dans toutes les strophes
    retentissant

    · Ago over 1 year ·
    Humain

    Humes Heinz

  • Un poème qui m'a emporté par sa beauté, merci Suzanne

    · Ago over 1 year ·
    W

    marielesmots

Report this text