l'erreur d'Aphodisis !

Jean François Joubert

L'erreur d'Aphodisis !

Chapitre 1

Enfant se souvenir de voir une lueur dans le corps noir, un éclat qui file, transmet sa lumière à la rétine et se dissous dans l'espace. Marc se trouvait dans son jardin, son père lui parlait des étoiles, il riait de l'ineptie de croire que nous, Terriens, nous soyons les seuls habitants de l'univers, petite planète ronde au centre du monde, mécréants absolus, peurs ancestrales de la mort, du vide, bêtise de croire que sous nos pieds, notre vie aurait l'image de notre Père, le grand ordonnateur des envies, celui qu'ici-bas l'on nomme Dieu !

Oui, Enfant, ce temps béni de l'innocence, ce regard, tendre et complice sur ce plafond d'étoile, la toile de l'univers versait ses larmes sur son coeur, ce soir là, car son papa avait pris la poudre d'escampette, un accident vasculaire deux ans plus tard, ce temps trop tôt, et Marc, quand il s'évadait dans sa conscience, avait ce lourd héritage en sa besace, ce ton serein et rieur de ce père dont aujourd'hui il mesurait l'impact sur ses sens, son essence, sa pensée, l'organisation de ses désirs, sa passion : l'astronomie !

Aujourd'hui, au pic-du-midi, l'enfant a grandi sans jamais atteindre le double mètre, or son coeur puise sa fraîcheur dans l'étude des mouvements des étoiles, planètes, météorites et autres objets hétéroclites. Marc rêvait de tout temps devant le monde ouvert, le monde offert, l'espace l'invitait constamment au voyage. Immobile, il scrutait l'horizon du ciel, et sans raison partait dans l'abstraction, comprendre la circulation de ses pierres, de ses gaz, et aussi s'asseoir et voir des nébuleuses, des trous noirs, des phénomènes indescriptibles tant la main d'un peintre de génie se posait en évidence sur ses créations de tableaux éphémères : bleu de cobalt, terre ocre, jaune pissenlit, vert turquoise et tant d'autres couleurs qui dans son coeur lui ôtait une petite part de sa douleur, car face à ces spectacles évolutifs et abstraits, il n'oubliait pas la parole de son géniteur, le créateur de son moteur affectif, qui le premier lui avait montrer un regard contemplatif sur cette idée de l'éclatement de l'univers. Jamais sa mémoire ne se vidait de l'ultime offrande de son père, la nature avait sa loi et lui, un maillon de la chaîne adorait regarder la naissance de l'absolu certitude d'une notion du beau, sa voix intérieur se brisait, souvent, ses pleurs masquaient sa joie, sa peine mais plus fort que le vent son attention retenait un sourire vif, une joie de vivre, une simple raison d'exister sans nausée. Devant lui, la nuit, le vide de l'air de la montagne, le pic, l'atmosphère douce de cette nuit de Décembre, nous sommes, le 1 de ce mois, en vacance, Marc s'offre une double semaine pour rêver en être comblé grâce au télescope super puissant mis à la disposition des amateurs de la science du ciel.

La lune, comme à son habitude, volait au-dessus de tout soupçon. Marc, contemple ce lac mystère, et en voit un sourire, une offrande, un symbole, une marque de respect en dévoilant son caractère joyeux, cette banane indescriptible qui lui fournissait, depuis sa plus tendre enfance, du baume au coeur, cette joie d'être ! La nature dans sa conception, cette notion d'ordre ou de désordre singulier, cette perfection de l'animation des astres, lui ouvrait le chemin de l'absolue certitude que le beau existe, du moins le ciel est à son goût familier et lui offre de la joie, du jeu aussi. Marc a posé un petit verre de vin posé à ses pieds, il aime de temps à autre y poser ses lèvres, boire son suc. Un peu plus tôt, il avait mangé un sandwich, fromage, beurre salé et une tranche de saucisson, un délice pour son palais. D'ailleurs, aux anges, en pleine nature, soulevé par des bruissements de l'air, des feuilles mortes dans la plaine, de ce murmure incessant de la nuit, de ce spectacle haut en couleur, il baigne dans une source de bien-être et n'a pas peur d'imaginer l'avenir en scrutant le plafond obscure taché de source confuse ou diffuse de lumières. Marc, en plein rêve, vient de lâcher son verre, un objet attire son oeil sagace et expert, son regard est absorbé par une rencontre incongrue, une météorite géante vient d'entrer dans sa sphère d'observation, et il n'en revient pas ! Aphodisis en direct, il voit bien sa nature rugueuse et entend son hurlement en se déplaçant dans l'espace infini. Ce météore de plusieurs tonneaux, des millions de kilos, qui survole le pic du midi, orientation Ouest, Sud-ouest, file tout droit, puissant et sauvage, apparemment sans but, heurtant le silence et blessant l'atmosphère de sa chaire de pierre, ancestrale. Elle ressemble, Aphodisis, curieusement à la première essence, à ce bang que l'on veux croire big, en petite tache obscure fendant le cosmos comme un chien s'offre un os vient d'entrer dans sa zone d'observation. Marc le sait, elle ne devrait pas être là, trop tôt, en avance de quelques années lumières sur sa date de passage et cette trajectoire dangereuse qui devrait la faire atterrir version Hiroshima puissance 46 et déstabiliser la planète Terre. Que ce passe-t-il ? Il doit en être sûr avant d'alerter les autorités compétente de peur de passer pour un olibrius, sexagénaire, et fou !

