Foutu

Elodie Legale

J'avais toujours imaginé que ça arriverait brutalement. Qu'un beau jour bien banal et ordinaire, la vie telle qu'on l'avait connue disparaîtrait pour tomber dans le chaos. J'ai toujours imaginé la fin du monde comme ça. Mais j'avais beau avoir lu des ouvrages, avoir dévoré des films et des séries sur le sujet, je crois que je n'étais pas préparée à une telle horreur. Un frisson me parcourut le corps. Je déverrouillai mon iPhone pour checker Twitter. J'avais mis de côté la presse en tout genre depuis un moment pour me fier uniquement aux twittos présents sur le terrain. Rien de mieux que du témoignage réel. Je fis défiler l'écran sous mes doigts. Les tendances parlaient d'elles-mêmes, le virus s'était propagé à toute vitesse, on ne parlait que de ça.

Un mélange de peur et de curiosité m'envahit. L'éventualité qu'un jour des zombies errent dans nos rues m'avait toujours fasciné, sans que je ne comprenne vraiment pourquoi. Mais maintenant que tout ça devenait réel, j'aurais voulu pouvoir revenir en arrière.

Un grognement retentit.

Il y en avait un juste là. Chez moi. Dans mon minuscule salon. 

Mon coeur s'emballa.

Je reteins ma respiration, puis fis quelques pas de fourmis dans sa direction. Doucement, prudemment. J'entendais mon coeur cogner contre ma poitrine.

Son corps presque-sans-vie gisait dans le fauteuil. Il bougeait à peine. Je m'approchai légèrement, juste assez pour apercevoir ses yeux vitreux qui semblaient regarder dans le vide. Un filet visqueux coulait le long de son menton. C'était bien l'homme que j'avais aimé, mais il n'était plus vraiment lui. Il nous avait quitté, seul son corps le maintenait en quelque chose de vivant.

Je me mis à penser à tout ce que j'avais vécu à ses côtés. Tous ces fous rires, toute cette tendresse. Toutes ces années à se tenir la main sous les draps pour mieux nous endormir. Et toutes ces heures à s'aimer. Le grésillement du téléviseur me sortit de mes vieux souvenirs. Retour à la réalité. Cette douloureuse réalité dans laquelle le virus avait consumé mon amour. Je ne fis aucun mouvement brusque et reculai de quelques pas. Je ne pouvais plus rien pour lui, mais je pouvais encore sauver ma peau.

Je n'arrivais pas à le croire.

Mon mari avait fini par rentrer suffisamment tôt du travail pour tomber sur une émission de télé-réalité. Il était foutu. Foutu.

Report this text