La vie est une enfant de chienne

Béatrice André

Faut-il avoir souffert comme Jackson C. Frank pour devenir un musicien génial ? Quand le folk se nourrit de douleur, il en est tristement fabuleux... Jackson C. Frank - Blues Run The Game (1965)

S'il existait un prix pour le destin le plus tragique de toute l'histoire de l'humanité, Jackson C. Frank serait incontestablement parmi les finalistes. Gravement brûlé dans l'incendie de son école alors qu'il était enfant, il en garda de lourdes séquelles physiques et psychologiques. Au milieu des années 60, alors jeune adulte, il quitta son Amérique natale pour aller sentir l'air de Londres. Le folk anglais y était en pleine effervescence. C'est sur le bateau qui le menait d'un continent à l'autre qu'il composa sa chanson la plus marquante : Blues Run The Game.

Arrivé à bon port, il fit la connaissance de Paul Simon qui décida de produire ce qui deviendra son unique album officiel. La vie aurait pu enfin lui sourire s'il avait obtenu le succès qu'il méritait. Ce ne fut hélas pas le cas. Il choisit de repartir aux États-Unis, se lia à un mannequin anglais qui lui donna un fils. Celui-ci mourut très jeune, atteint d'une fibrose kystique. Jackson en fut dévasté et plongea dans une terrible dépression.

Drogué par des médecins incompétents, déboussolé, il erra longtemps. Le sort le plaça sur la route d'un fou qui, sans aucune raison, lui tira une balle dans l'œil gauche. Jackson finira par mourir à 56 ans, son cœur ayant décidé de cesser de battre.

S'il reste hélas méconnu du public, il fut une grande source d'inspiration pour Nick Drake, Sandy Denny, Bert Jansch, John Renbourn, Ralph McTell et bien d'autres musiciens qui ont repris ses chansons, fabuleusement belles et émouvantes.

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