Fermons-la.

damephoenix

Réflexion sans queue ni tête autour du silence. [18.06.2017]

Mais qu'on les fasse taire ! Qu'ils arrêtent de bêler sous nos tympans ! Du SILENCE ! Est-ce trop demander ?


Chaque minute

de chaque heure

de chaque jour

nous voilà obligés de parler. D'écouter. Alors que parfois, nous aimerions tant écrire et lire. Communiquer dans le silence. A son rythme. Choisir de poser les yeux ou de prendre la plume plutôt que de subir les bourdonnements incessants des Autres.


Taxons cela d'égoïsme ou de misanthropie, il n'en est rien. Il y a juste un temps pour tout. La parole, c'est le déversement. Ça parle quand ça ne sait pas quoi dire, ça crie quand c'est en colère, ça braille quand ça a peur, ça murmure quand ça médit. Il y a de ces gens qui font l'effet d'un robinet qui fuit.

Quoique l' on fasse

**ploc**

les mots et les maux

**ploc**

continueront inlassablement

**ploc**

de se déverser.

Ploc.


Etrange d'encenser le silence, quand on peut avoir une langue bien pendue. Il est bon d'échanger. Il est bon de parler. Il est bon de partager. Mais parfois, il faut du silence. Il faut de l'absence. Se mettre une pancarte sur la face "fermée pour cause d'envie. Repassez plus tard." Avoir le courage de fermer les écoutilles quand il le faut. Dire non. Ne pas culpabiliser du silence que l'on sème ou que l'on récolte. Aimer l'autre autrement que dans son fracas : dans son silence. Aimer dans la présence et aussi dans l'absence.


Mais le silence est d'or, et comme l'or il est pesant. Pourquoi donc a-t-on si peur du silence ? Ne comptez pas sur moi pour marcher cent mètres sans musique dans les oreilles. Dans l'action il me faut du bruit. Dans l'inaction il me faut des bruits : celui de l'air dans les arbres, celui d'un piaf bien inspiré qui nous livre sa mélodie du jour, celui de l'eau qui s'écoule, celui du bois qui craque, de la peau qui frôle, du souffle qui pénétre et ressort a chaque mouvement du buste. Inspire expire. Amène au dedans, expulse au dehors. Les mots que l'on prononce sont semblables à ce ballet : ils entrent dans l'être, tantôt baume tantôt poison, ils s'en expulsent tantôt poésie, tantôt déchet.


Pourtant sans le silence, que serait le bruit ? Sans les soupirs, que serait la mélodie ? Le silence ne s'écoute pas, il s'observe. On observe un temps de silence, parce qu'on respecte ce non bruit, certes, mais aussi parce que dans le silence, on voit différemment.

On voit mieux sans bruit.


N'ayons pas peur du silence, car ce n'est pas de lui que nous craignons la présence : notre peur, admettons le, c'est l'écho que l'on entendra poindre dans le silence. L'écho de l'être, celui qui hurle enfermé sous clef bien au dedans. Victime ou criminel, il se débat pour sortir et il appelle au secours. Et ce sont ses cris que nous craignons d'entendre. Ou pire encore, que les autres entendent.


Otages de nos propres barrières, l'être et ses passions bien enchaînés et sous clef dans notre boîte de Pandore, celle du dedans, celle qu'il ne faut surtout pas ouvrir si l'on veut continuer de paraître. Car l'ouvrir c'est être soi. La fermer, c'est taire le dehors pour mieux entendre le dedans. Alors fermons-la et ouvrons lui. Notre otage n'est peut-être pas aussi mauvais que nous voulons bien le craindre. Et quand bien même si silence il y a ce seront les échos de tous qui se feront entendre. Peut-être hurleront-ils à pleins poumons une fois dehors. Ou peut-être qu'ils se taieront et nous ecouteront.


En silence.

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