Il était une fois, un rêve.

berenice--2

Ca y est, elle a décidé. Aujourd’hui, c’est le grand jour. Elle est prête et déterminée. Elle part. Je la regarde s’éloigner, sur le pas de la porte. Ses talons claquent, sa valise fait un bruit épouvantable. Je la regarde partir, le cœur serrait, les larmes aux yeux. Ca y est, c’est parti. Elle part, au bout du monde.

Ca y est, c’est décidé. Aujourd’hui, je pars. Je sais qu’il est là, sur le pas de la porte, à me regarder. Mais, je ne me retournerai pas, si je le fais, je vais hésiter. Il ne faut pas hésiter, maintenant il faut y aller. Depuis toute petite, des posters de New-York sont accrochés sur mes murs. Je suis une citadine. J’ai l’âme d’une new-yorkaise. Je ne sais pas pourquoi, ça a toujours été comme ça. Je rêve de taxis jaunes, de la folie des grandeurs… La vie sera forcément plus facile là-bas. Je n’en pouvais plus de cette vie, ici. Alors, sur un coup de tête, j’ai utilisé toutes mes économies pour m’acheter un billet d’avion. Que l’aller. Pas de retour, jamais de retour. Ma vie est là-bas, maintenant.

Passeport en règle, visa aussi. C’est bon, je monte dans l’avion. Il est immense, on ne m’a donc pas menti. C’est la première fois que je monte dans un avion, je n’ai jamais aimé volé. Je m’assoies, et j’attends, le grand voyage a démarré. Je ne peux plus reculer. On décolle, ce n’est pas si horrible que ça… Note pour la suite du voyage : ne surtout pas regarder par le hublot.

Je me réveille, la tête dans les nuages, on entame la descente. Je compte les minutes qui me séparent de l’atterrissage. Un bruit assourdissant et… Ca y est ! Ca y est ! JE SUIS A NEW-YORK ! C’est dingue, c’est fascinant. J’y suis, j’y reste ! Je n’y crois pas. Jamais je n’aurai cru avoir le courage de le faire. Mais ça y est ! Non, ce n’est pas un rêve ! Je suis NEW-YORKAISE ! Enfin, pas totalement, mais le plus dur est passé ! A moi, la jeunesse dorée dont j’ai toujours rêvé ! A moi, Manhattan ! J’ai fait la liste des premières choses à faire en arrivant. Bon, peut-être que je peux sauter la première, je ne sais pas ce qui m’est passé par la tête en mettant : manger un hot dog. Bon et puis, pourquoi pas. De toute façon, j’ai faim.

Me voilà dans le taxi jaune, celui qui m’accompagne depuis tout ce temps. Je suis dedans ! Mais quel bonheur, je n’y crois pas encore. Vais-je réaliser un jour que je vie un rêve ? Ma tête tourne dans tous les sens, je ne sais plus où regarder, je ne sais plus quoi penser. Je suis perdue au milieu de ce bonheur indescriptible. C’est comme… Je ne sais pas, je ne saurais pas décrire cette sensation, c’est la première fois que je la ressens. J’ai seulement l’impression de vivre. Il est 14 heures, je passe déposer mes affaires à l’hôtel, et je vais tout de suite me balader. Je ne tiens pas en place ! Tout est lumineux, ca y est, on arrive dans Manhattan, tout est grand, tout est beau ! Je suis assommée par tous ces monuments, toutes ces lumières, toutes ces vitrines… Toute cette vie ! Je paye le taxi. Je ne comprends pas encore tout avec cet accent américain, mais peu m’importe. Je suis à New-York, pour l’instant, rien d’autre ne compte.

