Devant la nuit étoilée

nina-nine

Depuis la mort d’Eva, il ne cessait de visualiser le moment où il pourrait la venger.

Eva habitait Manhattan, elle était belle et douce, discrète et intelligente, il l’aimait. Il l’avait rencontré au Moma, devant la nuit étoilée de Van Gogh. Elle aimait la peinture, comme lui.

Eva est morte, seule, un soir de décembre, ce soir ou il lui avait demandé de venir le rejoindre, ce soir ou elle lui avait dit être fatiguée, ce soir ou il faisait si froid, ce soir ou elle ne voulait pas ressorti.

Il avait trouvé dans une galerie de la 42ème, une peinture de Siler, et savait déjà combien elle l’aimerait…

Pas vu, pas aimé, pas de vie, pas d’histoire, pas de projet, pas de peinture, pas d’espoir, pas d’objectif, pas de raison, non pas de raison.

Mais il y eu le temps, ce temps qui ne laisse aucune chance et qui finit lui par donner raison.

Un matin, tôt, dans la salle de bain d’un appartement presque vide au cœur de Manathan :

« Je te tiens pour responsable ! », lui dit-il avec colère.

Dans l’accompagnement de cette phrase il y eu un mouvement rapide de son bras et il pointa l’arme sur sa tempe.

Les deux respirations se mêlèrent, pour finalement, bientôt, n’en faire plus qu’une,   douloureuse, étranglée, criante, suppliante, implorante, mais toujours aucun mot, comme prisonniers, ils formaient une armée de silence.

Armée puissante, combattante, opposée, la désertion d’un unique mot entre deux souffles, ferait perdre la bataille.

Les deux opposants savaient que seul le silence, les liait encore à la vie.

La colère de l’un dans la fuite d’un simple mot et se serait la mort, la mort de l’autre. Tant de haine dans un seul mot, la limite de destruction, abattre le coupable, tellement bien identifié, tellement vulnérable à cet instant, trop peut-être.

 A bout de canon, à bout de souffle, à bout de lutte, à bout portant.

Et puis l’effroi de l’autre, comme repentant, comme un pleurant, presque à genou, presque suppliant, les yeux perdus dans le regard de son bourreau, s’accrochant au silence comme ultime salut à l’éternité, à son éternité.

Le silence dura.

Le temps était maintenant incontrôlable, ils sont restés comme cela, semblables à des statuts de plâtre, vulnérables et fragiles, pales presque sans vie, si vivants pourtant, vivants encore. Ensemble uni dans un même destin, l’un pour donner la mort, l’autre pour la recevoir.

Qui pourrait dire, qui pourrait choisir, qui pourrait donner raison, qui pourrait vouloir les sauver de ce destin ?

Le coup raisonna longtemps, bien longtemps après, effaçant tous les silences, tous les mots étouffés, effaçant jusqu’à la vie.

Une seule vie.

Il aimait Eva, en finir avec son assassin était son unique raison de vivre, et de mourir. ..

Eva est morte, renversée par une voiture, sur la 42ème, à deux pas de la galerie de peinture, pas un meurtre, juste un accident.

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