Le beau père et moi...

kingofevil

Mon beau père n'était pas un mauvais bougre. De nature sympathique, il s'avérait avoir des discours - et une attitude – qu'on pouvaient qualifier de “beaufs” lors de ses pérégrinations philosophiques imbibées d'alcool.
Je me souviens d'une soirée estivale où nous étions tous les deux installés sur sa terrasse. Autour d'un whisky - alcool dont il s'abreuvait quotidiennement - il pestait, encore et toujours, sur l'un de ses voisins - patron de son état - qui venait d'acquérir une voiture plus puissante que la sienne :
- L'autre gland, il pâme avec sa nouvelle voiture mais personne sait qu'il l'a achetée sous le compte de sa société.
- Et alors !
- Et alors ?! répéta t'il, il s'en sert même le weekend, hors des horaires de boulot. Je devrais le dénoncer tiens !
- Mais qu'est-ce que t'en as à faire, tu as la même voiture !
- NAN, hurla t'il, il a le nouveau moteur. C'est toujours les mêmes qu'on de la chance. J'en ai marre d'être pauvre...
- Heu... tu as une maison de plus de 200 mètres carrés, un terrain qui en fait plus de 1000, une piscine et j'en passe. Tu appelles ça pauvre toi ?
- Ouai mais ça, répondit-il en buvant une gorgée, c'est commun à tout le monde.
Cette affrontement permanent, concours de “qui à la plus grosse” était un trait permanent chez lui que je retrouvais assez souvent. Trait de caractère encore plus marqué – oui c'était possible – était sa mythomanie. Sa propension à transformer tout ce qui est commun en situation exceptionnelle ou, à contrario, s'imaginer plus beau, plus grand et plus grandiose qu'il ne l'était réellement.
Quand il se retrouvait dans son hypermarché – dans lequel il se rendait fidèlement depuis plus d'une trentaine d'années - et qu'un automobiliste osait s'arrêter devant l'accès aux chariots, bloquant ainsi les malheureux clients, il passait aux choses sérieuses : Tel Walker Texas Ranger, calmant n'importe quel ours enragé d'un simple regard - appris d'un vieux sage indien au nom de volatile - il ne lui suffisait que de fixer son interlocuteur pour transformer la moindre brute en guimauve. Ce pouvoir de persuasion hors du commun semblait, cependant, avoir ses failles : ma belle mère. Quand il lui demandait, inlassablement, de corroborer toutes ses élucubrations, elle venait à les annihiler les unes après les autres. Mais cela ne l'arrêtait pas pour autant : Quand l'hôtesse de caisse arborait un sourire après lui avoir rendue son ticket, elle était amoureuse de lui. Quand les agents de police l'avaient laissé partir après un contrôle, sans aucune amende à la clé, ils avaient eu peur de lui.
Mais cela se traduisait même à travers les tiers personnes - ou chose - à qui il vouait une admiration sans bornes : Ses acteurs préférés – le fondateur d'un art martial et maître en Kung-fu et un ancien culturiste devenu politicien – bénéficiaient de sa capacité à enjoliver la réalité. Le premier était si rapide et fort que rien ni personne ne pouvait suivre ses mouvements ou qu'aucune surface ne pouvait l'arrêter. Le second voyait ses mensurations, déjà impressionnantes, grandir à vu d'œil. Oubliez le diamètre de ses biceps, vous pouvez le doubler. Cela touchait également à sa marque de voiture préférée à qui il vouait un véritable culte . Fleurons de la flotte de prestige Allemande, la marque aux anneaux, bénéficiait, à ses yeux, de ce qui se faisait de mieux. Leur moteur, leur transmission, la qualité de la finition, le service après-vente... bref, il n'y avait “au monde” aucune autres marques capables d'être à ce niveau.
Je passerai sous silence ses idées arrêtées sur la politique, l'immigration et le travail “volé” aux Français. L'argent gagné par les sportifs, les PDG, les comédiens etc... Toute cette bande “d'incapable” toujours selon lui, ne méritait que de vivre sous les ponts.
Grâce à – ou à cause de – lui, j'ai appris qu'un homme bien et bons sous tous rapports pouvait se transformer allègrement dès qu'une quantité suffisante d'alcool est ingérée. Que l'envie maladive était un trait de caractère qui résultait plus d'une rancœur personnelle : on envie souvent ce que l'on aurait voulu ou pu être. Les démons de nos échecs s'accrochant à nous transformer en un être détestable un court instant. Assez pour rejeter la faute sur nos semblables mais pas trop... Il ne faudrait pas que nos congénères nous prennent pour autre chose que l'image qu'on s'exerce à donner.

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