La leçon

Jean Marc Moreau

C'est en finissant par le découvrir après plusieurs jours d'une fouille acharnée que Jonas se rendit aussitôt compte de son erreur. Jamais il n'aurait dû pousser cette porte. Ils l'avaient pourtant prévenu : la magie n'opérait que le jour N. Mais son insatiable curiosité avait eu raison de sa patience. Il osa lever les yeux une nouvelle fois. Le désastre était complet. 

Il avait entamé les recherches il y avait déjà bien longtemps, dans la discrétion la plus totale -ils auraient crié au scandale s'ils avaient eu vent de ses plans sacrilèges. Il était même parvenu à convaincre son frère Abel de se lancer dans l'aventure. A eux deux, ils avaient entamé une recherche minutieuse, portés par l'espoir de mettre la main sur l'objet de leur désir. Plus les fouilles avancaient, plus ils sentaient qu'ils se rapprochaient du but. Mais alors qu'ils étaient sur le point de franchir la Ligne Interdite, Abel avait fait marche arrière.
- On ne peut pas faire ça !  Imagine si Ils venaient à l'apprendre !
- Ils ne le sauront jamais, avait répondu Jonas, agacé. 
- On ne devrait pas faire ça. Je m'en vais.
- Tant pis pour toi, avait lâché Jonas avec mépris avant de s'engouffrer dans les ténèbres. 
Désormais, il ne pouvait que se répéter qu'il aurait dû écouter Abel. Mais il était trop tard.  

Les jours qui suivirent furent un supplice qui devait trouver son apothéose le jour N. Le sentiment de remord qu'il éprouvait envers eux était décuplé par l'insouciance que déployait Abel, qui avait eu la sagesse de ne pas céder à cette curiosité. Et dire qu'il aurait pu-qu'il aurait dû !- être habité par ce même sentiment ! 

Le jour fatidique arriva enfin. Lorsqu'il descendit les escaliers et arriva dans le salon, précédé par Abel qui déjà courait vers le sapin, il sentit l'angoisse monter en lui. La vue de ses parents qui l'attendaient en souriant provoqua la montée d'une boule dans son estomac. Ils l'accueillirent, impatients de savourer la surprise, la joie, le ravissement qu'il éprouverait en découvrant le cadeau qu'ils étaient parvenu à garder caché au prix de trésors de ruse et d'ingéniosité. Mais à leur grande surprise, il demeura immobile devant le magnifique vélo flambant neuf, celui là même qu'il avait repéré deux mois auparavant et que son père avait négligemment commenté d'un laconique « on verra pour l'an prochain, il est un peu cher ».
Sa mère s'approcha de lui.
- Jonas ! C'est pour toi ! C'est le vélo que tu voulais !
La boule qui s'était formée dans son estomac remonta au niveau de sa gorge et n'y tenant plus, il explosa en sanglots et le visage niché dans l'épaule de sa mère, avoua son crime.
- Je le savais ! Je l'avais vu caché dans le bureau de papa!
Sa mère échangea un regard avec son père, puis essuya ses larmes.
- Ta curiosité t'a poussé à l'aventure dit elle en souriant. Maintenant tu sais qu'il y a des limites à ne pas franchir.

Bien des années s'étaient écoulées depuis ce fameux Noël. Lorsqu'il se rendit au restaurant ce soir là, Jonas était à mille lieux de se douter de ce qui l'y attendait et qui bouleverserait sa vie à tout jamais. Il se doutait bien que quelque chose se tramait et mourrait d'envie de savoir ce qu'elle avait à lui annoncer, mais avait su patienter jusqu'à cette soirée. Il entra, déposa son manteau et la repéra, déjà assise. Elle l'aperçut, sourit et

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