Le suppositoire

Hervé Lénervé

Un doute m’assaille. Dans quel sens doit-on introduire un suppositoire dans nos entrailles ?

Une controverse scientifique oppose deux écoles. Pour certains, nous l'introduisons le plus communément à l'envers. Il faudrait mettre son doigt sur la partie pointue, pour que le profil de la fusée soit plus adapté à la progression dans l'intestin.

J'ai cherché sur la notice une explication. Rien ! Les laboratoires ne sont même pas foutus de nous dire comment utiliser leur matos. Il précise seulement « Administration par voie rectale. » J'imagine celui qui, pas trop familiarisé à notre langue, confond rectale avec buccale, il n'a plus qu'à aller se la laver, sa langue maternelle.

Bon ce qui est sûr, c'est qu'il faudrait être débile pour tenter de l'introduire dans son travers. Après avoir posé la question à tous les médecins que je connais, je n'ai toujours pas la réponse. Donc, comme je me sentais mandaté pour satisfaire votre curiosité légitime, j'ai décidé d'utiliser les grands moyens. J'ai directement appelé les fabricants pour leur demander des précisions.

-         Bonjour, Laboratoires « Cétoubon » je vous écoute, monsieur.

-         Bonne année, madame ! Je vous ai acheté une boite d'anti-hémorroïdaires et je n'ai pas vu dans le mode d'emploi comment utiliser le produit.

-         Bonne année monsieur l'Enervé. C'est un très bon choix que vous avez fait là, nous vous recommandons cependant d'utiliser la pommade « ÇaGlissetoutseule » en complément pour une meilleure pénétration.

-         Justement, voici le sens de mon appel, dans quel sens m'introduis-je, le suppo ?

-         De l'extérieur vers l'intérieur !

-         J'entends bien, mais le suppo lui-même comment dois-je le tenir ?

-         Avec la main droite si vous êtes droitier, la gauche si vous êtes adroit. La main de votre femme si vous n'aimez pas vous salir les mains dans de basses besognes.

-         Certes, j'entends bien, j'entends bien, mais de quel côté, la pointe en avant ou en arrière ?

-         Déjà, vous n'êtes pas sourd, maintenant pour le reste je vous trouve un peu tatillon.

-         Justement parce que je tâtonne dans cette histoire.

-         Ecoutez, je vais poser la question au grand professeur d'un mètre quatre-vingt-dix, restez en ligne.

Je restais en ligne trois heures et finis par m'endormir sur mon portable en oreiller. Nous ne sommes donc pas plus informés, mais je n'en resterai pas là, j'irai questionner nos sommités médicales, je remonterai même jusqu'au Président Macron si je n'obtiens pas de réponses satisfaisantes. Non, mais, alors, pour qui, ils nous prennent ses savants ? Pour des cobayes gratuits ! Ne nous laissons plus manipuler par ces faiseurs de pilules et pommades ! Vous, comme moi, conservons notre sens critique et exigeons, tous ensemble, que le sens d'introduction des suppositoires soit clairement défini dans les « How to use these fucking machines? »

Et sans réponse précise des labos, ils pourront toujours se les coller au cul, leurs suppos, nous les boyculterons.

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