LE CHOIX DU VIDE (TEST)

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Une jeune femme sans passé, un médecin qui cherche le sens de sa vie, un patriarche obnubilé par la mort de son fils : trois identités, trois destins qui vont s’imbriquer pour le meilleur & pour le pire. Lancés sur le chemin de leur passé, ils vont découvrir que leurs vies sont liées. Cette course vers la vérité sera-t-elle salvatrice ou détruira-t-elle le peu d’espoir qui leur restait ?
Voyage dans l’Est de la France, ce thriller fantastique emmène le lecteur au-delà du réel.

LE CHOIX DU VIDE.

Prologue

la terre en jachère
si peu chère
nous est chair

Décembre 1988 – Décharge aérienne de Port-Roi

L’air glacé, en ce matin de décembre, n’empêche pas Gillou, juché sur son bulldozer, de décaisser gaiement la terre de la décharge afin d’y enterrer les ordures déposées en fin de nuit par les éboueurs des villes et villages alentours.

Gilles MENGIN, dit Gillou, 47 ans bien sonnés, marié, père de trois enfants, aime le travail bien fait. Sa devise : « faire tout de suite ce que l’on a à faire afin d’en être débarrassé ». Il aime son job : surveiller les « orduriers » comme il aime à les appeler, les combustions spontanées ou non & les animaux en tous genres dont le passe temps favori est de fureter entre les déchets à la recherche de nourriture plus ou moins avariée.

La décharge se trouve sur les hauteurs de PORT-ROI, la vue sur la vallée y est splendide & ce serait un petit coin de paradis si l’on pouvait faire abstraction des odeurs nauséabondes & du monticule d’ordures toujours renouvelé.
Port-Roi, petite ville ouvrière de l’Est de la France, avec sa filature, sa brasserie, ses commerces, est dominée par une immense basilique, vestige de sa richesse passée. Son nom également fait mention d’un port marchand depuis longtemps disparu.

Aujourd’hui, 1er décembre, Gillou est motivé & c’est avec entrain qu’il manie son engin. Plus vite fini, plus vite quitte, se répète-t-il tout en sifflotant dans le vacarme du moteur. Son souffle fait de la vapeur dans l’air frais de cette fin d’automne mais il n’y prête pas attention tout à son plaisir de travailler. Sa dextérité est telle, au maniement des manettes, qu’il pourrait faire un créneau sans toucher les voitures & ramasser des œufs avec son godet sans les casser.
Avec ses 5354 francs par mois, Gillou ne roule pas sur l’or mais il arrive à faire vivre sa famille. Il habite dans un appartement HLM un peu chiche, mais les enfants ne manquent de rien. Le grand, qui est en 3e, va au collège en mobylette, la cadette, en 5e, a tous les 45 tours de ses chanteurs préférés & le petit, en CM2, joue aux jeux vidéo sur l’AMIGA 500 familial quand il rentre de l’école.

Alors qu’il termine de remplir d’ordures le trou qu’il avait creusé au petit matin, un scintillement attire son attention. Il n’est pas sûr de ce qu’il voit. Il coupe le moteur & descend de son engin, s’approche, attrape une barre de fer qui traînait là & tire vers lui un sac poubelle d’où dépasse ce qui lui semble être un solitaire en diamant.

Au loin, une église sonne les morts, DONG, DONG, DONG, DONG, …

Il écarte les pans du sac plastique noir troué en son centre & découvre horrifié 2 mains sectionnées au niveau du poignet. L’une d’entre elles n’a plus d’index.
Un hoquet lui échappe suivi aussitôt par une violente nausée. Affolé, il part en courant vers le préfabriqué qui lui sert de bureau & de vestiaire, il s’arrête pour vomir puis repart au pas de course avec une seule idée en tête : PREVENIR LES GENDARMES.


I

croire encore
rien ne vient
tout est là

Décembre 2007 – Sud-Est de Strasbourg

Une ombre filiforme se glisse sans bruit entre les immeubles. Dans ce quartier malfamé mieux vaut ne pas se faire remarquer lorsque le ciel s’assombrit. Arrivée devant son entrée, l’ombre ouvre rapidement la porte. Commence alors l’ascension des 12 étages à la force des cuisses & des mollets. L’ascenseur comme toujours est en panne &, bien qu’il y en ait un second pour les étages impairs, l’ombre préfère ne pas être confinée dans un espace restreint avec 3 à 4 personnes puant la transpiration & le graillon & traînant avec elles leurs sacs de victuailles, leurs chiens, quand ce n’est pas leurs matelas crasseux.

