La porte bleue.

effect

Inventaire et compte-rendu.

- Mais où je l'ai mis ? Dans son sac de cuir orange elle entasse des affaires, un peu comme on met la vie dans une boite, pour plus tard, la trier. L'ordre n'est pas utile, puisque chaque chose vient l'une après l'autre, dans le déroulement du temps, parfois improvisé. Cartes de visite, humeur massacrante, papier d'Arménie, bijoux divers, ficelle de soie blanche, paquets de cigarettes, soda éventré, rouspétance et ras-le-bol, clés, épingles à cheveux, étoiles de poussières, paire de soleil, échantillons de couleurs fanées, contredanse, dentifrice de voyage, boite de petits pois, brosse à reluire, briquets divers, billet d'avion - Ah tiens le voilà !, passeport et barres de céréales fitness. Dans une pochette intérieure et de côté, le superflu y a sa place, calculée de manière judicieuse et protégée. Le rouge de ses lèvres dans un étui tressé de Mongolie, le parfum de sa nuque dans un atomiseur de métal Oranais, le petit miroir de bakélite fendu, bien calé dans un mouchoir et son Beretta 92. Dans le matin tôt et dans une épaule découverte, elle remballait et rezippait son intérieur, me lançant par le carreau de la porte bleue, un dernier baiser. A la cuisine, une gentillesse de sa part sous la tasse: Prends soin de toi et n'oublie pas de nourrir ton chat. J'arrosais les edelweiss et flinguais la misère.

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