Le dîner de Noël en famille.

vividecateri

A Noël en famille, les souvenirs d'enfance entre frères et sœurs, reviennent en mémoire et se racontent. Voilà une petite histoire que j'avais oubliée. C'est bon de rire avec ceux que l'on aime.

J’avais six ou sept ans ou peut-être huit. Je ne sais plus.

La veille du 1er avril, j’avais découpé la forme d’un poisson dans une revue et comme de bien entendu, je l’avais accroché avec une épingle de nourrice, à la veste de mon père.

J’avais pris soin de le cacher dans les plis.

Le lendemain… avec ma mère et mon frère complices, nous attendions avec impatience qu’il l’enfile pour aller chercher le journal au bar tabac.

On l’imaginait… Se promenant dans le village avec le poisson dans le dos… Et on riait sous cape.

Il est sorti et nous l’avons regardé s’éloigner, cachés derrière les rideaux de la fenêtre du salon.

Mais, au lieu de partir sur le chemin, il a bifurqué vers le garage !

Ce n’était pas normal !

Que fait-il ? Me demande maman.

- Il prend peut-être la voiture.

- Il ne ferait pas cela, c’est à deux pas !

Notre curiosité était grande, surtout la mienne…

Avait-il remarqué le poisson ?

- Je vais vérifier ce qu’il fabrique.

Je sors et je me dirige vers le garage.

Il a ouvert la porte et retiré sa veste.

Elle est posée sur l’établi.

Je ne vois pas le poisson…

J’observe mon père.

Pas de réaction, pas de sourire en coin, pas de regard amusé…

Il a ouvert le capot de la voiture et il inspecte l’intérieur.

Je m’approche… l’air de rien.

Je sais très bien faire l’innocente.

- Il y a un problème papa ?

- Tu tombes bien la puce (et oui… on m’appellait la puce…)

- Au lieu de traîner dans mes pieds.

Vas donc chez ton grand-père et dis-lui que je n’ai pas la clef à régler le cosinus.

Si tu peux me l’apporter, je serai très heureux.

Faire plaisir à mon père et aller chez mon grand-père !!!

Je suis partante.

J’enfourche mon fidèle « Torpédo » et me voilà sur la route.

-Sois prudente ! Crie mon père.

Je suis déjà loin.

En dix minutes je suis chez papy.

Je le trouve au potager.

- Bonjour papy, tu vas bien ?

- Salut la puce. Quel bon vent ?

- le vent du sud papy, il fait beau.

- Papa demande la clef pour régler le cosinus.

- Ah ! Je suis désolé petite, je ne l’ai pas, elle est chez ton oncle.

Il ne doit plus en avoir l’utilité. Vas-y, il te la donnera.

Mon oncle habite non loin de chez papy, mais pour y arriver, il y a une sacrée côte.

Bon, un peu de courage, pour l’amour du père.

J’envoie un bisou à mamy qui me salue du pas de sa porte.

Je reprends mon vélo et grimpe jusque là…

Tonton Louis peint une barrière couleur « caca d’oie »

Berk ! Faut dire qu’il est daltonien !

- Salut Tonton. C’est moche cette peinture!

- Tu trouves ? Que veux-tu morveuse ?

- Papa voudrait la clef à régler le cosinus et papy dit que c’est toi qui l’a.

- Mais je lui ai rendu ! Il perd la boule ou quoi ?

- Retournes-y et dis lui que je l’ai rangée dans le tiroir de watt.

- Ouate ?

- W. a. t. t.

Je repars en campagne…

Au risque de me rompre le cou, je dévale la pente en lâchant mes pédales.

Chez papy. Je répète ce que tonton a dit, sans parler de sa boule perdue.

- Viens la puce, (c’est toujours mieux que morveuse) on va la chercher.

Il ouvre tous les tiroirs, pas de clef…

- Va dire à ton père que je ne la trouve pas mais qu’il peut se servir de la clef à ouvrir le champ de tir.

J’entends « chant de tire » pour une voiture, c’est normal...

Et c’est reparti.. Je commence à en avoir plein les mollets !

De retour à la maison. Papa écoute en souriant… mon histoire.

- Ah oui ! Il a raison ! Mais elle doit être rouillée…depuis le temps.

Sois gentille ma puce pendant que je la cherche va demander à papy de l’huile de coude pour la dégripper…

Franchement, j’en avais assez de cette histoire de clef.

Pour la troisième fois, je retrouve mes grands-parents.

Mamy avait rejoint papy au jardin.

Ils riaient, mais ils riaient !!!

Quand j’ai demandé l’huile de coude, ils n’en pouvaient plus.

Papy se tenait le ventre et mamy s’essuyait les yeux avec son tablier.

J’ai cru qu’ils étaient devenus fous.

A leur âge !

C’est mamy qui a vendu la mèche.

Elle m’a fait comprendre que j’étais "le poisson d’avril" des mâles de la famille.

Ils m’avaient bien roulée dans la farine !!!

Faites confiance aux adultes !

J’ai retrouvé mon poisson de papier suspendu à la porte du garage.

Papa avait accroché à la queue, un bout de papier.

Il avait écrit ces mots :

« Tel est pris qui croyait prendre »

La Fontaine : le rat et l’huître.

Poisson d’avril ! La puce.

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