… 190, … 191, … 192, ça y est, le 12e étage, il faut encore traverser un couloir sombre, infesté de cafards, sur lequel s’ouvrent rien moins que 28 portes d’appartements.
Appartement, tu parles ! Est-ce que 12 à 15 m² d’espace vital & intime peut-être appelé appartement ?
Enfin c’est mieux que rien, en espérant que le vieux salaud qui lui sert de propriétaire ne rentre pas à l’improviste avec sa clef & n’essaie pas de la peloter ! Elle ne l’avait pas revu depuis qu’elle lui loue cette chambre, ça fait 3 ans maintenant, mais le mois dernier un dégât des eaux l’a obligée à reprendre contact pour les papiers d’assurance & maintenant il se croit tout permis. De toute façon l’ombre revient chez elle avec une chaîne de sécurité qu’elle a tirée dans une supérette près du dojo où, depuis 2 ans, dès qu’elle a économisé un peu de fric, elle prend des cours de self défense.

Thaïs RENAN, 27 ans, 1 mètre 70, décharnée, toute de noir vêtue, rentre dans ce qu’elle appelle ironiquement son havre de paix. Avec ses énormes rangers aux pieds, ses cheveux ailes de corbeau, ses tatouages & ses piercings elle se fond dans la masse & c’est ce qu’elle veut. Après avoir refermé la porte derrière elle, elle pousse un soupir de soulagement, pose son sac à dos, l’ouvre & met la bouffe dans un petit réfrigérateur de camping-car qu’elle a récupéré dans une déchèterie avec sa cops & qui, après lui avoir changé le thermostat & refait une beauté à coup de bombes de peinture aérosol, a repris du service.
Ensuite, elle entreprend d’installer la chaîne qu’elle a chourée, enfin pas vraiment car c’est pour la bonne cause, d’abord parce qu’elle n’a pas une tune & ensuite parce que ce petit larcin va l’empêcher de commettre un meurtre & donc de coûter du pognon à la société si d’aventure son gros dégueulasse de proprio s’aventurait à revenir.
Il pourrait être mon grand-père, MERDE !

Tout en s’activant, elle réfléchit, elle sait qu’il y a quelque chose qui ne tourne pas rond chez elle, mais quoi ? Elle a oublié une partie de son enfance, que lui est-il arrivé avant ses huit ans ? Ces questions, ça fait 17 ans qu’elle se les pose.
PUTAIN, fait CHIER !
Elle fout un grand coup de poing dans la porte, se retourne & se laisse glisser le long de celle-ci en pleurant en silence.
Pleurer en silence, ça, je sais faire & elle est sûre de l’avoir fait avant ses huit ans. Cette pensée lui redonne courage, elle se relève, essuie ses yeux avec ses poings & commence l’inventaire des toiles qu’elle pourra vendre pendant le Marché de Noël.

La peinture, son exutoire, sa seule passion dans cette vie qui n’a pas été tendre avec elle. Orpheline, elle a été ballottée de foyers en familles d’accueil. Avec la dernière elle a eu de la chance, car grâce à elle, elle a pu faire des études & prendre des cours du soir aux beaux-arts.
Tata & tonton, elle en garde de doux souvenirs, mais malheureusement ils ont disparus dans un accident de la route…
3 ans déjà...
Elle se revoit dans la petite église lors de la cérémonie religieuse, sa vue se brouille, ses oreilles bourdonnent, elle n’entend plus que : DONG, DONG, DONG, DONG…, comme une église qui sonne les morts.
Ils n’avaient pas d’enfants ou plutôt, ils en avaient beaucoup, des paumés comme elle, qu’ils ont aidés de leur mieux.
Elle se sentait aimée & en confiance, elle aurait pu… Quoi au juste ? Elle n’en sait rien, mais elle aurait pu…

Une dizaine de toiles sont valables d’après elle pour le Marché de Noël, mais si elle veut assurer son loyer jusqu’au Quai des arts qui aura lieu en juillet, elle doit en avoir 10 de plus. Pas facile dans la pièce qui lui sert d’atelier, de pièce à vivre & de chambre de prendre ses aises & de se déployer sur grand format. Néanmoins, en travaillant à même le sol, elle peut s’octroyer des châssis de 1 à 2 m², ce n’est pas si mal. Mélange entre Basquiat & Bacon, sa peinture torturée plaît. Tant pis si elle n’est pas comprise, l’essentiel étant de pouvoir remplir son assiette et de payer ses factures.

