FEMMES À LEURS TOILETTES

Philippe Larue

Malina

Se faire désirer par le miroir, lui, le dévoreur des beautés féminines. Est-ce un ange? Un petit cupidon des sentiments? Masseur des images depuis l'origine du monde, jusqu'à l'esprit d'Éve, le reflet est devenu un bavard discret. Et Malina le sait. Elle aime se regarder dedans, l'entendre exprimer l'envie de la dévorer. Non, il ne serait pas ogre. Non, il serait doux, sain de corps et d'esprit. À jouer avec les soupirs du dos, et les mélodies glissantes sur le sol. Elle est belle, très belle. Des yeux de coccinelles, des lèvres de guimauve. D'ailleurs, la servante la regarde souvent, envieuse. Les tapis orientaux la parfume de cannelle et de vanille, comme une pomme d'amour. Malina est attentive à son corps. Elle l'envelloppe de lait parfumée, comme une papillotte en or qui donnera envie d'être dégustée. Et cela l'amuse. L'humour, elle aime, Oui, Malina aime beaucoup rire. Quand elle est à sa toilette, son imagination vagabonde. Parfois, l'été, un rayon de soleil égaré de sa course zénithale, vient la caresser. Malina aime le jaune. Elle se compare souvent avec les pomelos roses de Californie. Elle en mange un d'ailleurs, chaque matin, pendant le pleine saison. Même ses cheveux blonds sentent l'acidulé de l'orange et la douceur des clémentines. Dans la pièce à toilettes, une amie de Malina dépêche l'éponge sur une nouvelle investigation de son corps. Elle est heureuse, l'éponge, d'être ainsi confessée, à nue. Elle est croyante, à la foi et croit aux dessins des seins...euh, des saints. Les tétons durcis se cachent dans les trous de l'éponge, ravie. Les serviettes de coton aiment se promener sur ces monts de Vénus. Le décor change des grandes plaines du Mississipi, pensent-elles, ruissellantes d'émotions. Il a chaud, le miroir. Il se dit que dans une autre vie, il pourrait être une plage de sable fin, être le confident et pourquoi pas, l'amant de sa beauté. Être un saint dévoué de Malina, voilà le bonheur. Mais bientôt, elles se rhabilleront et la journée sera longue, interminable, à attendre que la lune blanche ne vienne, au crépuscule,  se bercer sur son cœur! 

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