Je rentre dans l’hôtel, simplement pour y déposer mes affaires. De toute façon, je n’arriverai pas à dormir maintenant. Je suis tellement excitée ! J’attends l’ascenseur. Je rentre dans ma chambre… WAHOU ! Rien que la chambre d’hôtel est dingue ! C’est fou cette vie. Comment ai-je fait pour vivre aussi longtemps loin d’ici ? Enfin, je n’ai que 23 ans, mais quand même ! Et pourquoi personne ne vient vivre ici ? Tout est si beau. Ma petite cuisine américaine, mon immense lit, mes immenses placards, je peux même rentrer dedans ! C’est totalement fou. Je ne pensais pas qu’une simple chambre d’hôtel pourrait déclencher une telle hystérie. Peut-être que je suis folle, après tout… Bon, c’est pas tout ça, mais je voudrai marcher dans les rues New-Yorkaise. Je prends mon appareil photo, mon passeport. C’est parti !

Je sors de l’hôtel, qu’est-ce qu’il fait chaud ! On se croirait dans une fournaise. Mais tant pis, c’est tellement bon d’être ici. Tout est tellement grand. Je filme mes pieds qui marchent sur les trottoirs new-yorkais. Je prends en photo un immeuble, qui ne rentre même pas dans l’appareil tellement il est grand. Les vitrines sont magnifiques ! Le magasin de Lego au pied du Chrysler Building est tout simplement grandiose. Me voilà devant un palace. C’est magnifique. Je me demande combien coûte une nuit là-dedans. Une limousine, deux limousines… Je marche sans réellement savoir où aller. Tant pis, pour l’instant, je suis trop fatiguée pour réfléchir. Ma seule envie est de découvrir cette ville dont j’ai entendu tellement de bien.

Bon, je rentre me reposer. J’ai les pieds en feu tellement j’ai marché. J’ai déjà plus de 100 photos. Si ça continue comme ça, demain je ne pourrais déjà plus en faire !

Après une bonne nuit de sommeil, c’est reparti ! Je vais prendre mon petit-déj en regardant mon itinéraire de la journée. Je vais à Times Square, c’est mon objectif de la journée. C’est vrai qu’il m’est conseillé de le voir la nuit, mais je veux y aller. Maintenant.

J’y suis. Tout ce monde, c’est étouffant ! Tout le monde marche en regardant en l’air, mais, en regardant par terre, on peut voir des montagnes de déchets. C’est sale, c’est répugnant. Au milieu de ces détritus, il y a des sans abris, qui regarde tous ces touristes passés avec comme du mépris dans leur regard. Mais pourquoi personne ne les voit ? Suis-je la seule ? Je décide de partir d’ici, on peut voir la folie humaine, cette publicité gigantesque, je pensais que toutes ces lumières allaient me plaire. Je suis tellement déçue. J’aurai dû faire comme tout le monde, ne penser qu’à ces publicités. Est-ce que ces sans-abris sont nés à New-York ? Et si moi aussi je n’y arrivais pas ? Peut-être étaient-ils comme moi, eux-aussi…

Je prends le métro jusqu’au quartier des affaires. Tout est immense, tous ces immeubles… Je me sens mal, je me sens petite. J’ai l’impression d’être une fourmis, de n’être rien. Je me sens oppressée, écrasée. J’ai peur, tellement peur. Je veux rentrer en France. Il m’aura fallu deux jours pour me rendre compte que mon rêve n’en était pas un. Je n’aurai jamais du venir ici… Jamais.

« Chérie ? Chérie ? »

On me parle ? Mais qui est-ce ? Je me retourne.

« Allez mon cœur, c’est l’heure ! C’est le mariage de ta sœur aujourd’hui ! »

J’ouvre les yeux, mon amour est là. Je regarde autour de moi. Je suis dans mon petit appartement parisien. Ce n’était qu’un rêve. Je suis tellement soulagée. Je ne veux jamais aller à New-York. Je ne veux pas être déçue par ce rêve qui me suit depuis toute petite. Il faut que je continue d’idéaliser cette ville. Je ne veux jamais être déçue. Et puis, si ce rêve se réalise, il faudra que j’en cherche un autre. Je ne veux pas changer de rêve, il me fait avancer depuis tellement d’années. 

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