Quelques jours plus tard, après s’être enfiler un bol de lait avec des céréales, Thaïs se sent prête à affronter la foule & à répondre aux innombrables questions qui ne manqueront pas sur le sens de sa peinture, son look ou encore son style de vie…
L’association des anciens des Beaux-arts a réservé un emplacement place Broglie1 entre un chalet où l’on vend des crêpes & une roulotte où l’on vend : boules, guirlandes & santons.
Son carton à dessins sous un bras & quelques toiles sous l’autre, elle part d’un bon pas vers ce qu’elle espère être une bonne journée pour ses finances.

1. Broglie se prononce Breuil

Après ¾ d’heure de marche, elle arrive enfin sur le parvis de la cathédrale.
Quelle est belle & majestueuse ! ne peut-elle s’empêcher de penser &, le regard irrésistiblement attiré par l’édifice, elle penche la tête en arrière pour en admirer les flèches.
Comme hypnotisée, elle n’entend plus le brouhaha des badauds qui flânent le long des boutiques de Noël, mais uniquement le bruit du vent qui hurle.
La cathédrale sonne le quart…
Thaïs bascule en arrière, dans le vide.
Tout le temps que dure sa chute dans ce boyau noir d’où elle ne voit plus qu’un point lumineux tout en haut, le son d’une cloche rugit à ses oreilles : DONG, DONG, DONG, DONG…

* * *

« - Maman, qu’est-ce qu’il y a ?
- Chérie, tu dois m’écouter. Quoi qu’il arrive, tu dois te souvenir que je t’aime, d’accord ? Tu as bien compris ?
- Oui maman. Moi aussi je t’aime. »

* * *

Attend maman, revient, maman, maman, MAMAN…
Thaïs ouvre les yeux, elle est allongée sur les pavés du parvis de la cathédrale de STRASBOURG, un attroupement s’est formé autour d’elle. Sa tête est douloureuse & son cœur bat tellement vite qu’il lui fait mal.

- Tout va bien, vous vous êtes évanouie, je suis médecin, ne vous inquiétez pas. Comment vous sentez-vous ? Vous pouvez parler ?
LA VACHE, qu’est-ce qu’il est beau ! Euh ! Ben non, je ne peux pas dire ça.
- Oui.
- OK, on va essayer de vous relever maintenant, redressez-vous tout doucement, voilà, c’est bien… Ça va ?
- Oui.
PUTAIN, je suis CON ou quoi ? Je n’arrive pas à aligner deux mots d’affilée !

Troublée, à la fois par ce qu’elle vient de vivre & par le regard scrutateur de son sauveur, Thaïs a du mal à reprendre pied.

Ma mère, j’ai vu ma mère !
- Merci, salut !

Sans autre forme de procès, elle plante là le médecin & file rejoindre son stand.

Toute la journée elle ressasse cette étrange vision de sa mère. Elle se trouvait dans sa chambre, assise sur son lit dont la couette portait l’effigie de Barbie. Les images se superposent, s’entrechoquent, se croisent pour finalement toujours laisser la place au magnifique visage du jeune homme qu’elle a vu en reprenant conscience.
Ça à l’air tellement vrai & pourtant elle n’en est pas sûr, était-ce un rêve ou bien la réminiscence d’un souvenir ancien ?
Pourtant cette couette elle l’aimait quand elle était petite, elle en est certaine, elle peut encore sentir l’odeur de la lessive.
Est-ce une preuve que ça a bien eut lieu ?

Perdue dans ses pensées, elle n’a pas vu s’approcher un client potentiel. Quand il lui demande le prix d’une toile, elle reste bouche bée en reconnaissant le médecin qui l’a secourue un peu plus tôt dans la journée. Ses yeux se noient dans les siens d’un bleu-vert sombre comme les flots un jour d’orage.
MERDE, j’ai encore l’air d’une cruche !

- 490
- Ok, je la prends.

Eberluée elle entreprend d’emballer de papier kraft sa plus grosse toile, sa pièce majeur : des gros plans de corps nus enchevêtrés, avec en filigrane un édifice religieux à 2 tours.

- J’aime beaucoup les matières… C’est PORT-ROI en fond n’est-ce pas ?
Elle hausse les épaules.
- Connais pas.
Qu’est-ce qu’il me veut lui, avec ses manières de bourge & son sourire en coin ?
PORT-ROI, ce nom a une résonance dans son cœur, mais…

- Je vais la mettre dans mon cabinet.
M’en fous.
- Mmm …

Elle lui tend la toile contre un chèque qu’elle glisse aussitôt dans sa banane. Quand elle relève la tête, le jeune homme a disparu.


