Eros hypnosis

hecate_xiii

       EROS HYPNOSIS 


Un rendez vous dans un bar.

Nous trois, isolés, au fond de la salle, dans le noir.  

J'ai le souvenir d'un tintement de cuivre. Une seule vibration de ce petit son aigu et j'oublie de vivre.


Le monde autour de nous n'existe plus et en même temps ils sont là. Nombreux à pouvoir nous voir, surprendre vos mains sur mes cuisses, remontant lentement. Vos ongles sur le nylon de mes collants crissent. 

Ils peuvent s'interroger sur ces baisers échangés à tour de rôle. Ils peuvent... Mais qu'importe. Qu'importe leur pudeur outragée et leurs mots vils et bas. Rien ne m'atteint, je ne suis déjà plus moi. 

Vous m'avez électrisée. Vos langues effleurant ma langue... mon cou, la naissance de mes seins, m'ont ennivrée.

Je suis prête. Il est temps de partir vers notre alcôve. Il est l'heure des contacts rapprochés dans les ruelles. Il est l'heure des caresses appuyées sous les porches où vous me plaquez tour à tour, serrant vos corps contre le mien, révélant votre désir, la réveillant "Elle". 

Nous entrons dans la chambre, je retire mon manteau. Je porte une jupe, des bas ornés de dentelles, un corset bordeau.  

Il me manquait un collier pour habiller mon cou. Vous me l'avez apporté dans un écrin de velours roux ... Un collier réclame une laisse. Tu glisses l'attache dans la boucle de métal sculptée. Fer contre fer. Le froid me fait frissonner. 

Ton comparse me fait tomber à genoux. Ma jupe est courte, trop courte dans cette position qui révèle ma croupe. 

Il me recouvre les yeux d'un bandeau de dentelle rouge. Je suis aveugle. Je suis à votre merci, sous votre joug. 

On me relève, on me touche. Mon corset m'est retiré. Mes seins sont libérés, offerts, appréciés. Goûtés. 

Mes fesses sont tatées, palpées. L'intérieur de mes cuisses est exploré. 

Je suis de nouveau mise à terre. Toujours privée de mon sens visuel j'entends.... J'entends vos ceintures se défaire. 

C'est ma bouche qu'on explore. De deux doigts d'abord. Puis d'une virilité. On s'immisce en moi. Loin dans ma bouche. Loin dans ma gorge. Les mouvements sont lents et dirigés. 

Des mots sont prononcés. Je perçois mon prénom, mon surnom de la nuit: "Électre, donne toi. Électre, entre tes lèvres, prend moi". 

Je sens une vibration contre moi, derrière moi. Un jouet ! Une surprise. Et je suis toujours soumise. 

Une matière douce et vibrante stimule mes chairs. Ma bouche est encore mise à l'épreuve par ce membre qui coulisse à l'opposé de concert. 

Ton comparse se retire. Il glisse sa langue en moi. Et ses doigts. Partout à la fois. 

Je crie. Je suffoque. J'en veux plus et je réclame: "Plus fort ! ". 

On me laisse seulement le temps de prononcer ces mots: ma bouche est prise d'assaut, encore. Je n'ai pas le droit d'exprimer mon contentement. Je suis asservie entre mes deux amants. 

Mes cuisses sont écartées. J'espère. J'attends. 

Mais j'entends un étui qu'on ouvre, j'entends le latex se dérouler, le plastique sur la peau coulisser. Je me tends. Je respire l'odeur caractéristique de la sécurité. 

"Electre, je te veux. Et ce que je veux, je prends". Sur ces mots on me pénètre. Humide, chaude, j'accueille, offerte. 

On me retourne sur le lit. On me fesse. Du cuir claque sur ma peau. 

On se glisse sous mon corps. Le tien est chaud. On m'empale sur un membre dressé. On m'investit par l'arrière dans le même temps. Durement. On me sussure: " Électre, tu es Sanctuaire. Et nous allons l'embraser". 

Je deviens objet. Je ne suis qu'un corps. Soumission. Je ne suis que sensations, va et viens, ondulations. Ma bouche est libre pour hurler ma jouissance. Je crie donc. 

Erreur.. Vous vous en êtes rendus compte: cette partie de mon anatomie n'est pas investie. 

On se retire de sous moi. On me redresse sur le bord du lit, croupe toujours offerte, toujours envahie. 

Mes lèvres sont caressées, geste tendre. On me prévient ainsi. 

Ça ne dure pas. La violence succède à la douceur. On s'enfonce à nouveau en moi avec ferveur. 

On me baillonne de chair durcie. Il s'enfonce de plus en plus profond. De plus en vite, imposant son rythme à mes mâchoires meurtries. On m'ordonne : "Électre, jusqu'au bout cette fois. Je vais me répandre entre tes lèvres. Goûte. Bois ou recrache mais je ne me retirerais pas". 

J'accepte la sentence. J'entends ta jouissance. Coule sur ma trachée ta semence. 

Ça n'est pas terminé. Mes fesses sont libérées. J'entends le latex claquer et choir. Je pressens la suite. Non, je ne parlerai pas ce soir. 

On me guide par les cheveux sur un phallus dressé. On me rudoie. Cette fois on ne m'a pas suggéré la suite. On me l'a imposée.

Encore du liquide chaud qui ruisselle sur ma joue, mon menton, qui coule sur mes seins. 

Tous deux repus ça ne semble pourtant pas être la fin. 

Alors en récompense encore une fois, juste pour moi, deux langues. Des baisers échangés mais sur mon intimité. Des doigts glissés. Jusqu'à l'apothéose. La mienne. Que j'ai enfin le droit d'hurler. 


Une clochette a sonné. Tout, alors, s'est soudainement arrêté. 

On retire le loup rouge qui recouvrait mes yeux. On ôte le décor donc. Électre disparaît peu à peu.

Je suis.. Je suis...? Ma personnalité se débat et lutte vers la surface. Électre sourit une dernière fois puis s'efface. 


On frappe à la porte. Où suis-je ? Qui sont-ils ? Un homme entre et tendrement me sourit. Ma mémoire erre quelques secondes...Cet homme est mon mari! 

D'un geste il réclame à l'un des inconnus la laisse qui bride ma liberté. Il viendrait donc me sauver ! 

Il m'embrasse, m'étreint, il se réapproprie mon corps. Puis il agite une pierre fuselée au bout d'une chaîne en or : "Je compte jusqu'à 10, oublie tout. Tu as été parfaite mon ange, comme toujours ." 


Hécate XIII, le 20 mars 2014. 


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