Le cousin

aile68

J'en ai fait des rêves, à t'appeler dans mes songes éveillés, à chasser les cauchemars dans des rêveries  de jeune communiante, où l'ange déchu veut m'ensorceler dans un destin éternel. Mes projets à moi c'est toi, c'est te rejoindre, mais tu ne me connais même pas! Je voudrais courir du Nord au Sud pour que tu t'aperçoives que j'existe. Du jour de ma communion où je t'ai vu dans ton costume du dimanche, je pense à toi, pour l'occasion je portais des fleurs blanches dans les cheveux. Toi tu baillais à gober  les mouches, j'ai su plus tard que tu étais un cousin de Fabrice, pas facile de communier son cousin! J'avais du mal à me concentrer, à écouter le prêtre qui lisait son homélie, je ne voyais que toi. Je n'ai pas vu que mon tour venait pour recevoir l'hostie, ma copine Nath m'a poussée du coude j'ai failli me prendre les pieds dans ma robe longue, j'avais l'air d'une mariée qui hésitait à dire le fameux oui. Il m'a suffit de jeter un regard à mes parents qui n'étaient pas contents du tout pour me ressaisir et faire bonne figure jusqu'à ce qu'il restait de messe malgré le vin qui me soûlait un peu. La semaine d'après au caté j'ai essayé de soutirer des infos sur le garçon qui faisait battre mon coeur, mais ça n'a pas été facile car Fabrice n'était pas un copain, il l'était avec personne d'ailleurs. Bref, en plus de ton prénom, j'ai su que tu habitais Lyon, ce qui pour moi se trouvait à mille kilomètres. J'ai lu dans le dico et dans l'encyclopédie de la bibliothèque ce qu'il y avait d'écrit  sur cette ville, j'aimerais visiter les traboules et les miraboules avec toi, ces mots sont rigolos! En attendant ce n'est pas drôle d'aimer quelqu'un  à distance. Hier j'ai donné mon adresse à Fabrice pour qu'il la donne à son cousin. Va-t-il lui donner en fait? Vivement la semaine prochaine que je le sache! Et si j'allais traîner du côté de chez lui? On sait jamais je pourrais le voir dehors...

Pas de traces de Fabrice, ni dehors, ni au stade, je suis malheureuse. Je ne sais même pas où il habite. Ah! Miracle je rencontre Nath qui sait où je pourrai le trouver. Prenant mon courage à deux mains, je me dirige vers l'immeuble de Fabrice accompagnée de ma bienfaitrice. Interphone, nom de famille, comment c'est déjà, ah oui, merci Nath! Bziii! "Oui?"

- Oui, bonjour! Est-ce que je peux parler à Fabrice s'il vous plaît?

- C'est moi! ( Quel bol!) Qu'est-ce que tu veux?

- Tu peux pas descendre un peu?

- Non! Je garde ma petite soeur. Ah! Au fait, mon cousin veut ta photo. Il se rappelle de toi à la communion.

- Ah bon? je réponds atterrée.

- Ben oui! T'as fait rire tout le monde, tu te rappelles pas?

Je ne me rappelais pas ce détail-là. Je devais vraiment être obnubilée par ce garçon.

- Bon, je te l'apporte tout à l'heure.

- D'accord! Salut!

Je suis dans tous mes états. Il s'intéresse à moi! Wahou! je m'adresse à Nath.

"Vite faut que j'aille faire des photos! T'as de l'argent?"

- Non! Pourquoi j'en aurai? Je suis pas Rothschild!

- Bon! On retourne chez moi, vite!

Je suis encore plus affolée qu'à l'église, euh à l'église j'étais pas affolée mais je me comprends!

Arrivée chez moi, je prends de l'argent dans mon porte-monnaie et je file avec Nath bien sûr faire des photos.

Je m'arrange dans le miroir, pince le bras de ma copine tellement je suis excitée pour qu'elle me dise comment je suis.

- Bien, t'es bien! Allez vas-y!

Je sors mes sous qui évidemment tombent par terre, je les ramasse les joues en feu: "Ah non! mais je suis toute rouge, je peux y aller comme ça!"

- Mais si, ça te donne un air à Heidi comme ça!

- Ah bon, tu crois. Bon allez, j'y vais!

Je prends soin de mettre l'argent comme il faut cette fois-ci. Et j'attends que la voix me parle. Bla, bla, bla.

Attention photos! Clic! Clic! Clic! Clic! J'ai les yeux éclatés. Evidemment je me trouve moche sur toutes les photos, ah non, peut-être la quatrième, hum, non finalement!

- Mais si, t'es bien! me dit Nath.

- Attends on n'a pas de ciseaux!

- ça fait rien! On les lui donnera toutes!

- Ah ben toi alors!

On retourne à l'immeuble de Fabrice, zut! C'est sa mère qui me répond. Mince alors!

- Oui bonjour madame, c'est pour le bulletin paroissiale (non mais n'importe quoi!) vous pouvez m'ouvrir s'il vous plaît.

- Le bulletin paroissiale? Mais c'est moi qui le distribue, je l'ai à côté du téléphone! C'est une plaisanterie! Crac! Interphone coupé! On est bien avancé maintenant!

"Mais t'es folle! Qu'est-ce qui t'as pris de dire ça?"

- Mais chépa! Oh la la si Fabrice l'apprend il va comprendre, à coup sûr il voudra plus donner mes photos à son cousin!

- Tu sais quoi? dit Nath sur un ton qui me fait craindre le pire, je ne sais pas pourquoi, intuition féminine sans doute...

- Tu devrais laisser tomber avec ce cousin! Il habite Lyon, à cent kilomètres de chez nous, tu te rends compte? Comment t'iras le voir?

- Attends mais je l'aime moi!!

- Mais tu l'oublieras! Eh! Entre nous, t'as vu Fabrice? Pas de copain, jamais dehors, toujours à la messe le dimanche. S'ils sont tous comme ça dans la famille, bon courage!

- Ouais en remarque, t'as p't être raison. Oh! Fabrice va me prendre pour une folle!

- Mais on sait déjà que t'es folle!

- Oh ben merci!

C'est drôle comme les éclats de rire avec les copines vous font oublier ce qui pose problème. Mon bel inconnu s'est tout à coup changé en crapaud et moi je me retrouve avec quatre photos de Heidi dans la main. Ce n'est pas une princesse mais un jour j'en serai une pour le garçon qui m'aimera.




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