II

improbable imposture
savoir sans savoir
supprime

Décembre 2007 – « Argentorate² »

2. Argentorate est le 1er nom de la ville de Strasbourg en Celte

Au sous-sol d’une maison à colombages, un rassemblement a lieu. Une cinquantaine de personnes, revêtues d’une tunique anthracite décorée au niveau du poitrail d’un nœud trivial beige, se saluent. Il s’agit de hauts dignitaires, de personnalités venues anonymement de toute la France & réunies en une confrérie vieille de plusieurs milliers d’années.

- Mes chers confrères, nous sommes réunis ce soir en assemblée plénière comme nous le faisons tous les 3 ans, pour tout d’abord, faire le bilan de nos actions, ensuite en tirer les conclusions qui s’imposent & enfin redéfinir nos objectifs.
    - Nous sommes avec toi Grand Trivial.
- J’ajoute un point supplémentaire à l’ordre du jour…

Un brouhaha monte de l’assemblée, il n’est pas dans les habitudes du Grand Trivial de déroger aux règles établies.

- L’heure & grave, le LIEN est réapparu, ici même en « Argentorate ».

Des voix s’élèvent de toute part :
    - Ce n’est pas possible.
    - Incroyable !
    - Le LIEN est mort en 88 !
- Tu vois je te l’avais bien dit.
- Mais comment ?
- Pourquoi maintenant ?
- Est-ce sûr ?
- Des preuves, il nous faut des preuves…

Le Grand Trivial lève les bras vers le ciel, les paumes tournées vers les confrères en signe d’apaisement.

- SILENCE, je vous demande de vous arrêter. Le LIEN s’est réactivé, je le sens. Notre confrérie doit s’en charger, le faire disparaître à nouveau, c’est notre lot.

Une voix s’élève.

- Grand Trivial, c’est impossible, j’ai moi même supervisé son anéantissement il y a presque 20 ans, je ne peux croire…
- Il suffit confrère ! Vous allez vous charger de cette glorieuse tâche à nouveau.
- Il en ira selon ta volonté Grand Trivial.
- Maintenant nous pouvons commencer la séance, confrères, vous pouvez sonner le glas.

DONG, DONG, DONG, DONG…

La confrérie Mathématiste, une dès plus ancienne & dès plus dangereuse que le monde ait connue, opère de façon obscure. Elle s’est infiltrée dans tous les domaines, que ce soit politique, économique, scientifique… Elle inculque sa doctrine selon laquelle toute chose s’opère conformément à des lois mathématiques, sans laisser de place à la spontanéité, à l’inconnu, au hasard.
Dans sa recherche de perfection, elle détruit tout ce qui s’oppose à elle. Le nœud de trèfle est son modèle en tout.

Il est l’unique nœud dont le nombre minimal de croisements est minimal, c’est-à-dire 3. Il ne se dénoue pas. C’est un nœud parfait, indestructible.
Depuis 1869 & les premières découvertes sur l’acide désoxyribonucléique3 par le suisse Friedrich MIESCHER, la confrérie n’a de cesse d’éliminer l’imperfection génétique. Elle s’est implantée dans le monde scientifique, notamment, dans la recherche d’armes biologiques. En effet, les virus produisent des nœuds triviaux très complexes dans l’ADN en guise de signature, cela implique leur utilisation dans la recherche du nœud parfait, de l’être parfait.
Elle combat toute forme de vie imparfaite, qu’elle soit animale, végétale, humaine, cosmique & même spirituelle.
Le LIEN, symbole de l’aléatoire par excellence puisque c’est un nœud ouvert, n’a pas sa place dans ce monde. C’est un danger, il peut amener une autre théorie, déliée comme lui & anéantir les fondements de la confrérie Mathématiste, il doit être détruit.

3. plus connu sous l’acronyme ADN

Trois heures plus tard les confrères se séparent au cœur de la nuit en prenant des directions opposées afin d’achever le nœud commencé lors de leur venue.

Peu de LIENS ont cette force. Si le Grand Trivial l’a ressentie, c’est qu’il y a 20 ans, quand je l’ai éliminé, un autre était déjà en formation. Je dois reprendre les recherches où j’ai accompli le rituel, & remonter jusqu’au LIEN le plus vite possible. Même s’il est en « Argentorate » en ce moment, je ne pourrai pas le retrouver sans avoir refait le nœud.
Le confrère marche dans la nuit, il sait qu’il a une mission de la plus haute importance à accomplir car le nœud s’est rompu. Il jubile, il va de nouveau entrer en action. Il est dévolu aux tâches impures, c’est l’œuvre de toute sa vie. Chaque confrère doit remplir sa part du nœud. L’idée de détruire par quelque moyen que ce soit l’hideuse imperfection le remplit d’une sensation de pouvoir incommensurable.

