La mère

Stéphan Mary

 

Ainsi c'est décidé je dois dormir

Je dois donc renoncer à t'écrire

Un ridicule mot d'amour

Qui rimerait avec toujours

Le pont Napoléon est fermé

A la circulation alternée

La Loire circule illuminée

Sous les braillements des nouveaux-nés

Au loin la cité s'est couchée

Dans les pétarades des chevauchées

Une femme hurle son courroux

Son gamin rebelle fait la moue

Elle part le soir travailler

Sous l'œil goguenard du cadet

Qui a décidé que d'aller bosser

C'était bon pour les ratés

Elle la mère pleure sa misère

Pour lui elle ne sait plus quoi faire

Elle voudrait le voir s'en sortir

Lui ne pense plus qu'à dormir

Il dit moi j'arrête quand je veux

Les pétards c'est jamais trop c'est trop peu

Moi je suis pas comme ces camés

Qui foutent rien de leur journée

Moi je suis peut être déscolarisé

Mais je t'emmerde toi et ta société

La mère a de plus en plus peur

De la misère intellectuelle de ses espoirs

Avant qu'elle ne sombre dans le désespoir

De la mère qui n'est plus qu'en pleurs

Le rap a  donf lui n'y pense pas

Enfumé et embrumé lui ne pleure pas

Les keufs il s'en tape le derrière

Les perquis il ne fait pas de manière

La mère s'enfonce dans le silence

Bientôt au suicide elle pense

Elle a remué la boue le ciel et la terre

Elle a hurlé avant de définitivement se taire

Dans le silence obstiné

D'un ado borné

Une mère est morte ce matin

D'usure et de chagrin

Elle voulait que son gamin

Se donne les moyens

De ne pas finir prisonnier

D'une agressivité incontrôlée

Le pont Napoléon est fermé

A la circulation alternée

La Loire circule illuminée

Sous les braillements des nouveaux-nés

Une mère est morte ce matin

D'usure et de chagrin

Je n'ai pas su trouver les mots

Pour une femme que j'aimais

Je n'ai pas su trouver les mots

Pour une mère dépassée

Elle a toujours dit que c'était de sa faute

Qu'elle ne savait pas ce qu'elle avait fait

Elle voulait que son fils sursaute

A bout de force elle a renoncé

Ainsi c'est décidé je dois dormir

Je dois donc renoncer à t'écrire

Un vibrant cri d'amour

Qui vivrait avec toujours

Report this text