La jouer solo.

Marcel Alalof

Lorsque la bouteille de champagne déborde sur la table,je me dis que ça ne m'était pas arrivé depuis que j'étais enfant.Toujours la question du temps qui passe . L'âge !Son premier signe chez l'adulte « en bonne santé »,les douleurs articulaires.Je me suis fait opérer de mes stigmates aux deux mains :un succès,mais je suis astigmate.Le seul souvenir de ma période d'introversion où j'écrivais la nuit,trois fois par an :l'alcool .Boire à gorge déployée et ne jamais être saoûl.Dire en titubant ; »Je ne suis pas saoûl ».La saoûlitude tue la solitude.Au début être seul avec soi-même,c'est être mal accompagné.Et puis, après,une fois qu'on sait,c'est être quelqu'un ou avoir quelqu'une.On est saoûl quand on croit,au milieu des concessions,que tout va bien.En fait,tout va trop vite,on n'a pas le temps de faire le point ou l'appoint.On n'a pas le temps de penser,ou s'arrêter à ce qu'on pense,parce qu'il y a urgence.Partager à tout prix .Et le jardin secret ?

Boire du vin quand on est triste et de la bière pour le devenir.A l'aéroport de Tahiti,on entend l'ivrogne dans les toilettes,hurler : » Papeete ! »Cet alcool qui brise les barrières fait venir l'esprit.Mais tous les gens saoûls ont le même humour qui me donne des hauts-le-cœur, me retourne.

Où sont mes barrières ?Je vois un homme élégant,jeune,bien mis -il porte beau- ,venir vers moi.Alors qu'il passe,je lui pose une question qui reste sans réponse.Je la répète.Il ne répond toulours pas.Puis,je m'aperçois que je rêve,qu'il s'agit d'un être vide,une enveloppe,qui ne peut logiquement pas répondre à une question dont j'ignore la réponse.La création,qui dépend de nous,ne peut mettre en évidence que ce que nous avons déjà.

Je suis avec elle,en face d'elle, au café « Le Boul' Mich »Mais,il y a d'autres hommes.Elle n'est pas en phase.Est-elle anthropophage ou juste fournisseuse de chair fraîche,qui est la chair de celui qui n'est pas mort,quel que soit son âge ?Sous son air imperturbable,le coiffeur  a des choses qui lui reviennent en boucles.Des coupes à dix euros chez le coiffeur du boulevard Bourdon,artère peu passante qui mène à la morgue.Incroyable,il y a seulement deux ans !Le pays se dégrade,ou alors c'est du noir,ce qui revient au même.

Je pensais qu'il fallait vivre au dernier étage,mais le Bouddhiste me dit qu'il faut garder le contact avec la terre.Rez-de-chaussée ou premier étage,pas plus !Et l'ascenseur n'y changera  rien .

Peut-on dire de la veuve qu'elle est plus heureuse qu'une divorcée ?Elle garde cette sérénité liée à ce qui n'appartient qu'à elle.Une enquête le prouve.

Tout tourne autour de ça :le couple.Quelquefois,moi-même accompagné,je m'aperçois le week-end,que nous vivons tous par deux.Tous siamois.

Avoir très envie,mais les toilettes sont occupées.

  • Texte touchant, poignant, vrai, superbement écrit! Des touches de vie glanées au détour d'un bistrot dans la solitude. J'aime beaucoup votre écriture.

    · Ago over 4 years ·
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    Colette Bonnet Seigue

  • original, très triste mais aussi touchant. On sent le besoin de communication avec l'autre, le partage de son âme et de sa solitude -sœur.

    · Ago over 4 years ·
    Bbjeune021redimensionne

    elisabetha

  • Texte très réaliste ! Oui, tous siamois mais on voudrait bien, parfois, se détacher un peu.

    · Ago over 4 years ·
    Louve blanche

    Louve

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