Une folie, bouche bée, maintenant, Marc avait la certitude d'observer un phénomène hors norme, et mesurait le poids de sa vision, la catastrophe à venir, il se mit à imaginer le pire des scénarios, l'horreur circulait en boucle dans sa conscience, si elle touche Terre, cette météorite serait plus tueuse qu'une guerre atomique, un trou béant en percussion, un séisme urbain, un désert d'avallé par son inspiration, une cruauté capable de tuer sans distinction, hommes, femmes, enfants, et sans aucun état d'âme. Cette flamme sévissait depuis longtemps au coeur du cosmos, sans être absorbé par aucune étiquette, aucune éthique... Sa peau se perla de sueur malgré le froid, son coeur battait la chamade, sa cervelle devenait douloureuse, fini ce temps de l'inconscience, celle de l'observation témoins des lois de l'évolution, du métabolisme de l'univers, docteur de l'espace, simple consommateur d'images, et d'absolue certitude, que devait-il adopté comme attitude ? Marc fut pris d'un sanglot, des larmes hurlantes et bienveillantes sortaient de nulle part, et le délivrait du mal, pas du malheur approchant. Tétanisé, il n'arriva pas à articuler sa pensée. Marc comprenait par instinct, par instant ce qui se passait face à son oeil, or il devenait comme un vieille ordinateur qui beug, totalement incapable de réagir, d'offrir une réponse, d'entrer en action, réaction. Autour de lui, se trouvait l'équipe, d'autres amateurs du ciel, inconscients, car la lunette observant d'autres espaces dans le ciel si clair, plein d'étoiles et de mystères...

Marc eut un sursaut d'orgueil, il devait calculer la trajectoire de la météorite, et vite ! Un instant, il coupa son souffle, s'éloigna du télescope, et demanda de l'aide à ses acolytes observateurs de l'inconnu. Un homme s'approcha de lui, discuta, devint blême, et posa son regard face à l'objectif. Oui c'est Aphodisis, et elle va s'écraser sur nous ! Il faut prévenir les autorités, qu'ils expédient des scuds sur cette masse obscure sans âme armé de sa volonté de se poser sur Terre, sans paix. Nous sommes proche d'une catastrophe humaine, la peur au ventre, Marc appelle les autorités sanitaires, discute, dialogue, la personne qui lui réponds lui rie au nez, l'homme et lui passent au gris, ce n'est pas possible d'être si obtus, si nié, ce n'est pas faute d'être alerté par des amateurs éclairés, l'interlocuteur y va gaiement, selon lui les deux hommes auraient abusé de films catastrophe ou de substance hallucinogène, aucun scientifique reconnu en ce bas monde n'a donné l'alerte alors, il raccroche, non sans un dernier rire. Marc est abattu, son compagnon aussi, cependant l'homme se sert de son expérience, de sa science pour obtenir la certitude qu'Aphodisis va percuter que dire, non culbuter une partie de la Terre. Quand soudain, il crie, s'exclame, et tire sur la manche du pauvre Marc qui ne masque plus sa peur, et voit sa vie défiler sans couloir de lumière, juste le doute de vivre encore longtemps.

— Regardez !

— Quoi ?

— Là, je n'en crois pas mes yeux ?

— Poussez-vous, alors ! Laissez-moi voir !

Marc passe à l'action, le télescope l'attire, il ouvre les yeux son âme scintille face à surprise de la lentille géante, et s'exclame :

— Elle perds la boule, cette météorite, impossible de changer ainsi de trajectoire !

L'homme de vert vêtu lui sourie, nous sommes sauvé, je ne sais pas quelle force l'a détournée de son objectif mais elle navigue vers la lune, il n'y aura pas de mort. Marc réfléchie, un instant, une fulgurance, et son oeil qui pétille devient obscure, terne, incapable de cacher sa désillusion, son doigt se pose sur sa lèvre inférieur, il invite son compagnon d'infortune à le suivre :

— Descendons ! Puis-je connaître votre prénom ?

— Jean, ce n'est pas original, je le sais.

— Aucune importance, la situation est grave, nous devons alerter les autorités compétentes !

— Nous ne sommes pas les seuls observateurs de l'univers, d'autres ont dus voir ce phénomène, ne croyez-vous pas que vous vous montez le bourrichon ?

— Peut-être que je me monte le bourrichon, en effet, mais je ne peux pas imaginer ne rien faire, et rester là stoïque, alors vous venez ?

— D'accord.

Les deux hommes se dirigent vers l'automobile de Marc, ils sont dans un état d'excitation qui mime la folie urbaine, incapable de penser posément, de réfléchir sans agir, alors ce n'est pas sans faire tourner les regards d' autres amateurs d'astronomie qu'ils entrent dans la voiture et démarrent, en faisant hurler les pneus. Le vent se dérobe sur le Pic du midi, plus un mot, un drôle de silence s'installe, une tension permanente se fais sentir, or que peuvent-ils faire ses inconnus ? Dans leurs têtes, un plan se dessine, sans être deviné par les êtres qu'ils croisent, une heure passe, tel un courant marin, sans fléchir, enfin ils arrivent à destination, la vallée. Vont-ils trouver un interlocuteur ? Se faire entendre...

Et qu'on t-ils vu, compris ?

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