Au même moment, dans la nuit & le froid, Thaïs rentre chez elle en traversant la petite France, elle longe les quais de l’Ill. Elle revient de chez Anne-So à qui elle a déposé des toiles pour décorer son magasin de fringues gothiques & en vendre si cela se présente. Elle est perturbée même après s’être détendue en buvant quelques bières avec son amie. Elles se sont connues aux cours du soir des Beaux-Arts & ont tout de suite sympathisé. Gothiques & marginales toutes les 2, elles se sont comprises en un instant, sans avoir besoin de longs discours.

Depuis 2 semaines qu’elle a vendu cette toile, représentant la basilique de PORT-ROI en filigrane, selon les dires de Dominique CONTY, c’est le nom qu’il y avait sur le chèque, elle n’arrête pas d’y penser. Ce nom, PORT-ROI, lui dit quelque chose & puis son malaise ce même jour… Il faut qu’elle comprenne & pour cela il n’y qu’une chose à faire, prendre ses cliques & ses claques, & promener ses rangers du côté de l’adresse indiquée sur le chèque de ce médecin.

En chemin elle croise un homme, leurs regards s’accrochent, juste quelques secondes. Elle ressent un profond malaise & l’urgence d’un danger. Elle accélère le pas, n’ose pas se retourner. Une sensation de brûlure dans tout son être, elle court vers son havre de paix.

Son esprit travaille à cent à l’heure. Ma mère, PORT-ROI, ma mère, PORT-ROI, il y a un lien c’est sûr. À peine a-t-elle formulé cette pensée que son corps ne l’a brûle plus, juste une légère sensation au niveau de sa tache de naissance à l’épaule.
Arrivée chez elle, elle se déshabille & prend une douche dans le m² qui lui sert de salle de bain. Elle en a bien besoin pour rassembler ses idées & mettre au point son voyage. L’auto-stop sera moins cher, mais plus long que le train. Elle avait déjà regardé l’itinéraire sur Internet, dans un cybercafé de la ville avant même de se décider.

En sortant de la douche, elle regarde son reflet embué dans la glace, on dirait un fantôme. La silhouette d’un buste avec une marque phosphorescente à l’épaule. Elle a quand même une drôle de forme, il faudra peut-être que je me la fasse enlever ?

- Aïe, LA VACHE, ça brûle !

Avec sa serviette, elle essuie la buée qui s’est déposée sur la glace & inspecte la trace devenue rouge. La douleur reflue en même temps qu’elle redevient blanche.

Cette trace, elle l’a connaît par cœur, c’est le seul lien qui lui reste avec son passé. Elle l’a dessinée des centaines de fois pour essayer de la comprendre. Comment une tache de naissance peut-elle vouloir dire quelque chose, c’est absurde ?
Mais quand on n’a plus rien à quoi se raccrocher…


III

prendre part
rester là
choisir

Janvier 2008 – Port-Roi

« E.R. du 28/01/08
Un nouveau médecin s’installe à Port-Roi !
Les habitants de Port-Roi n’ont plus de soucis à se faire pour leur santé. En effet, depuis une semaine, le fraîchement thésé Docteur Conti reprend le cabinet du regretté Docteur Ferry.
Il se trouve 1, rue de l’étuve, au rez-de-chaussée de la demeure de la famille Galland.
Installé dans le vieux quartier de la ville, celui-ci va revivre, car depuis 1 an sans médecin, les familles préféraient s’installer ailleurs.
Le Docteur Dominique Conti se dit : « Heureux de devenir un citoyen actif de Port-Roi ! » & semble avoir déjà reçu un accueil chaleureux de la municipalité ainsi que des habitants.
Bienvenue Docteur !
N.G. »

Il a atterri à Port-Roi par hasard & le hasard fait bien les choses parfois !
Pourquoi a-t-il fait médecine ? Et pourquoi pas ?
Un cursus long, c’est bien quand on ne sait pas quoi faire ! Ses parents, Monique & Jean-Pierre, elle, fonctionnaire au Ministère des finances & lui, ancien gradé à la retraite, avaient de quoi lui payer ses études, alors…
Bon, c’est vrai, pour être généraliste c’est 9 ans d’études, & avoir sa thèse à 35 ans, c’est quand même un peu long. Combien, 2 ou 3 fois la 2e année, & aussi la 4e & la 6e ? Il a toujours eu du mal avec les années paires ! & puis MERDE, il n’y a pas de mal à s’enfiler des litres de coca en jouant à Tekken sur la PlayStation tout en faisant des remplacements & en préparant sa thèse.

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