La crise, c’est crispant

Hervé Lénervé

Bloc opératoire d’un hôpital de la capitale.

-         Allez, virez-moi tout ça, trois mètres de boyaux, au moins, il en a beaucoup trop, ce gars-là !

-         Vous êtes sûr, patron ?

-         Mais oui ! Bien sûr, coupez !

Six heures plus tard, dans la salle de réveil.

-         Alors, comment vous sentez-vous !

-         Un peu mal, mais ça va quand même, mais un peu mal, quand même, aussi.

-         C'est normal d'avoir mal, je vous ai retiré trois mètres de boyaux au moins. Vous les voulez ?

-         Qu'est-ce que vous voulez que j'en fasse ?

-         Alors, poubelle !

Huit heures plus tard, le chirurgien rentre chez lui, épuisé par une longue journée de travail intense.

-         Alors, mon chéri, qu'as-tu ramené du bureau, mon chéri.

-         Pas grand-chose aujourd'hui. Trois mètres de boyaux, au moins, mais pas plus.

-         Alors, ce n'est pas aujourd'hui qu'on va se régaler, mon chéri.

-         Farcis avec le reste de rate, d'hier. Ça l'fait, non ?

-         Ouais, vite fait ! Mon chéri.

-         Tu sais avec ces temps de crise, les opérés ne me laissent plus que leurs abats.

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